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PAR FRANÇOIS POUZAUD
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Plus de deux ans après le début de la crise sanitaire, le marché des transactions d’officines reste toujours aussi animé partout en France. Au-delà des disparités habituelles de prix liées à la taille de l’officine, au-delà de l’appétence des acquéreurs, l’année 2022 se démarque par des prix de cession supérieurs à 100 % du chiffre d’affaires hors taxe, dans presque toutes les régions.

Par François Pouzaud

Auvergne-Rhône-Alpes : des vendeurs plus nombreux

« Avec 10 % des officines du territoire, la région Rhône-Alpes affiche des prix de cession extrêmement proches de la moyenne nationale », observe Matthieu Riberry, du cabinet Riberry Conseil (groupe PSP Pharma). Ainsi que les mêmes standards d’évolution et écarts types selon la taille des pharmacies. Les plus fortes valorisations sont toujours domiciliées en couronne ouest de la métropole lyonnaise, qui est la plus résidentielle (prix au-delà de 90 % du CA HT sur les belles affaires), et en Haute-Savoie, où Annecy concentre toujours les prix records (largement au-dessus de 100 %). Après une année de disette, en raison d’une saison blanche de l’hiver 2020-2021, « les pharmacies de stations de ski ont retrouvé la confiance des acquéreurs après la bonne saison hivernale 2022 et une forte fréquentation de touristes étrangers », indique-t-il pour la suite. Si le marché est dynamique, en revanche, ces pharmacies n’ont pas retrouvé leur niveau de prix d’avant-Covid-19.

Les mutations s’accélèrent. « Des pharmaciens proches du départ à la retraite n’ont pas forcément bien vécu la crise sanitaire et anticipent leur cessation d’activité », précise-t-il. Mais ce n’est pas la seule raison pour se diriger vers la sortie. « Il y a, en parallèle, la fatigue accumulée par le surcroît de travail pendant la pandémie, une tension sur le personnel en officine et ce phénomène s’accroît au fur et à mesure que l’on se rapproche de la Suisse où, dans les secteurs limitrophes, les pharmacies ont d’énormes difficultés de recrutement. » Cette lassitude gagne également des titulaires de milieu de carrière qui vendent, puis travaillent comme adjoint avant d’envisager de se réinstaller. Côté acquéreurs, l’appétence pour l’installation reste intacte, même si les taux d’intérêt remontent légèrement.

Bourgogne-Franche-Comté : raisonnable !

Même si la période de Covid-19 a amélioré temporairement le CA de l’officine et la marge du pharmacien, puisque les données des tests antigéniques, des vaccins et des médicaments très chers (supérieurs à 5 000 €) sont extraites au moment de l’évaluation du fonds, « les prix sont cohérents et stables par rapport à l’année dernière », indique Patrice Riberry, du cabinet Riberry Conseil (groupe PSP Pharma). Au risque de se répéter, les zones attractives (la Côte-d’Or, Dijon et ses environs, le Jura, le Doubs avec Besançon comme point d’accroche) et celles plus délaissées par les acquéreurs (Nièvre, Yonne) sont inchangées. « Coincée entre deux villes universitaires, Dijon et Besançon, la Haute-Saône ne connaît pas de trop de difficultés à recruter des acquéreurs – très attachés à leur région – pour des officines situées au-dessus du seuil de taille critique », complète-t-il. L’attractivité des officines de 2 M€ et plus s’achète à prix correct, entre 80 et 85 % du CA HT, soit 10 à 15 points de moins pour le même type de biens qu’en région Rhône-Alpes. L’installation à la campagne présente un attrait lorsqu’elle est éligible au dispositif des zones de revitalisation rurale (ZRR), mais ce marché représente un faible volume des transactions. Sous les 500 à 600 k€ de CA HT, les officines n’entrent plus dans les statistiques des cessions, ce qui fait craindre de nombreuses fermetures à l’avenir. Sur le haut du panier, les pharmacies avec une forte rentabilité ne font toutefois pas l’objet d’une survaleur d’acquisition en rapport à leur valeur économique. Concernant le prix calculé sur la base de l’excédent brut d’exploitation (EBE), le multiple appliqué est inférieur à 5. Même si Patrice Riberry note un engouement pour l’installation des quadragénaires issus de la filière industrie des zones frontalières, il ne croit pas que le volume de transactions en 2022 sera plus important qu’en 2021.

