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DROM-COM

PAR FRANÇOIS POUZAUD
Coordination éditoriale : Laurent Lefort
Secrétaire général de la rédaction : Anthony Le Breton

A quelques exceptions près, le marché régional des transactions d’officines a ignoré la crise. Mieux encore, celle-ci n’a fait que renforcer les grandes tendances de fond et l’appétence des jeunes diplômés à s’installer. Le point sur les prix de cession et l’animation des marchés avec les cabinets de transactions.

Pays de la Loire : Crise d’offre

La crise sanitaire n’a fait que renforcer l’envie de se mettre au vert dans cette région déjà très prisée par les acquéreurs. « Cette tendance s’accentue, depuis la pandémie, à l’instar de ce que l’on constate dans le secteur de l’immobilier résidentiel, tout le monde recherche un bout de jardin et une terrasse », explique Matthieu Béliard, du cabinet POD. « Avec le Covid-19, les projets des jeunes qui souhaitaient faire carrière dans l’industrie, notamment à l’étranger, sont remis en question et bon nombre se rabattent sur l’officine, alors que le portefeuille des biens à la vente de plus de 2 M€ se réduit fortement » , poursuit-il. Le bord de mer et les secteurs à une demi-heure de Nantes, d’Angers ou de la Roche-sur-Yon sont en pleine crise d’offre. « Au-dessus de 1,7 M€, les pharmacies se vendent sans souci à 100 % du CA HT et plus, et au regard de la rentabilité, elles sont valorisées près de 7 fois l’excédent brut d’exploitation (EBE) » , glisse-t-il. Depuis la fin du premier confinement, les acquéreurs montrent une plus grande appétence pour les pharmacies de quartier et de campagne que pour celles de centre-ville et de centre commercial qui sortent des rentabilités moindres en raison de loyers et de frais de personnel plus élevés.

A 100 km à l’intérieur des terres, les prix offrent davantage de cohérence en regard de la rentabilité, de l’ordre de 4 à 5 fois l’EBE. Du fait de faibles charges de structure, les pharmacies de gros bourg ont la cote et se vendent allègrement à 80 % du chiffre d’affaires hors taxe (CA HT) alors qu’un an plus tôt, elles se seraient cédées avec 10 points de moins, à 70 % du CA HT.

Bretagne : Ces endroits où les prix flambent

La Bretagne ne fait plus partie des régions les plus chères de France, mais elle pourrait retrouver sa place sur le podium si la tendance actuelle se confirme. Car, depuis la crise du Covid-19, « outre les demandes d’installation des Bretons, nous avons de plus en plus de pharmaciens parisiens, mais aussi du Nord, du Sud-Est et du Grand-Est qui cherchent à se réfugier en Bretagne », signale Elodie Conq, du cabinet Pharmathèque. Le même phénomène s’observe au niveau du marché de l’immobilier. Le confinement a favorisé ces mouvements migratoires : « Des résidences secondaires sont désormais occupées à l’année, à Carnac, de nouvelles classes ont été ouvertes… », illustre-t-elle.

La qualité de vie en Bretagne attire la demande, mais là n’est pas le seul atout de la région. « Le réseau médical est assez dense et notre région est assez bien lotie au regard d’autres régions, avec des jeunes médecins qui s’installent, des pôles médicaux et des maisons de santé pluriprofessionnelles qui s’ouvrent », indique-t-elle encore.

Les prix de 100 à 110 % du CA HT, fréquents sur le littoral (Saint-Malo, Dinard, Vannes, etc.) à partir de 1,8 M€ de CA, flambent également dans la première couronne de Rennes où les prix des pharmacies sont dopés par l’effet TGV. Les enchères montent aussi sur les pharmacies de même taille situées dans de gros bourgs. Les prix restent encore abordables pour de belles affaires, entre 80 et 85 % du CA HT, à Brest, à Lorient et à Quimper.

