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Papillomavirus humains (HPV),
la pharmacie au cœur de la prévention

Cet espace vous est proposé avec le soutien institutionnel de MSD

EN PRATIQUE Passez à l’action !

Depuis 2022, le pharmacien a vu son rôle d’acteur de santé publique évolué notamment en termes de dépistage et de prévention (1). Il peut ainsi s’appuyer sur cette légitimité et son expérience afin de renforcer son action dans ces domaines. Encore trop peu évoquée, la question du papillomavirus et de ses maladies mérite d’être mieux connue des patients. En effet, la sensibilisation de la population reste trop faible ralentissant la mise en place de la stratégie de lutte contre le cancer (2). Afin de s’inscrire dans une démarche de prévention, la pharmacie doit s’organiser et l’équipe officinale se former afin de communiquer efficacement et ce dans le but d’informer et de convaincre les patients.

Vaccination : tout ce qu’il faut savoir

Qui peut vacciner ?
Quels vaccins ?
Pour qui ?

  • Qui peut vacciner ? :

    • Les pharmaciens d’officine, des pharmacies mutualistes ou de secours minières exerçant au sein d’une pharmacie à usage intérieur ou au sein d’un laboratoire de biologie médicale :
      • Prescrire l’ensemble des vaccins mentionnés dans le calendrier des vaccinations en vigueur aux personnes âgées de onze ans et plus, à l’exception des vaccins vivants atténués chez les personnes immunodéprimées
      • Administrer les vaccins mentionnés dans le calendrier des vaccinations en vigueur aux personnes âgées de onze ans et plus
    • Les étudiants en troisième cycle des études de médecine ou des études pharmaceutiques:
      • Administrer, sous la supervision d’un maître de stage, l’ensemble des vaccins mentionnés dans le calendrier des vaccinations et les vaccins contre la grippe saisonnière aux personnes âgées de onze ans
  • La liste des vaccins que certains professionnels de santé et étudiants sont autorisés à prescrire ou administrer (en date du 04/10/2023) :

    • Covid-19
    • Grippe
    • Diphtérie
    • Tétanos
    • Poliomyélite
    • Coqueluche
    • Papillomavirus
    • Hépatite A
    • Hépatite B
    • Méningocoques de type A, B, C, Y et W
    • Pneumocoque
    • Rage
  • Les personnes pouvant en bénéficier :

    Ensemble de la population à partir de 11 ans

    Textes officiels : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000047949091

Conditions techniques
&
Objectifs pédagogiques

  • Le cahier des charges de l’activité de vaccination :

    • Des locaux adaptés :
      • Un espace de confidentialité
      • Accessible depuis l’espace de vente
      • Sans accès possible aux médicaments
    • Des équipements adaptés :
      • Une table ou un bureau
      • Une chaise ou d’un fauteuil pour installer la personne pour l’injection
    • Un point d’eau pour le lavage des mains ou de solution hydro-alcoolique
    • Une enceinte réfrigérée avec enregistrement et monitorage de la température
    • Le matériel nécessaire pour l’injection du vaccin et une trousse de première urgence
    • Les adolescents vaccinés contre le papillomavirus humain doivent rester allongés ou assis par terre pendant les quinze minutes suivant l'injection
    • Des dispositions prises pour éliminer les déchets d’activité de soins à risque infectieux
    • Le matériel informatique nécessaire à la traçabilité des vaccinations réalisées et l’accès aux outils dématérialisés de partage et de stockage de documents, notamment le dossier médical partagé
  • La formation :

    • Module prescription de vaccins (10 h 30) :
      • 4 parties, la durée minimale de l’enseignement de ces 4 parties est de dix heures trente
    • Module administration de vaccins (7 heures) :
      • 2 parties
    • Lorsque le professionnel de santé a déjà suivi la formation à l’administration de vaccins ou la formation spécifique à la vaccination contre la covid-19 mentionnée, il est dispensé du suivi de la partie de la formation relative à l’administration de vaccins.
  • Textes officiels : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000047949107

Traçabilité
&
Tarification des honoraires de vaccination

  • Déclaration :