Nouvelle-Aquitaine : flambée des prix sur le littoral

« De Royan à Hendaye en passant par Bordeaux (respectivement Charente-Maritime, Pyrénées-Atlantiques et Gironde), les prix de cession d’officines remplissant tous les critères (CA entre 1,8 et 3 M€, emplacement situé en banlieue plutôt qu’en centre-ville, superficie d’au moins 150 m², parking, bon environnement médical et commercial, etc.) dépassent allègrement les 100 % du CA HT », rapporte Roger Gravel, du cabinet CCRI (groupe PSP Pharma).

Les pharmacies plus accessibles en prix (entre 85 % et 92 % du CA HT, 5 à 6 fois l’EBE pour une pharmacie de 1,3 M€) se situent à l’intérieur des terres. Le prix peut aussi descendre d’un cran si le taux de marge de l’officine est inférieur aux normes professionnelles. Un exemple cité par Roger Gravel : « Une pharmacie sortant une marge à 25 % s’est vendue 65 % du CA HT, en dépit d’un bel emplacement. »

A cause notamment de la cherté des belles affaires, une autre stratégie d’installation revient en force : « L’association à deux sur une pharmacie de 1,3 M€ et plus permet de doper la rentabilité en faisant l’économie d’un adjoint, elle apporte une alternative à l’installation dans un marché qui se raréfie sur les hauts niveaux de CA, et répond à la difficulté de trouver du personnel », souligne-t-il. Sage décision dans une période où la main-d’œuvre est une denrée encore plus rare que les officines de belle taille.

Intervenant à la fois au sud des Pays de la Loire et au nord de la Nouvelle-Aquitaine, Nicolas Guerrand, du cabinet Manquillet et associés (groupe PSP Pharma), constate que le littoral atlantique ne connaît pas de frontière sur les prix culminants. « On atteint des sommets (110 à 120 % du CA HT, 8 à 10 fois l’EBE) pour des officines de 2 à 3 M€ en périphérie de ville car tout est réuni pour que les prix montent : le déséquilibre entre l’offre et la demande, la présence de médecins et d’investisseurs prêts à surpayer », explique-t-il. En revanche, « la demande faiblit nettement en zone rurale et le désinvestissement est total sur les petites officines, même proposées à vil prix ».

Haute-Vienne, Creuse et Corrèze ne sont pas les départements les plus prisés de cette vaste région. Néanmoins, à partir de 1,8 M€ de CA HT, les prix se corrigent à la hausse (+ 5 points en moyenne), compte tenu du rapport entre l’offre et la demande (1 vendeur pour 5 acquéreurs). L’amortissement fiscal du fonds commercial autorisé par la loi de finances pour 2022 n’est pas étranger non plus à ce regain de valeur. « On étudie en amont l’impact et les conséquences de ce cadeau fiscal pour les acquéreurs et on réalise un audit pour le vendeur pour savoir ce que l’acheteur va gagner et ce que lui peut éventuellement perdre s’il vend le fonds plutôt que les parts, explique Cyrille Agot, de Planète officine. »

Si Limoges (Haute-Vienne) et Poitiers (Vienne) peuvent opportunément compter sur leur faculté de pharmacie comme point d’ancrage, « ailleurs, les acquéreurs ne se précipitent pas au portillon des pharmacies de 1,2 à 1,5 M€ de CA HT, et ne veulent pas s’expatrier à la campagne, à plus forte raison si la population médicale est absente ou vieillissante, rapporte-t-il. J’ai également un acheteur qui hésite à acheter une pharmacie de 2,4 M€ de CA HT près de Limoges alors qu’on lui propose une affaire équivalente sur le bassin d’Arcachon (Gironde)… à un prix plus élevé de 15 points ».