Centre-Val de Loire : Un marché en renouveau

Philippe Meunier, du cabinet Channels, retient en 2020 une accentuation de la demande concernant les officines de plus de 1,8 M€ et l’extinction du marché en dessous de 1,5 M€. « J’ai peu de demandes pour cette catégorie d’officines, qui ne correspond pas en CA aux souhaits de la plupart des acquéreurs. C’est un constat que je fais, alors qu’à mon avis bon nombre de ces officines ont un réel avenir », précise-t-il. Les pharmacies rurales se sont adaptées pour conserver leur attractivité, par exemple en transférant ou en investissant dans la téléconsultation. Les patients ont également trouvé la parade à la désertification médicale : « Ils n’hésitent pas à parcourir des kilomètres pour aller chercher leurs prescriptions médicales, mais restent attachés à leur pharmacie de proximité, constate-t-il. J’ai vendu deux fois la même officine qui réalise aujourd’hui 4 M€ de CA avec pourtant un seul médecin au village. » Le Covid-19 a fait évoluer l’image du pharmacien et cela se traduit par un bond dans les valorisations. « La même affaire valorisée entre 60 et 75 % du CA HT avant le Covid-19 s’apprécie aujourd’hui entre 75 et 90 % du CA HT », observe-t-il.

Le Loir-et-Cher, L’Indre-et-Loire et le Loiret restent les départements les plus dynamiques. A Tours, ville universitaire, la demande reste soutenue, tandis qu’à Orléans celle de pharmaciens parisiens se fait plus pressante, ceux-ci n’hésitant plus, depuis les confinements, à troquer leur petit appartement de Paris contre une spacieuse maison en province. Des villes comme Blois, Tours et Orléans intéressent également des grandes enseignes low cost qui cherchent maintenant à s’implanter dans des pharmacies de proximité axées sur le médicament et l’accompagnement du patient. Cette nouvelle stratégie d’expansion de ces groupements stimule la demande de jeunes désireux de s’installer sous enseigne.

Paris et Ile-de-France : Un ticket d’entrée plus élevé mais rarement excessif

La crise liée au Covid-19 a creusé les écarts de prix entre les petites officines de la capitale de moins de 1 M€ et celles de 1,8 M€ et plus, en raison de l’effet de rareté sur ces dernières. « Pour ces grandes pharmacies, le ticket d’entrée augmente », remarque Christian Hayaud, du cabinet Villard (groupe PSP). Mais la tension sur les prix n’atteint pas encore des points culminants comme en province. 100 % du CA HT reste exceptionnel. A l’autre extrémité, les valeurs de mise en vente sur des affaires petites, pourtant rentables, s’effondrent. « Elles se situent en moyenne autour de 50 % du CA HT, mais la fourchette basse peut atteindre 10 % », précise Véronique Roger, du même cabinet.

Pour sortir de l’ornière, les titulaires de ces officines doivent se faire à l’idée de vendre simultanément leur fonds de commerce, à condition qu’elles soient très proches géographiquement. « La double vente (l’acquisition d’un fonds conjuguée au rachat de la clientèle d’un voisin) est un marché qui émerge dans la capitale », souligne Christian Hayaud.

Avec les baisses de fréquentation enregistrées pendant les confinements, les pharmacies touristiques et de quartiers de bureaux se font très discrètes sur le marché parisien. Elles peuvent difficilement se vendre sur la base du CA de 2019 et les vendeurs préfèrent attendre afin de pouvoir présenter un CA stabilisé sur 12 mois. « De plus, les incertitudes quant à la pérennité de certaines activités “Covid” rendent les valorisations plus compliquées », ajoute Véronique Roger.

Autre effet, cette fois bénéfique, de la crise sanitaire : « Elle a entraîné des fermetures de commerce et laissé des locaux vides, offrant aux pharmacies de la première couronne des opportunités d’agrandissement ou de transfert, parfois de quelques mètres, notamment autour des différents axes du projet du Grand Paris », rapporte Christian Hayaud.