    • Déclaration au CNOP (Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens) de l’activité de vaccination propre à chaque vaccinateur
    • Attestation sur l’honneur certifiant que la pharmacie est conforme au cahier des charges nécessaire à la vaccination
  • Traçabilité :

    • Acte pharmacien : renseigner la date de vaccination et le numéro de lot sur l’ordonnancier et enregistrer la vaccination sur Mon Espace Santé
    • Acte patient : renseigner la vaccination sur le carnet de vaccination, l’espace de santé numérique ou à défaut remettre une attestation papier
    • Acte médecin traitant : en l’absence d’espace de santé numérique, l’informer de la vaccination par messagerie sécurisée
  • Rémunération (1) :

    • 7.5€ TTC : si le patient dispose d’une prescription ou si la prescription n’est pas nécessaire
    • 9.6€ TTC : si le patient ne dispose pas de prescription
  • Textes officiels : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000047949091

Être proactif et convaincant

Mon fils est trop jeune !

MSD

Mon fils est trop jeune !

Afin de communiquer efficacement, le pharmacien doit avant tout cibler les patients concernés et aborder la question avec une attitude d’ouverture et d’écoute. Certaines situations sont propices pour ouvrir la discussion.

Cibler les patients concernés

Avant tout, il convient de déterminer les patients concernés par la question du papillomavirus. De manière générale, elle concerne davantage les jeunes filles et les jeunes garçons. En effet, ces populations encore naïves du virus peuvent s’infecter et développer des années plus tard des cancers liés à ce virus (3). Également, afin de sensibiliser tous les acteurs, les parents doivent être informés de cette question. Par ailleurs, il convient de ne pas oublier les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) qui sont aussi concernés puisque plus à risque de développer certains cancers (3).

Comment aborder la question du HPV ?

La question du HPV peut être abordée lors de certaines situations retrouvées régulièrement à la pharmacie. Cela peut, par exemple, être le cas lors des situations suivantes :

  • Dispensation de préservatifs gratuits chez les moins de 26 ans : informer les adolescents et les adultes sur l’importance d’utiliser des préservatifs lors des rapports sexuels. Bien que les préservatifs ne fournissent pas une protection complète contre les papillomavirus, ils réduisent le risque de transmission (4).
  • Dispensation d’un contraceptif chez l’adolescente : rappeler les différents moyens de prévention en évoquant la nécessité d’un dépistage régulier.
  • Dispensation d’un rappel vaccinal : Diphtérie-Tétanos-Poliomyélite (DTP), Coqueluche.
  • Dispensation d’un traitement contre l’acné.

De manière générale, il convient d’insister sur certains points :

  • Ne pas associer la vaccination ni au sexe ni à l’activité sexuelle : rappeler que la transmission des papillomavirus ne se fait pas uniquement lors de rapports sexuels (3).
  • Les caractéristiques de l’infection à HPV : informer sur le fait que l’infection à HPV est une infection sexuellement transmissible très fréquente qui a lieu le plus souvent dans les premières années de la vie sexuelle, lors de rapports avec ou sans pénétration. Rappeler que le préservatif ne confère qu’une protection partielle (4).
  • L’histoire de la maladie : rassurer sur le fait que l’infection est généralement asymptomatique et transitoire et qu’environ 70 à 90% se résolvent spontanément. Dans certains cas, l’on observe l’apparition de condylomes ou de lésions précancéreuses pouvant évoluer dans un délai de 10 à 30 ans vers un cancer invasif (5).

Comment parler aux parents et aux adolescents

Afin de communiquer efficacement, le pharmacien peut adopter une posture éducative reposant sur les notions suivantes :

