Éveiller la motivation à se vacciner - Porphyre n° 608 du 23/02/2024 - Revues
 
Porphyre n° 608 du 23/02/2024
 

Exercer

Les mots pour…

Auteur(s) : Anne-Gaëlle Harlaut

Parler vaccination. Pour engager le dialogue sur les vaccins, misez sur la pédagogie, adaptezvous aux besoins individuels, tout en vous inspirant des techniques de l’entretien motivationnel.

Amorcer le sujet

Cibler juste

→ Moments propices. Toute occasion est bonne pour aborder le sujet. Certaines sont particulièrement favorables : la campagne annuelle grippe/Covid, la sortie du calendrier vaccinal au printemps, l’entrée dans un âge « carrefour » vaccinal (11-13 ans, 25 ans, 65 ans…), une grossesse ou sa programmation, une blessure pour le tétanos, la recrudescence d’une maladie à prévention vaccinale telle la rougeole…

→ Les personnes à prioriser. Les adolescents et les adultes, tranches d’âge pour lesquelles la couverture vaccinale reste insuffisante et « vaccinables » à l’officine.

Choisir le moyen

→ Quand l’occasion se présente : « Margot vient d’avoir 11 ans. Connaissez-vous les vaccins recommandés à cet âge ? »

→ Au détour d’une dispensation. « Savezvous que l’on peut faire d’autres vaccins que la grippe ou la Covid à la pharmacie ? Cela ne vous engage à rien mais on peut vous proposer de faire le point sur vos vaccinations. »

→ Par l’affichage, pour profiter de l’attente. Télécharger sur le site de Santé publique France, « Les vaccins à tous les âges » ou « Vaccination : êtes-vous à jour ? ». À compléter d’une affiche personnalisée : « Besoin d’un point sur vos vaccinations ? On est à votre service ! » ou « Ici, on vaccine ».

Adapter le discours

→ Les bons mots. Abandonner les termes scientifiques, même courants, tels immunité, agent pathogène, au profit d’une explication simple, compréhensible par tous : « Le vaccin permet à notre corps de se défendre contre une maladie sans tomber malade. » Rappeler que « le vaccin est un médicament » et le proposer comme une opportunité : « Pensez-vous bénéficier de toutes les vaccinations qui sont recommandées ? On fait le point ? »

→ Du factuel. Le patient a des questions sur une vaccination ? Favoriser les informations scientifiquement validées. Un rappel sur la maladie peut être utile car, paradoxe de l’efficacité de la vaccination, elle peut être devenue rare donc méconnue : « Le tétanos est une maladie due à une bactérie fréquente dans l’environnement, en particulier dans la terre. Elle atteint les muscles et le système nerveux. » Face à la circulation de fausses informations, réorienter sur les bénéfices : « On déplore encore 1 à 10 cas par an en France chez des personnes non vaccinées ou qui n’ont pas eu de rappel depuis longtemps. »

→ Neutre. Pour ne pas donner du grain à moudre aux polémiques, rester neutre dans son information : « Voilà ce qui est recommandé dans votre cas… »

→ À fuir ! Évitez de prendre parti : « À votre place, je ferais… », « À mon avis… » ou de vous appuyer sur une expérience : « Même ma belle-mère l’a fait hier ! » Fuyez le ton péremptoire : « Vous devez vous faire vacciner, vous êtes en retard ! », qui s’oppose à la motivation individuelle en cas d’hésitation.

Inutile d’effrayer exagérément pour convaincre : « Si Léo ne fait pas son ROR, il fera une rougeole grave à l’âge adulte. » C’est inexact donc contre-productif pour la confiance. Préférer : « La rougeole est en général bénigne mais elle peut provoquer des complications graves dans de rares cas. Le vaccin permet de se protéger sans prendre ce risque. »

Faire face aux réticences

→ L’ambivalence est reine. 85 % des Français se déclarent favorables à la vaccination(1), mais la majorité reste ambivalente quand il s’agit de passer à l’acte. Pierre Sonnier (voir encadré) explique cette ambivalence : « Si l’on caricature, deux voix s’opposent dans la tête des indécis. D’un côté, “la vaccination est bénéfique, elle a fait preuve de son efficacité, éradiqué certaines maladies” et de l’autre, “on a entendu des scandales sur ses effets indésirables graves, c’est pour enrichir les labos”. » On a ainsi deux discours : le discours-changement, qui correspond à la motivation à changer son comportement, « Je devrais me faire vacciner », et le discours-maintien, qui englobe les pensées négatives, « J’hésite à me faire vacciner »(2). Dans cette situation, « le réflexe classique du soignant est d’argumenter pour convaincre. Mais spontanément, le patient reproduit son ambivalence et répond par des arguments contre la vaccination, ce qui renforce le discours de maintien et aboutit à un statu quo en défaveur du changement. L’entretien motivationnel permet d’éviter cette impasse », explique l’expert.

→ Vers le changement. L’entretien motivationnel (EM) vise à faire pencher la balance de l’ambivalence vers le discours du changement. C’est une conversation consistant à faciliter le processus décisionnel en renforçant la motivation d’une personne au changement à partir de ses propres arguments et non de ceux du professionnel « expert », en d’autres termes, en amenant la personne à se convaincre elle-même. Au Canada notamment, des essais cliniques ont montré son impact significatif sur l’hésitation vaccinale. Conduite par le Pr Arnaud Gagneur, la stratégie Promovac (sensibilisation par l’EM des parents à la vaccination durant leur séjour à la maternité) s’est traduite lors d’une étude pilote par une hausse de 7 % de la couverture vaccinale des nourrissons à 7 mois. Généralisée aux maternités du Québec, elle a augmenté de 11 % l’intention de vaccination avec un recul de 30 % du taux de réticences(3).