Normandie : Un marché cohérent dans ses évolutions

Selon la dernière étude statistique d’Interfimo, la Normandie, qui se distinguait par un fort turnover en 2019, enregistre la plus forte baisse en 2020 et se retrouve en deçà de la moyenne nationale. Gilles Andrieu, du cabinet Espace (groupe PSP), nuance cette évolution : « Le marché en Normandie enregistre une légère baisse en matière de rotation, mais reste dans la moyenne nationale et plus que jamais une région dynamique car les prix de cession ont su être repositionnés à 6,1 fois l’EBE, contre 6,4 en 2019. » Gilles Andrieu explique que la diminution du taux de marge liée à l’accroissement des ventes de produits chers a entraîné une baisse cohérente des prix en fonction de la rentabilité. « Cependant, ajoute-t-il, avec un prix de cession moyen de 84 % du CA HT, la Normandie figure comme l’une des deux régions les plus chères de France. » Comme il le rappelle, la demande est importante, surtout au regard de l’offre, car liée à la présence de trois facultés de pharmacies (Rouen, Caen et Amiens) et à la proximité de Paris (1 heure par l’autoroute). « Avant tout, les offres et ventes de pharmacies de CA supérieur à 2,4 M€ sont nombreuses, et sur ce marché spécifique, le prix moyen est de 6,8 fois l’EBE », note-t-il.

Thierry Desperrois, du cabinet Channels, explique l’accalmie normande par l’attentisme des vendeurs potentiels arrivant en fin de carrière. « Le nombre des transactions va repartir à la hausse, qu’il s’agisse de départs à la retraite ou de mises en association avec un jeune quelques années avant la cessation définitive d’activité », pronostique-t-il. Soulignant que les achats immobiliers intègrent de plus en plus les valeurs environnementales et écologiques, « des départements endormis au niveau des transactions comme l’Eure ou l’Orne se réveillent », glisse-t-il. « On devrait assister également à plus de regroupements et de transferts, car les acquéreurs recherchent un minimum de surface de 200 à 250 m², cela devient un critère de valorisation aussi important que la taille », complète Auréline Marty, du cabinet Channels.

Hauts-de-France : Des acquéreurs précautionneux

Les Hauts-de-France sont une région avec un tissu officinal très développé et donc avec des CA moyens plus faibles que la moyenne nationale. Ainsi, le poids des plus petites officines dans le panel joue un rôle important dans le repli du multiple de l’EBE de 0,6 point, de 6,1 en 2019 à 5,5 en 2020, selon les données Interfimo.

La situation sanitaire, au lieu d’accélérer le mouvement des cessions, le repousse. « Les cédants, titulaire de grosses structures, qui ont perdu 40 à 50 % de leur CA pendant les confinements attendent d’avoir 12 mois lissés plus constants avant de revenir sur le marché », explique Nicolas Plumecocq, du cabinet Plumecocq (groupe PSP). La pression de la demande sur des affaires importantes, tant des primo-accédants que des investisseurs, est à l’origine de surcotes qui n’ont rien à envier aux autres régions. « Si tous les critères des acquéreurs sont réunis : taille, emplacement commercial, rentabilité, densité médicale, etc., on voit se réaliser des cessions à 100 % du CA HT », indique Nicolas Plumecocq. Cette situation contraste avec la désaffection consommée pour les petits CA. La loi du marché devient impitoyable même pour les pharmacies de 1,3 M€ à 1,4 M€, dont les prix se négocient à 60 % du CA HT, voire moins. Avec les incertitudes liées à la crise sanitaire et l’augmentation des cessions de parts, plus complexes que les cessions de fonds, « les acquéreurs qui manifestent leur intention d’acheter ne veulent plus s’engager sur un prix ferme et définitif, signent des lettres d’intention avec un engagement à négocier le prix et sous réserve de la réalisation d’un audit », mentionne-t-il.