Centre-Val de Loire : un corridor de prix élevés

Cette région aurait-elle plus que d’autres profité de la reprise post-Covid-19 ? Philippe Meunier du cabinet Channels relève une évolution inédite des prix de cession d’officines de CA important. « On arrive à des niveaux de prix de plus de 100 %, du jamais vu ! » La ville universitaire de Tours concentre toujours autant d’acquéreurs qui jettent leur dévolu en périphérie plutôt qu’en centre-ville où la pression concurrentielle est très forte. « 5 à 7 pharmacies du centre-ville font le marché et les autres subissent », explique-t-il. Alors qu’à 20 minutes de cette grande agglomération, on trouve des affaires de taille très respectable, entre 2 et 5 M€ de CA HT, sans véritable concurrence et situées dans des secteurs en croissance démographique. Au-delà de cette zone, « les acheteurs ne veulent pas s’exiler en milieu rural », précise-t-il, ce qui délimite un corridor géographique à prix très élevés. Cette même physionomie du marché se retrouve à Blois (Loir-et-Cher) et Orléans (Loiret) où l’appétit pour la « pierre verte » s’est confirmé après les confinements chez des Français en quête d’un meilleur cadre de vie. A Orléans, ville la plus proche de Paris, « nous avons beaucoup de pharmaciens de la région parisienne qui viennent s’installer. Dynamique, la ville s’est bien développée ces dernières années », déroule Philippe Meunier. Ces pharmaciens qui ne sont pas natifs de la région poussent même leur désir d’installation un peu plus loin pour profiter des charmes de la Sologne.

Leur attrait perd vite de son intensité en descendant plus au sud, dans l’Indre et le Cher et dans deux autres départements voisins de la région (l’Allier en Auvergne et la Nièvre en Bourgogne). Les ventes d’officine sont plus compliquées, à plus forte raison si leur CA est petit. Ce qui explique que Philippe Meunier dispose d’un portefeuille de plus de 50 pharmacies à la vente et qu’il réalise de plus en plus d’opérations de fusions/rachats de clientèle.

Paca, la belle ensoleillée

Cette région a retrouvé son lustre d’antan… et sa place parmi les régions les plus chères de France, contestant la suprématie des régions de la façade ouest. Dans les statistiques 2022 d’Interfimo (sur les prix du marché de 2021), elle est le dauphin des Pays de la Loire. Si le prix de cession annoncé en Paca est de 83 % du CA HT (+ 3 points par rapport à 2020), « l’écart-type va de 30 à 130 % », annonce Olivier Poullain, de Pharmathèque. Tout se vend, tout est question de prix sous le soleil du sud, tant sur le bord de mer que dans les terres, dans des villages prestigieux et de charme. « Les prix de cession vont de 200 k€ à 5 M€ », recense-t-il.

Des prix élevés qui vont de pair avec un marché dynamique. « Les belles affaires, on les vendrait dix fois ! », s’exclame-t-il. Sur la côte bleue, une affaire de 2,9 M€ s’est vendue 3,4 M€. « Les primo-accédants peuvent compter sur des bases solides au niveau de l’activité des officines à vendre, des boosters d’apport et des investisseurs plus nombreux sur le marché depuis le Covid-19, souhaitant placer leurs excédents de trésorerie », explique-t-il. Il constate que c’est dans les Bouches-du-Rhône que la demande est la plus soutenue. « Il y a moins d’envolées des prix sur les Alpes-Maritimes et le Var reste une valeur sûre », conclut-il.

