Pourquoi la valorisation de la grille est arrêtée ? - Porphyre n° 607 du 19/01/2024 - Revues
 
Porphyre n° 607 du 19/01/2024
 

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Auteur(s) : Anne-Charlotte Navarro

Les tensions entre l’Assurance maladie et les syndicats de titulaires ont entraîné l’arrêt des négociations pour revaloriser la grille de classi cation des emplois entamées à la demande des syndicats d’employeurs en septembre 2023.

Les tensions entre l’Assurance maladie et les syndicats de titulaires ont entraîné l’arrêt des négociations pour revaloriser la grille de classification des emplois entamées à la demande des syndicats d’employeurs en septembre 2023.

Qu’est-ce que la grille de classification des emplois en officine ?

La Convention collective de la pharmacie d’officine organise l’évolution de carrière des salariés et détermine le coefficient minimal d’un salarié en fonction de ses années de pratique professionnelle dans un tableau ou grille. À un coefficient correspond un taux horaire de salaire selon le point.

Pourquoi revaloriser cette grille ?

« Nous avons souhaité revoir les classifications pour donner une perspective de carrière aux préparateurs et adjoints », déclare Daniel Burlet, de l’Uspo. « La pénurie de personnel peut être liée au manque de reconnaissance et de perspective. Il est donc important de revoir cette grille », estime Christelle Degrelle, représentante CFE-CGC. Les travaux de revalorisation ont commencé en septembre 2023.

Quels étaient les points forts envisagés ?

« La FSPF voulait aller vite. Nous avons échangé rapidement des propositions et contre-propositions jusqu’en novembre 2023 », indique Olivier Clarhaut, de FO. « L’Uspo proposait d’augmenter les coefficients de fin de carrière afin de créer une évolution de carrière plus dynamique », confie Pierre-OlivierVariot, président de l’Uspo. Un début de carrière au 250 pour les préparateurs et 450 pour les adjoints ont été évoqués aussi.

Pourquoi avoir mis fin aux négociations ?

Le 17 novembre 2023, la FSPF a suspendu les travaux car la Caisse primaire d’Assurance maladie (CPAM) n’ouvrait pas les négociations sur la convention pharmaceutique. « Thomas Fatôme, directeur général de la CPAM, doit prendre conscience qu’il faut des ressources pour le réseau officinal. Nous ne pouvons pas donner aux salariés si l’économie de la pharmacie n’est pas garantie, explique Philippe Denry, de la FSPF. Il faut arrêter avec l’idée que l’économie de l’officine est assurée par les ventes de shampoings et de crèmes ! »

Qu’est la convention pharmaceutique ?

La CPAM et les représentants de chaque profession de santé négocient une convention dans laquelle ils fixent les missions et leur prise en charge par l’Assurance maladie et qui assure une part des revenus de l’officine. Régulièrement, les parties renégocient des avenants tel celui sur la remise d’un kit de dépistage de cancer colorectal pour 5 euros.

Les deux négociations sont-elles liées ?

Non. Cependant, la convention pharmaceutique permet à l’officine d’avoir une vision de ses ressources, indispensable pour rémunérer les salariés. « Nos propositions de revalorisation de la grille vont coûter 150 millions au réseau. Nous ne pouvons pas imposer un tel coût à nos confrères alors que beaucoup connaissent des difficultés financières. L’Assurance maladie doit comprendre que nous travaillons en équipe », assène Pierre-Olivier Variot.

L’Assurance maladie peut-elle rémunérer les salariés de l’officine ?

Non, cette charge revient à l’employeur, mais « la particularité des officines par rapport aux autres professionnels de santé est de travailler en équipe. Pourquoi ne pas imaginer une enveloppe dédiée aux paiements des salaires pour aider le pharmacien chef d’entreprise ? » suggère Philippe Denry.

Qu’en disent les syndicats de salariés ?

« Pour mener une négociation, il faut être deux. Or, les employeurs ont quitté la table des négociations », déplore impuissant Olivier Clarhaut. « Alors qu’il y a une pénurie de personnel, le signal envoyé par les employeurs est très négatif pour les salariés en poste et pour les jeunes qui s’intéressent à la filière », ajoute Christelle Degrelle, représentante CFE-CGC.

Les négociations vont-elles reprendre ?

Les négociations avec l’Assurance maladie ont débuté en décembre 2023. « Un accord avant mars 2024 paraît très irréaliste, estime Daniel Burlet. Ensuite, sa mise en application va prendre six mois, soit septembre 2024. Les partenaires sociaux doivent se retrouver fin janvier 2024 pour échanger sur la valeur du point. » À ce moment, « les négociations avec l’Assurance maladie devraient être bien entamées. Il restera peut-être des miettes pour les salariés et une porte entrouverte pour reprendre la valorisation des coefficients », espère Christelle Degrelle. Daniel Burlet est moins optimiste : « La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. »

NOS EXPERTS INTERROGÉS

→ Daniel Burlet, trésorier de l’Uspo (Union de syndicats de pharmaciens d’officine).

→ Olivier Clarhaut, secrétaire fédéral de la branche pharmacie de FO (Force ouvrière).

→ Christelle Degrelle, représentante du syndicat de salariés CFE-CGC (Confédération française de l’encadrement-Confédération générale des cadres).

→ Philippe Denry, vice-président du syndicat de titulaires FSPF (Fédération des syndicats pharmaceutiques de France).

→ Pierre-Olivier Variot, Président de l’Uspo.

Repères

→ Septembre 2023 : ouverture des négociations sur la refonte de la grille des coefficients. Pour les préparateurs, elle comprend 9 échelons, soit 9 coefficients, du 240 au 330, et 6 pour les pharmaciens, du 400 au 800.

→ Novembre 2023 : suspension de ces négociations par la FSPF face au silence de l’Assurance maladie.

→ Décembre 2023 : ouverture des négociations de la convention pharmaceutique avec l’Assurance maladie.

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