Un pour tous, tous pour une licence ! - Porphyre n° 609 du 26/03/2024 - Revues
 
Porphyre n° 609 du 26/03/2024
 

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Actus

Auteur(s) : Annabelle Alix

Porphyre organisait deux tables rondes les 9 et 10 mars lors de PharmagoraPlus, à Paris. L’une sur la RSE, l’autre sur la licence. La branche officine et les facultés de pharmacie sont unies face au refus de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) d’une formation de grade licence pour les préparateurs officinaux. Explications.

Un diplôme de grade licence verra-t-il finalement le jour pour les préparateurs en pharmacie d’officine (PPO) ? La Direction générale de l’offre de soins (DGOS) laisse planer le doute. Les acteurs de la branche officine et la Conférence des doyens de pharmacie ont uni leurs voix dans un courrier, qu’ils lui ont adressé fin février dans le but de la convaincre. Dimanche 10 mars, ils ont réaffirmé leur consensus concernant la nécessité d’ouvrir une troisième année de formation optionnelle pour les PPO et son contenu lors du débat animé par Christine Julien, rédactrice en chef de Porphyre, sur le salon PharmagoraPlus. L’intention est ferme. « Nous n’ouvrirons pas la formation des préparateurs en pharmacie hospitalière (PPH) à la rentrée si, d’ici là, la DGOS ne nous a pas donné la certitude que les travaux de cette licence peuvent être mis en œuvre ? », a déclaré Vincent Lisowski, président de la Conférence des doyens de pharmacies. L’ouverture d’un diplôme d’état (DE) de grande licence serait, quant à lui, envisageable dès septembre 2024 pour les PPH (Porphyre n° 608, mars 2024).

Reconnaissance et attractivité

Alors que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche est partant, la DGOS traîne la patte, n’étant « pas encore persuadée qu’il y ait besoin d’un grade licence pour les préparateurs en pharmacie d’officine (PPO) », rapporte Vincent Lisowski. Dans un condiv de réduction des temps médicaux, l’activité des officines opère un virage à 180° vers les missions de santé publique et d’accompagnement du patient, avec la vaccination, les tests rapides d’orientation diagnostique, les entretiens ou la conciliation médicamenteuse. « Nous ne sommes plus dans un triptyque : visite chez le médecin et prescription – délivrance chez le pharmacien – retour à la maison avec mon petit paquet pour faire comme j’ai interprété, a schématisé Daniel Burlet, en charge des affaires sociales pour l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), syndicat de titulaires. Plus nous accompagnerons les patients dans leur parcours de soins, moins il y aura d’iatrogénie et de coût pour la collectivité. Pour ce faire, nous avons besoin de personnel qualifié techniquement, psychologiquement et pédagogiquement. La licence doit apprendre à bien communiquer avec le patient. » À l’officine, des préparateurs aguerris exercent déjà certaines de ces missions, hors cadre légal. « La licence leur offrirait une meilleure reconnaissance pour les actes effectués, mais aussi un meilleur développement de ceux-ci », a pointé Damien Chamballon, président de l’Association nationale des préparateurs-techniciens d’officine (Anprep). Elle pourrait aussi créer le déclic pour inciter les jeunes à embrasser cette profession en manque de candidats.

Adapter les compétences

Alors même que la Société française de pharmacie clinique a créé un groupe de travail « préparateurs », la DGOS « serait-elle restée sur la vision du pharmacien d’il y a 15 ou 20 ans, lorsque nous apparaissions comme des pousseurs de boîtes ? », s’interroge Daniel Burlet. « Pendant la crise Covid-19, la DGOS s’est pourtant bien rendu compte que nos missions évoluaient et que le BP comme le DEUST ne préparaient pas à ces évolutions, a pointé Philippe Denry, vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et de la Commission paritaire nationale de l’emploi et de la formation professionnelle (CPNE-FP) de la pharmacie d’officine (ndlr : la branche). La DGOS nous demande pourtant d’apporter les preuves des changements et des nouveaux besoins de l’officine. »

Conseils favorisant l’observance, premiers secours, vaccinations, trods, communication, assurance qualité…, le courrier envoyé à la DGOS dresse la liste des compétences attendues. Trois des cinq domaines de compétences issus des négociations sur le nouveau référentiel de formation des préparateurs hospitaliers pourraient être repris tels quels pour la licence des PPO, sur la dispensation, l’augmentation des compétences en pharmacie clinique, la façon de se positionner et de se comporter en interprofessionnalité… Ce tronc commun ouvrirait une passerelle entre l’officine et l’hôpital.