Hauts-de-France : des acquéreurs de plus en plus exigeants

Emmanuel Bay, du cabinet Officine et Patrimoine (réseau de l’Auxiliaire pharmaceutique), constate une remontée forte du prix des officines de plus de 1,5 M€ de CA HT. « Elle se concentre sur les Flandres, sur la A25 entre Lille et Dunkerque (Nord), sur les secteurs à plus ou moins une heure de la métropole lilloise, sans oublier le triangle d’or “BMW” (Bondues, Marcq-en-Baroeul, Wasquehal), une zone de quartiers résidentiels. » En revanche, les secteurs où la désertification médicale est bien ancrée sont toujours en déficit de demandes : l’Avesnois, Le Ternois (Pas-de-Calais), les Ardennes, la ligne entre Arras (Pas-de-Calais) et la côte du littoral des Hauts-de-France. « Maubeuge (Nord) n’a pas un réseau de transport en commun très développé, ce qui rend les médecins moins facilement accessibles », explique Emmanuel Bay.

Nicolas Plumecocq, du cabinet Plumecocq (groupe PSP pharma) confirme ces tendances du marché nord – attractivité en périphérie des grandes agglomérations, défiance pour leurs centres-villes due à l’hyperconcurrence des mégapharmacies – et relève un nouvel engouement pour le bassin minier qui ne faisait plus rêver depuis plusieurs années. Si les jeunes diplômés sont plus nombreux à vouloir s’installer, « ils sont aussi de plus en plus exigeants et de moins en moins prêts à faire des concessions, ils ne vont s’intéresser à une affaire que si elle coche toutes les cases. Par exemple, les difficultés de recrutement d’une officine peuvent influer sur la décision des acquéreurs », explique-t-il, alors que les officines à vendre ont de beaux profils. « Dans la Thiérache, une officine de 1,55 M€ présente un EBE de 350 k€, se situe en ZRR et un jeune médecin vient de s’installer dans une maison médicale neuve. Pourtant, son rachat est difficile. »

Occitanie : retours en grâce de l’Hérault et du Gard

Depuis le début de l’année 2022 , le Gard et l’Hérault sont en odeur de sainteté. « Les ventes s’enchaînent sur Montpellier (Hérault) et Nîmes (Gard), en particulier dans les villages aux alentours de ces grandes agglomérations où les prix des officines se négocient sur la base de 100 % du CA HT et plus dès que l’on franchit les 2 M€ », rapporte Adrien Moulinas, du cabinet Pharmacessions. Le centre-ville de Montpellier n’est plus boudé, les pharmacies moyennes ont la cote si l’on se fie à leurs bons résultats et la concurrence des pharmacies Lafayette et du Polygone ne fait plus peur aux acquéreurs. Nîmes profite aussi de ce vent de fraîcheur « après avoir longtemps souffert d’un déficit d’image », précise-t-il. Les pharmaciens de première installation n’hésitent pas à venir d’Arles ou de Montpellier pour s’installer dans des villages qui bénéficient de la proximité de l’autoroute. A 50 km à l’ouest de Montpellier et 20 km à l’est de Béziers, la commune de Pézenas (Hérault), facilement accessible par les autoroutes A75 et A9, est également très recherchée. A 20 km de Nîmes, à 35 km de Montpellier, celle de Vauvert (Gard) profite également de ce nouvel engouement de la demande. « En revanche, le marché dans le centre-ville de Béziers est plus compliqué en raison d’une densité importante de pharmacies au niveau de chiffre d’affaires assez faible, indique Adrien Moulinas. Elles ont plutôt vocation à se regrouper. » En dessous de 1 M€, « il n’y a quasiment plus de marché, l’avènement des boosters d’apport l’a fracassé », explique ce transactionnaire qui a vendu quelques petites affaires à 40 % du CA HT. Parfois même moins.

En comparaison, le marché sur Toulouse (Haute-Garonne) fait preuve de plus de stabilité. « Les tendances restent inchangées par rapport à 2021, avec des valorisations des belles affaires supérieures en périphérie (90 à 95 % du CA HT) en regard du centre-ville et une animation correcte du marché qui se maintient », résume Jean-Claude Combes, de Pharmathèque. A sa connaissance, il relève juste une cession à plus de 100 % du CA HT dans le Gers.