  • Empathie : comprendre les opinions et les inquiétudes des patients et de leurs parents en créant un environnement bienveillant et sans jugement où chacun se sentira à l’aise de s’exprimer.
  • Ecoute active : pratiquer l’écoute active et poser des questions ouvertes pour encourager les patients à partager leurs opinions.
  • Langage adapté : utiliser un langage simple et compréhensible en évitant les termes médicaux. S’assurer que le vocabulaire soit compréhensible des parents et des enfants.
  • Objectivité de l’information : fournir une information factuelle provenant de sources fiables afin de permettre au patient de prendre une décision éclairée. Cette information doit être la plus complète possible et mettre en avant les avantages et les inconvénients.
  • Personnalisation de l’information : adapter la communication en fonction des besoins spécifiques de chaque patient. Par exemple, les parents peuvent être sensibilisés à l’importance de la protection de la santé de leurs enfants et les adolescents à l’autonomie et à la prise de décision concernant leur santé.
  • Information : encourager les patients à s’informer sur les papillomavirus en partageant des documents ou en favorisant la recherche d’informations.
  • Suivi : renforcer la confiance et établir une relation de soins continu en s’assurant de rester disponible.
  • Adopter une posture assertive : être capable d'affirmer sa position tout en restant ouvert aux arguments des patients. Cela se traduit par une confiance en son discours et l’utilisation de la 1ère personne du singulier. Par exemple, « Je vous conseille de faire vacciner votre enfant », « Je vais vous administrer le vaccin ». Avec le manque de temps au comptoir, il est nécessaire de convaincre dans un délai réduit. Il est donc important de ne pas questionner mais d’être affirmatif.

Question du consentement

Le consentement du patient repose sur des principes fondamentaux (6) :

  • Libre : le consentement doit être donné librement, sans pression, coercition ou influence indue. Le patient doit être en mesure de prendre une décision sans se sentir obligé ou manipulé par un tiers, y compris les professionnels de santé. Le consentement peut être retiré à tout moment sans subir de conséquences négatives.
  • Eclairé : le consentement éclairé est possible uniquement si le patient a reçu des informations complètes et compréhensibles. Ces informations doivent tenir compte des bénéfices attendus, des risques potentiels, des alternatives disponibles et des conséquences de l’acceptation ou du refus du traitement. Les informations doivent être délivrées en utilisant un langage adapté au niveau de compréhension du patient.

Ainsi, en veillant à fournir une information objective et en adaptant la communication aux patients dans une atmosphère d’empathie et en étant à l’écoute, le pharmacien favorise la relation de confiance et la participation active des patients dans leur propre prise en charge.

Paroles d’expert : le Dr François VIE LE SAGE nous aide à appréhender les patients

Le Dr. François Vié Le Sage, est Médecin pédiatre à Aix les Bains, Patricien hospitalier à Chambéry, Membre du groupe d’expert en vaccinologie « INFOVAC » et coordinateur du groupe de recherche de la commission scientifique de l’AFPA.

Sources
(1) Arrêté du 31 mars 2022 portant approbation de la Convention nationale organisant les rapports entres les pharmaciens titulaires d’officine et l’Assurance maladie.
(2) Institut National du Cancer, Stratégie décennal de lutte contre les cancers 2021-2030, Juin 2021, p.250.
(3) Haute Autorité de Santé. Recommandation vaccinale : Elargissement de la vaccination contre les papillomavirus aux garçons, Décembre 2019, p.177.
(4) Lam, J. U. H., Rebolj, M., Dugue, P. A., Bonde, J., von Euler-Chelpin, M., & Lynge, E. (2014). Condom use in prevention of Human Papillomavirus infections and cervical neoplasia: systematic review of longitudinal studies. Journal of medical screening, 21(1), 38-50.
(6) Mrozovski JM, Guerriaud M. Le pharmacien et le consentement éclairé [The pharmacist and informed consent]. Actual Pharm. 2021 Oct;60(609):57-58. French. doi: 10.1016/j.actpha.2021.06.038. Epub 2021 Sep 24. PMID: 34584340; PMCID: PMC8461788.
(7) Le pharmacien peut désormais administrer les vaccins et rappels de vaccin prescrits, disponible sur https://www.ameli.fr/paris/assure/actualites/le-pharmacien-peut-desormais-administrer-les-vaccins-et-rappels-de-vaccin-prescrits, [consulté le 31/05/2023].
(8) Avis de la CNEDiMTS du 12 juin 2018 : Eden, préservatif masculin lubrifié, HAS. 2018.
(9) Loi du 19 mai 2023 portant amélioration de l’accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé, disponible sur https://www.vie-publique.fr/loi/288203-acces-aux-soins-loi-rist-du-19-mai-2023#comp%C3%A9tences-%C3%A9largies-pour-plusieurs-professions-param%C3%A9dicales [Consulté le 01/06/2023].