Occitanie : La pharmacie, c’est du solide !

Le marché reste de marbre face à la crise. Dans la continuité d’une année 2020, « le rythme des transactions est encore soutenu début 2021 dans l’Hérault, le Gard et, à un moindre degré, les Pyrénées-Orientales  », rapporte Hervé Ferrara, du cabinet Pharmacessions, avec toujours ce même déséquilibre entre l’offre et la demande concernant les affaires de taille importante où l’offre s’est peu reconstituée. Depuis le début de la crise sanitaire, « les acquéreurs sont rassurés par les chiffres qui montrent que la pharmacie est un pôle de santé solide », ajoute-t-il. Les départs à la retraite sont également au rendez-vous. « Une grande majorité d’officines n’ont pas souffert d’une baisse globale de fréquentation, voire, quand elles sont de proximité, ont vu leur trafic augmenter, explique-t-il. Après plus d’un an sur le front de l’épidémie, les futurs retraités expriment une certaine lassitude et sont décidés à vendre. »

La polarisation des acquéreurs sur les pharmacies de plus de 2 M€ de CA reste prégnante, mais la tension sur les prix semble légèrement moins forte à Montpellier (90 à 95 % du CA HT, selon Pharmacessions, mais la tendance est à la hausse sur 2021) qu’à Toulouse où, en première et deuxième couronnes, les prix renouent volontiers avec les 100 % du CA HT et plus pour les affaires présentant une très bonne rentabilité. « Il est aussi constaté un regain d’intérêt pour le centre-ville et les pharmacies de 1 M€ à 1,5 M€ à redynamiser et à prix abordable (70 à 75 % du CA HT), car la concurrence des pharmacies discount sur Toulouse s’est banalisée et fait moins peur », rapporte Jean-Claude Combes, de Pharmathèque.

Grand-Est : Il fait le grand écart

Le Grand-Est demeure parmi les régions les moins dynamiques en 2020. Didier Bigot, de l’Auxiliaire pharmaceutique, évoque les effets contrastés de la crise sur les vendeurs et les acheteurs. « D’un côté, les titulaires âgés, qui ont souvent fait toute leur carrière dans la même officine, se sont précipités pour vendre, de l’autre les jeunes ont profité de la crise pour s’installer plutôt que d’être au chômage partiel, avec toutefois un peu de méfiance en raison de la crise, ce qui explique que les transactions ont été un peu plus longues à se conclure  », détaille-t-il.

L’Alsace, toujours aussi chère, reste un marché très fermé où les transactions se réalisent de gré à gré, à prix élevé (pour les officines situées sur les grands axes routiers). Mais la moyenne régionale est également tirée vers le haut par les prix généreux pratiqués (90 à 100 % du CA HT pour les officines de 2 M€ et plus) dans la Marne, à Reims, et dans les Ardennes. En revanche, dans la Marne du sud, la Meuse, la Meurthe-et-Moselle, les prix s’assagissent comme à Nancy, ville universitaire, où les officines de 2 M€ sont valorisées entre 75 et 80 % du CA HT.

En Haute-Marne, territoire reculé des facultés et fortement rural où les médecins partant à la retraite ne sont pas remplacés, les prix pour des officines de même taille tombent à 60 % du CA HT (- 10 à -15 points). Tandis que sous le million, les vendeurs peuvent espérer au mieux 20 ou 30 % du chiffre. « La seule solution pour bien vendre passe par le regroupement. Ainsi, à Saint-Dié-des-Vosges, une pharmacie de moins de 1  M€ a racheté la clientèle d’une pharmacie de 2 M€ et l’a transférée dans ses locaux », signale Didier Bigot. Dans l’Aube, à Troyes, les titulaires de petites officines ont pris conscience de la nécessité du regroupement avant cession. « Sur 20 pharmacies il y a quelques années, il n’en reste plus que 12 aujourd’hui et ces concentrations pour atteindre la taille critique ne sont pas terminées », précise-t-il.