Bretagne : marché stable mais actif

Cette région a retrouvé sa place parmi l’élite au niveau des valorisations selon les données d’Interfimo 2021. Jacques Bernard, de l’Auxiliaire pharmaceutique, n’a pas l’impression que la Bretagne était dans une période d’accalmie des prix de cession. « Les tendances restent stables, des endroits historiques comme le golfe du Morbihan, l’axe Rennes-Saint-Malo, Dinard, en Ille-et-Vilaine, Perros-Guirec, dans les Côtes-d’Armor, n’ont jamais fléchi en prix, observe-t-il. A Vannes, dans le Morbihan, les officines les plus recherchées se sont toujours vendues au-delà de 100 % du CA HT. Les acquéreurs viennent d’un peu partout, des Pays de la Loire, de la Vendée, d’Île-de-France et même de Paca. »

Autre tendance inchangée : la désaffection des centres-villes, particulièrement à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), Brest (Finistère), Lorient (Morbihan), Quimper (Finistère), qui fourmillent de petites officines surnuméraires. « Le marché pourrait se débloquer par la réalisation de quelques fusions », souligne-t-il.

Dans les terres, le marché est également actif car beaucoup de titulaires âgés, doublement épuisés par la pandémie et le manque de personnel, anticipent leur départ en retraite. Pas mal d’affaires, petites ou moyennes, sont en vente et les prix se négocient autour des 60 % du CA HT. Johann Bidault, du cabinet Bidault, relève une pénurie des acheteurs qui diffèrent leur décision d’achat pour plusieurs raisons. « Les revalorisations salariales liées aux tensions sur l’emploi en officine contribuent à une amélioration de qualité de vie des adjoints et les jeunes n’ont pas forcément envie de s’installer dans une mouvance compliquée ; enfin avec les boosters d’apports, certains se montrent plus sélectifs sur la taille de l’officine à acquérir », explique-t-il. Selon lui, l’opportunité d’amortir le fonds commercial est encore trop récente pour pouvoir en valider les impacts auprès des acquéreurs. En revanche, les vendeurs en tiennent déjà compte et revoient leurs prétentions à la hausse en matière de prix de cession.

Paris et Île-de-France : la capitale a les prix, la banlieue a les acquéreurs

Dans la capitale, le marché est presque à 100 % du CA HT, pour des cessions d’officines de 2 à 3 M€ de CA HT (sans prendre en compte les médicaments très chers). « Pour ce type de biens, le prix du ticket d’entrée a augmenté depuis le début de l’année, entre 90 et 100 % du CA HT, et ce quel que soit l’arrondissement de Paris », déclare Christian Hayaud, du cabinet Villard (groupe PSP Pharma). Même si le financement d’officines de taille relativement importante n’est plus un sujet avec les boosters d’apport, une frange des acquéreurs ne se détourne pas des petites officines parisiennes. « Tout finit par se vendre dans des échelles de prix de plus en plus larges », assure Véronique Roger, du même cabinet. La vente des petites affaires tourne parfois à la grande braderie. « Des affaires mises en vente à 50-60 % du CA HT sont négociées entre 10 et 50 % du CA HT », poursuit Christian Hayaud qui signale, néanmoins, des cessions à la valeur économique du fonds dans la tranche de 1,2 M€ à 1,8 M€.

Après deux années particulièrement difficiles en raison du Covid-19, les pharmacies touristiques se remettent petit à petit avec le retour des étrangers, mais elles n’ont pas retrouvé leur valeur d’avant.