S’inspirer de l’approche motivationnelle

Se former à l’EM est l’idéal (voir plus loin) mais vous pouvez déjà vous en inspirer.

→ L’esprit. Quitter la posture du professionnel « expert » pour adopter une attitude collaborative, dans un échange d’égal à égal, sans jugement : « Votre vision de la vaccination m’intéresse », et empathique : « J’entends ce que vous dites », « Je comprends votre inquiétude. »

→ Les compétences. Questionnez « ouvert » pour amener l’autre à verbaliser : « Qu’en pensez-vous ? », « Que savez-vous de… » Valoriser ses compétences pour un échange collaboratif : « Vous êtes attentif à votre santé et à celle de votre famille », « Vous savez déjà que… » Pratiquer l’écoute active : « Ce que vous pensez m’intéresse », « Je vais vous laisser exprimer votre point de vue » et la reformulation qui atteste de l’écoute et éclaire les points sur lesquels rebondir : « Si j’ai bien compris, vous aimeriez que votre bébé à naître soit le mieux protégé possible. »

→ Le principe. Face à un patient qui exprime une réticence au dialogue, « J’hésite un peu », « J’ai besoin de temps », commencez par une question ouverte et neutre : « Que savez-vous de la vaccination ? » Intuitivement, le patient va exprimer une réticence : « Je sais que c’est bien mais j’ai peur des effets indésirables dont on parle à la télé. » N’entrez pas dans un duel avec des contre-arguments mais amenez le patient vers son discours-changement : « J’entends vos craintes mais que savezvous des bénéfices de la vaccination contre cette maladie ? » et faites les lui exprimer à haute voix. Le dialogue se poursuit avec le même objectif, faire émerger le discours-changement pour lui donner plus de place et engager la personne vers une décision motivée par ses propres arguments. Elle dit : « Les vaccins, on teste vraiment leur sécurité ? » Vous : « Pensez-vous que les vaccins sont des médicaments ? » Elle : « Je ne suis pas vraiment exposé à ce risque. » Vous : « Vous connaissez donc la forte contagiosité de cette maladie ? », etc. Un exemple de dialogue d’EM autour de la vaccination sous forme d’un film est à consulter sur le site cres-paca.org > Publications> Outils pédagogiques>.

→ Informer en DPD. « Mais les adjuvants, c’est néfaste pour la santé, non ? » Quand vous estimez qu’il est nécessaire d’apporter une information, la technique du demander-partager-demander (DPD) est un outil clé pour faciliter son acceptation.

– Demander. « Que savez-vous déjà sur les adjuvants ? » puis, valoriser la réponse pour un échange collaboratif : « Je vois que vous savez ce qu’est un adjuvant/ que vous vous êtes intéressé. »

– Partager une information factuelle et neutre. « Si vous êtes d’accord, je me permets de compléter. Les adjuvants, ça sert à ça. »

– Demander de reformuler pour permettre à la personne d’être active dans l’échange. « Qu’est-ce que vous retenez de cette nouvelle information ? »

→ La porte ouverte. Changer de comportement peut prendre du temps et nécessiter d’être remotivé périodiquement. Laisser la porte ouverte : « Cet entretien vous a-t-il semblé intéressant ? Je reste à votre disposition si vous voulez le poursuivre. »

Se former à l’EM

→ Via les instances régionales d’éducation et de promotion de la santé (Ireps) ou les Comités régionaux d’éducation pour la santé (Cres). Le Cres Paca, les Ireps Occitanie et Réunion proposent des formations sur 1 ou 3 jours à l’EM en 2024.

→ L’Association francophone de diffusion de l’entretien motivationnel (Afdem) propose des formations de 3 à 6 jours, en présentiel ou distanciel.

(1) Bulletin épidémiologique de santé, avril 2023.

(2) L’entretien motivationnel. Aider la personne à engager le changement, Miller R. W., Rollnick S. InterEditions, 2019, 434 p.

(3) L’entrevue motivationnelle : un outil particulièrement efficace pour atténuer la réticence à la vaccination, A. Gagneur, Relevé des maladies transmissibles au Canada 2020 ; 46 (4):104-9.

Avis du spé

Pierre Sonnier, pharmacien, formateur au Comité régional d’éducation pour la santé (Cres) Paca.

Le réflexe classique d’un professionnel de santé face au changement de comportement est de donner des arguments pour convaincre. Notre formation initiale n’aborde pas, ou pas suffisamment, les compétences relationnelles. Utiliser les compétences du patient est donc loin d’être naturel. Pour pratiquer l’entretien motivationnel, il est important de s’y former afin de maîtriser les techniques qui amènent à faire verbaliser la personne, à reformuler mais aussi pour adapter son approche face à l’ambivalence. Deux jours de formation permettent en général d’en maîtriser les bases, qui seront utiles dans le cadre de la vaccination mais aussi dans toute autre situation qui implique un changement de comportement comme les addictions, la nutrition…

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