Le développement des services polarise aussi la recherche de belles surfaces, la « taille » ne faisant pas tout. « A Troyes, une pharmacie Lafayette de 2 M€ avec une faible rentabilité en raison de prix discount et une surface clientèle de 45 m² ne s’est vendue qu’à 50 % de son CA HT  », souffle-t-il.

Bourgogne-Franche-Comté : La crise sonne le réveil

Cette région est logée à la même enseigne que le Grand-Est. Les volumes des cessions ont repris également de la vigueur pendant la crise sanitaire, mais se situent toujours en deçà de la moyenne nationale. La mise au vert pendant le confinement a été salutaire dans l’Yonne qui, avec la Nièvre, sont traditionnellement les deux départements les moins courtisés par les acquéreurs. « Pendant le confinement, le 89 a attiré une clientèle parisienne et lyonnaise qui possède une résidence secondaire dans ce département », signale Didier Bigot, de l’Auxiliaire pharmaceutique. Le télétravail et la limitation des déplacements professionnels dans la capitale ont incité les familles à s’établir définitivement dans l’Yonne et ont transformé cette résidence secondaire en résidence principale, d’où un afflux de population. « Dans ce département, les pharmacies de 2 M€ en portefeuille depuis trois ou quatre ans ont finalement pu se vendre », ajoute-t-il.

Par ailleurs, beaucoup de communes rurales bénéficient du dispositif des zones de revitalisation rurale (ZRR). Certes, ce n’est pas toujours un premier choix de lieu d’installation, mais les enjeux financiers sont de nature à motiver les primo-accédants.

Un choix d’exercice qui a davantage la faveur des pharmaciens qu’auparavant, d’autant que l’installation à Dijon, en Côte-d’Or, ne fait plus rêver : la présence de plusieurs gros discounters dans la capitale des ducs de Bourgogne décourage les acquéreurs d’y poser leurs valises.

L’attachement du Franc-comtois pour sa région reste fort. « L’appétence des jeunes installés autour de Besançon est une caractéristique importante », souligne Patrice Riberry, du cabinet Riberry (groupe PSP). Il ajoute : « Les acheteurs potentiels ne négligent pas non plus la pharmacie rurale ou semi-rurale de 1 M€ à 2 M€ qui se situe aux portes de cette ville universitaire. Il est en de même pour le secteur de Dole, à proximité de Dijon. » Dans le Doubs et le Jura, les prix oscillent entre 60 et 80 % du CA HT, selon la taille et la localisation.

Nouvelle-Aquitaine : Un marché au relief très inégal

Les départements du centre (Haute-Vienne, Creuse, Limousin, Corrèze, etc.) sont en souffrance. La raison ? Le manque de biens de plus de 2 M€ à la vente, oui mais pas que ! « Il y a aussi très peu d’acheteurs », ajoute Cyrille Agot, de Planète Officine. Pour différentes raisons. « Ils ont une forte culture des 35 heures et cherchent donc à s’installer en association, or une affaire de 1,1 M€ ne peut pas faire vivre deux titulaires. Ils sont également peu enclins à s’installer en milieu rural ou à réaliser des trajets quotidiens si la pharmacie est un peu éloignée de leur domicile citadin », explique-t-il. Dans ces conditions, le marché actif est étroit, se concentrant sur le péri-urbain des villes de préfecture où les rares pharmacies de plus de 2 M€ se valorisent à prix d’or (entre 90 et 100 % du CA HT). « Dans le grand Limoges, une pharmacie de plus de 3,5 M€ s’est valorisée un peu plus que son CA », précise-t-il.