Les regards des acquéreurs se portent au-delà du périphérique, sur le Grand Paris qui rebat les cartes de l’attractivité immobilière des première et deuxième couronnes. « Des villes entières sont en pleine expansion dans tous les départements d’Île-de-France, offrant plus de perspectives de croissance que dans la capitale, notamment celles situées sur les axes de la Seine où les zones industrielles ferment pour laisser la place à des opérations immobilières : Asnières et Gennevilliers (Hauts-de-Seine), Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Vitry et Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), ou d’autres communes telles que Bagneux (Hauts-de-Seine) et Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et jusqu’à 25 km de Paris en raison de la prolongation des axes de transport urbain », décrit Véronique Roger.

Depuis le début de l’année, Laurent Sebaoun, du cabinet Channels, ressent une légère tension à la hausse des prix. « L’offre n’est pas au rendez-vous pour satisfaire la demande qui, avec l’aide des investisseurs et des boosters d’apport, vise la plupart du temps une affaire de 2 M€ à 3 M€, dès la première installation. » Cette tendance est, selon lui, plus nette en banlieue qu’à Paris intra-muros. « Nous anticipons dans les dossiers des acquéreurs la hausse des taux et de la masse salariale, tandis que les difficultés de recrutement sont intégrées dans leurs réflexions », ajoute-t-il.

Corse : regain d’intérêt pour les petites officines

L’insularité de ce marché crée son atypisme. Le faible nombre des mutations sur l’île de Beauté le rend chaque année difficile à appréhender, d’où ces évolutions erratiques relevées dans les statistiques d’Interfimo : une baisse de 7 points à 73 % du CA HT du prix de cession moyen en 2021. « Elle s’explique par un regain d’intérêt des acquéreurs pour les centres-villes de Bastia et d’Ajaccio (Haute-Corse et Corse du Sud) et par le fait qu’il y a eu plus de cessions de petites officines (un prix de 50 % pour une officine de moins de 800 k€ est souvent la règle) que les années précédentes », signale Isabelle Massé, du cabinet Pharmathèque.

« L’animation du marché se fait pratiquement uniquement entre insulaires », précise-t-elle. Dans un marché où les pharmacies au-delà de 1,5 M€ sont peu nombreuses, il est certain que les prix ne flambent pas comme sur le continent. « Les prix les plus élevés peuvent grimper jusqu’à 90 % du CA HT, mais on ne va pas parler ici de surenchère », dit-elle. A l’intérieur de l’île, où l’accessibilité est parfois compliquée, « les gens ne sont pas prêts à s’éloigner des grands centres-villes sauf si l’officine est de bonne taille », ajoute Isabelle Massé.

Normandie : douce région pour l’installation

La Normandie est une terre d’accueil pour les jeunes qui souhaitent s’installer. Pour plusieurs raisons : le marché des transactions de pharmacies est cohérent dans ses évolutions et sa relative stabilité est gage de sérénité. Ces atouts, inoxydables malgré les intempéries (inflation, raréfaction des officines de plus de 2 M€… et de la main-d’œuvre), reposent sur des fondations solides. « L’engouement de ces dernières années pour les grosses affaires fait qu’il y en a nettement moins sur le marché et, parce qu’elles ont été acquises en première installation via des prises de participation partielles dans le capital ou des rachats progressifs, le turn-over sur ces officines s’est naturellement ralenti », explique Gilles Andrieu, du cabinet Espace (groupe PSP Pharma). Faute de produits suffisants sur ce marché, « les jeunes se sont retranchés sur des petites officines de cédants ouverts à la discussion sur le prix, développe-t-il. Sur une affaire de 1 M€ achetée 30 à 50 % du CA HT, en travaillant avec deux préparateurs, un titulaire remboursera son outil de travail tout en créant de la richesse (200 k€ en 5 ans) pour se réinstaller ailleurs après avoir cédé la clientèle à un confrère voisin. » Cette stratégie a séduit plus d’un acquéreur en Normandie.

A six fois l’EBE, les prix sont conformes à la valeur économique. « Sur des lieux touristiques, comme Etretat (Seine-Maritime), la seule officine de cette station balnéaire s’est vendue au prix du marché car il n’y a plus de médecin de proximité », raconte Gilles Andrieu.