Une équipe à géométrie variable

Pourquoi ne pas réserver ces tâches à l’adjoint ? « Dans de nombreuses petites officines, les adjoints ne sont pas là tout le temps. Le titulaire se retrouve avec son équipe de préparateurs. Il a besoin de ce préparateur spécialisé pour le soutenir », a pointé Marie Guillon, préparatrice et présidente de la CPNE-FP. « Toutes les pharmacies n’ont pas d’adjoint, faute de trésorerie, parce qu’il en va de leur organisation ou parce qu’elles n’en ont pas trouvé », corrobore Philippe Denry. Autre paramètre à prendre en compte, « chez les préparateurs, comme chez les adjoints, certains souhaiteront s’orienter vers certaines missions, d’autres non. Seuls 53 % des jeunes en formation au Deust seraient intéressés pour suivre une licence, selon une enquête des centres de developpement de la formation en alternance », souligne le pharmacien, qui estime que le rythme soutenu du Deust découragerait certains apprentis face à la licence. Inutile de perdre des candidats au métier en imposant la licence à tous, contraignant aussi certains titulaires à débourser plus pour un diplôme surclassé par rapport à leurs besoins. La profession préfère offrir la possibilité de construire une équipe à géométrie variable selon sa typologie.

Des points de vigilance demeurent

Ce projet entraîne son lot de questions. Côté rémunération, « nous avons conscience qu’un diplôme de qualité supérieure ne peut pas rester sur le même positionnement que le BP, assure Daniel Burlet. Chaque chose en son temps : « Lorsque nous aurons un diplôme sur pied, alors nous l’organiserons sur le plan économique, lors des négociations. »

Pour accéder à cette formation de niveau bac +3, il faudra posséder un diplôme de niveau bac +2. Quid des BP ? « Ils seront orientés vers le service de formation continue de l’université pour monter un dossier de validation des acquis professionnels (VAP), explique Vincent Lisowski. Ils devront faire état de leurs compétences, de leur parcours professionnel. Puis il y aura une évaluation par des universitaires au travers d’un jury qui émettra un avis pour l’entrée en formation. En cas d’avis favorable, les postulants pourront candidater au même titre que les autres candidats et l’équipe pédagogique effectuera une sélection. » La coexistence de deux diplômes de préparateurs suscite l’inquiétude, comme en témoigne un sondage de l’Anprep (voir encadré). « Les préparateurs ne savent pas trop comment se positionner, les titulaires non plus, les adjoints encore moins, rapporte Damien Chamballon. « Ceux qui ont peur qu’un préparateur à bac+3 vienne concurrencer leur activité officinale à bac+6 ne doivent pas être très compétents dans leur travail, ajoute Vincent Lisowski. Je comprends la crainte que cela peut susciter, mais si les choses sont faites intelligemment, je pense qu’il n’y aura aucune difficulté. » Tout dépendra du soin avec lequel postes et missions de chacun seront définis dans l’équipe. Un enjeu managérial.

Le préparateur de demain

Damien Chamballon, président de l’Anprep, a dévoilé les premiers résultats de l’enquête Anprep/Pharméchange au 8 mars sur le préparateur de demain.

Entre inquiétudes, incertitudes et envie

→ 394 préparateurs envisageraient la licence (contre 100 « non »).

→ Un tiers des répondants se prononcent contre l’ouverture d’une licence pour les préparateurs en pharmacie d’officine (PPO).

→ 32 % des PPO, 64 % des adjoints et 40 % des titulaires sont contre la licence.

→ Les PPO contre la licence craignent des tensions dans l’équipe, de se sentir dévalorisés par la présence d’un autre préparateur plus diplômé, que ce nouveau diplôme ajoute de la complexité et de la confusion dans la profession. Ils anticipent une inégalité de salaires qu’ils ressentiraient comme injuste et que le manque de reconnaissance qu’ils estiment déjà subir ne s’aggrave.

→ 38 % des répondants ignorent s’ils sont pour ou contre la licence, ce qui signe une méconnaissance des tenants et aboutissants du projet. Une montée en compétences plébiscitée

→ 82 % estiment qu’un préparateur mieux formé est un atout pour l’équipe.

→ Les compétences à privilégier pour demain concernent : la santé publique, le matériel médical, la conciliation médicamenteuse, la gestion, le travail collaboratif, l’accompagnement.

→ Titulaires et PPO souhaitent une plus grande autonomie du PPO, contrairement à l’adjoint : en priorité sur l’orthopédie, la vaccination, la santé publique, la gestion des fournisseurs et les renouvellements.

Sondage Pharmechange/Association nationale des préparateurs-techniciens d’officine (Anprep), mis en ligne le 22 février 2024. 744 répondants dont 74 % de préparateurs BP, 9 % d’apprentis, 9 % de titulaires, 6 % de préparateurs DEUST et 2 % d’adjoints. Enquête en ligne jusqu’au 30 avril 2024.

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