Pourtant, de belles opportunités de rachat demeurent parmi les petites officines. « En Dordogne, à Périgueux, une pharmacie de 1,1 M€ est à la vente depuis plusieurs années alors qu’elle connaît une bonne dynamique en raison de la fermeture d’une officine voisine, déroule Cyrille Agot. Dans la Creuse, une petite officine est en vente à 45 % de son CA HT alors qu’il y a une possibilité de transfert qui lui ouvre des perspectives. » Dans des zones rurales isolées, la peur du médecin qui ne sera pas remplacé ou de ne pas trouver un adjoint pour succéder à celui qui part à la retraite fait également renoncer les acheteurs. « Ils ont aussi du mal à se positionner sur certaines affaires et à anticiper leurs évolutions. A Brive-la Gaillarde, toutes les transactions sont gelées par le transfert en périphérie d’une pharmacie Lafayette », illustre-t-il.

Sur le littoral atlantique, de La Rochelle jusqu’à la côte basque, les prix flambent. « Ils progressent au-delà de toute logique comptable. Une affaire de plus de 3 M€ sur la côte vient de se vendre 11 fois l’EBE », signale Nicolas Guerrand, du cabinet Manquillet & Associés (groupe PSP). Un exemple loin d’être isolé. « Avec les confinements successifs, la pharmacie est devenue une plaque tournante du système de santé. Lorsque de belles affaires se présentent dans des stations balnéaires, je peux avoir entre 3 et 7 offres d’achats pour la même officine et les enchères peuvent monter de la part de pharmaciens en deuxième ou troisième installation ou de pharmaciens investisseurs à la recherche d’une opération purement capitalistique », explique-t-il.

Dans le Sud-Ouest et l’Aquitaine, Roger Gravel, du cabinet CCRI (groupe PSP) note les mêmes emballements du marché, avec un prix – aberrant – de 12 fois l’EBE, soit environ 120 % du CA HT, la demande est également active à partir du million d’euros : « Les acquéreurs s’intéressent encore à des pharmacies de quartier appréciées par une clientèle de proximité ou lorsqu’il y a des possibilités de transfert ou de regroupement », indique-t-il.

Les confinements successifs ont servi d’accélérateur à la création de cette bulle spéculative sur la façade atlantique où la part d’acheteurs non locaux grimpe de 15 à 20 %. Cet effet d’aubaine lié à la crise se ressent moins hors secteur côtier, à Poitiers, à Cognac, à Angoulême… où les hausses sont plus raisonnables. Mais même dans cette région la plus chère de France, les petites officines de moins de 1 M€ sont délaissées par les jeunes.

Corse : Regain d’activité sous le soleil

L’île de Beauté n’a pas été coupée du reste du monde pendant les confinements. Cela ne suffit pas à expliquer le regain d’animation du marché insulaire en cette période si particulière liée à la crise sanitaire. « Les continentaux qui s’installent en Corse restent marginaux », explique Isabelle Massé, du cabinet Pharmathèque. La pandémie n’a rien changé aux spécificités des transactions de pharmacies en Corse. Ajaccio, Bastia, les régions touristiques : Balagne avec Calvi et l’Ile-Rousse, Porto-Vecchio… raflent toujours les demandes et les affaires au-dessus de 1,1 M€ n’ont pas de souci de reprise. « 1,1 M€, c’est une taille moyenne d’officine pour la Corse », précise-t-elle. Les affaires supérieures à 1,1 M€ partent à bon prix, en moyenne à 90 % du CA HT. En revanche, en dessous de ce niveau, « les transactions sont plus compliquées, sauf si l’acquéreur a un projet particulier », relativise Isabelle Massé.

Si les officines corses entretiennent également des disparités de prix en fonction de la taille, la localisation reste un critère déterminant (centre urbain, région touristique, etc.). « Mais c’est surtout la taille qui conditionne le prix », souligne-t-elle.