Un point commun, toutefois, avec les autres régions : une majoration de 10 points au minimum pour les belles affaires des villes universitaires de Rouen (Seine-Maritime) et Caen (Calvados) par rapport aux autres villes de la région (Le Havre en Seine-Maritime, Evreux dans l’Eure, Alençon dans l’Orne, etc.).

Pays de la Loire : l’arbre qui cache la forêt

Si cette région est la plus chère de France (moyenne à 84 % du CA HT) au vu des dernières statistiques d’Interfimo, « c’est en raison de ventes hors normes de pharmacies des secteurs côtiers dont les prix continuent de flamber, sur le littoral nantais, à La Baule… Elles faussent les moyennes et masquent une tendance à la stabilité des prix sur des pharmacies plus traditionnelles », observe Olivier Tellier, associé du cabinet POD. Ces pharmacies du bord de mer se sont cédées à des prix d’exception (7 à 8 fois l’EBE, entre 110 et 120 % du CAHT). Mais dès que la pharmacie n’a plus vue sur mer, l’emballement du marché retombe autour des 90 à 95 % du CA HT pour des officines au-delà de 2 M€, hormis les grosses affaires situées au niveau de la rocade nantaise qui se valorisent au minimum à 100 % du CA HT. Pour ce même type de biens à Angers (Maine-et-Loire) ou en Vendée, il n’y a pas le même embrasement des prix.

Sinon, le reste du marché n’est pas à jeter à la corbeille. « Les titulaires en place se décident à faire de la croissance externe en rachetant 30 à 50 % la clientèle d’un voisin, les primo-accédants achètent des officines de 1 M€ en projetant de la délocaliser ou de faire des travaux d’extension pour passer sur les nouveaux standards de la pharmacie en termes de surface, d’offres et de services », rapporte-t-il.

En ces temps de pénurie de main-d’œuvre, le milieu rural n’est pas boudé car les officines de campagne dégagent le plus souvent une bonne rentabilité en raison de charges d’exploitation peu élevées. « Elles laissent au nouveau titulaire de la latitude pour pouvoir attirer un adjoint en lui proposant un coefficient 600 ou 550 avec primes », explique Olivier Tellier. Sur ce marché, les pharmacies leaders ou coleaders de gros bourgs sont les plus recherchées.

Grand-Est : du plus haut au plus bas

Il y a des caractéristiques de marché qui sont immuables. Pour des raisons historiques de numerus clausus, à l’origine de la présence importante de grandes officines, les prix alsaciens et en Moselle tiendront toujours le haut du pavé et le marché restera structurellement tendu en raison non seulement de la rareté des biens à vendre, mais aussi parce qu’il est très fermé (les transmissions se font entre pharmaciens natifs de la région et avec des adjoints qui sont prioritairement informés de l’intention de leurs titulaires de céder). « La demande très forte sur Strasbourg (Bas-Rhin) fait grimper les prix des officines les plus recherchées à 100 % du CA HT et plus, y compris sur celles de 1,5 M€ », annonce Didier Bigot, de l’Auxiliaire pharmaceutique. Et par extension, les plus belles prises se situent dans le triangle d’or, entre Strasbourg, Colmar (Haut-Rhin) et Obernai (Bas-Rhin).

En Lorraine, Nancy (Meurthe-et-Moselle) ne connaît pas les mêmes tensions sur les prix (prix de cession moyen à 70 % du CA HT) et le marché est assez actif.

Sur la Haute-Marne et l’Aube, les prix sont très assagis mais surtout ces départements, remplis de zones de revitalisation rurale (ZRR) et appartenant à « la diagonale du vide » (bande du territoire français allant de la Meuse aux Landes où les densités de population sont relativement faibles), subissent la désaffection des acquéreurs. « Là où nous avions une douzaine de demandes d’installation par mois, il n’en reste plus qu’une », déplore-t-il.