Auvergne-Rhône-Alpes : Tout en contraste

A Lyon, les prix des officines n’ont pas flanché. Un an après le premier confinement, les prix des transactions d’officines de 1,8 M€ et plus sont restés en forte croissance, témoignant d’une demande toujours très vigoureuse. « Les secteurs privilégiés par les acquéreurs sont toujours les mêmes, ils se tournent davantage vers la périphérie, notamment la couronne lyonnaise de l’Ouest, qui est plus résidentielle », précise Matthieu Riberry, du cabinet Riberry Conseil. Ce transactionnaire constate que la pandémie a été un accélérateur de décision des départs en retraite, sans que cela apporte plus de souplesse dans les négociations entre les parties. Il souligne aussi que les opérations de croissance externe deviennent plus nombreuses, ce qui permet de reconstituer le stock de belles affaires qui, en raison de leur rareté, se vendent à des prix de convenance frôlant les 100 % du CA HT, comme c’est le cas dans les deux départements de la Savoie. En revanche, touché de plein fouet par le Covid-19, le micromarché des pharmacies de station de ski a pris une année sabbatique : « Notre cabinet n’a réalisé qu’une seule transaction en 2020, juste après le premier confinement », confie-t-il.

En Auvergne, le marché est atone. « Il n’y a pas d’acheteurs ni de biens qui leur correspondent », témoigne Vincent Salort, du cabinet Channels. Parce que leur prix sont hyper bradés (à 50 ou 100 k€, et jusqu’à 10 k€ !), les petites officines de 400 à 450 k€ sur l’Allier et le Puy-de-Dôme trouvent des repreneurs qui, à ce prix de cession, ne prennent pas trop de risques.

Provence-Alpes-Côte d’Azur : Entre attentisme et surchauffe sur les belles affaires

L’animation du marché dans les Alpes-Maritimes (département de la région où l’on compte le plus d’officines : 450) n’a pas faibli pendant la crise sanitaire. « Les transactions mises en route avant le Covid-19 n’ont pas été annulées », précise Stéphane Cohen de l’Auxiliaire pharmaceutique. Mais suite aux baisses de fréquentation qui ont frappé en 2020 les pharmacies touristiques du bord de mer, victimes de l’absence des grands salons professionnels, de bateaux de croisière amarrés dans les baies du littoral, du Festival de Cannes…, « elles font le dos rond et l’attentisme est de rigueur chez les cédants tant qu’ils n’ont pas retrouvé un CA stabilisé, explique-t-il. De plus, le message est compliqué à faire passer auprès des acquéreurs pour mettre sur la table un complément d’apport afin de compenser une surcote sur le prix qui ne représente pas la réalité économique du moment et rassurer les banques. » Ici aussi, l’offre sur les belles affaires s’assèche et les petites officines ont du mal à trouver preneur. Stéphane Cohen illustre cette difficulté : « J’ai vendu une pharmacie de 1,1 M€, une affaire très stable car seule dans un village provençal au-dessus de Grasse, mais la transaction a été lente à se concrétiser. »

A Marseille, les petites officines du centre-ville sont également en souffrance au niveau de la demande et des prix pratiqués (50 à 60 % du CA HT), « même si elles ont remonté un tantinet la pente pendant les confinements, pondère Christelle Claerhout, de l’Auxiliaire pharmaceutique. La scission des prix est également saisissante en fonction de la localisation, entre les pharmacies des cités au nord de la cité phocéenne et celles des secteurs résidentiels de la Corniche (La Pointe-Rouge), des 9e, 10e et 11e arrondissements qui se vendent cher et rapidement, dépassant parfois les 100 % du CA HT au-delà de 2,2 M€ », rapporte-t-elle.

Sur la côte varoise, les prix des belles affaires de station balnéaire n’atteignent pas ces sommets « mais il n’y a aucune négociation et ces officines partent au prix des vendeurs », mentionne-t-elle.


Pour en savoir plus : Les Prix et Valeurs des Pharmacies