Une refonte de la grille des salaires est envisageable - Porphyre n° 596 du 01/03/2023 - Revues
 
Porphyre n° 596 du 01/03/2023
 

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Actus

Auteur(s) : Annabelle Alix

La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), syndicat majoritaire de titulaires, a dévoilé, le 17 janvier, les résultats de son enquête sur les salaires en officine. Sur fond de pénurie de personnel, une évolution de la grille et d’autres mesures pour attirer les candidats sont en projet.

Une grille des salaires plus attrayante en officine ? La réponse est attendue avant l’été. La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), syndicat majoritaire des titulaires, a présenté, le 17 janvier, les résultats de son enquête sur l’attractivité des métiers de l’officine (voir encadré). Au lendemain d’une négociation paritaire infructueuse sur la revalorisation du point (voir actu p. 9), la FSPF a réaffirmé son positionnement pour 2023. « Il s’agit d’avoir plus de visibilité sur la grille pour pouvoir se positionner face aux revendications des syndicats de salariés, et engager une réforme structurelle afin d’éviter de se faire “tamponner” par les augmentations du Smic », a indiqué le vice-président, Philippe Denry. À l’heure où « il manque de 13 000 à 15 000 salariés dans les officines », le syndicat souhaite rendre la pharmacie plus attractive, « en travaillant avec les partenaires sociaux pour aboutir à des résultats avant l’été ».

Des salaires supérieurs à la grille

« Nous observons des démarrages de carrière accélérés chez les préparateurs, dont les salaires sont plus proches du coefficient 260 que du 240, note Philippe Denry. Et ce décalage se maintient par la suite ». L’enquête sur le terrain révèle un salaire supérieur d’environ 100 € brut à celui de la grille chez les préparateurs (voir tableau). La médiane mensuelle de rémunération d’un préparateur débutant à un coefficient 240 se situe à 1 838,24 €, soit un salaire supérieur à celui de référence de la grille, fixé à 1 738,44 €. Côté adjoints, cet écart s’élève à environ 500 € brut jusqu’à deux ans d’ancienneté. Au-delà, il se réduit à 250 € brut environ. « La grille n’est peut-être pas très sexy, mais elle ne correspond pas aux salaires versés dans la réalité », en conclut Philippe Denry. « Nous voulons montrer aux titulaires qu’ils embauchent au-dessus de la grille, et qu’annoncer un coefficient à 400 à l’entrée dans la profession alors que personne n’embauche à ce prix-là, c’est se tirer une balle dans le pied ». Sous-entendu, c’est alimenter l’image de faible attractivité de la profession, notamment quand « les jeunes voient les salaires de la grille et ne savent pas que les entreprises les recrutent en fait à un salaire supérieur », déplore Philippe Besset, le président de la FSPF.

Un chantier en prévision

Est-ce que les coefficients les plus bas pourraient disparaître de la grille ? La classification des salaires pourrait-elle démarrer au coefficient 260 pour les préparateurs ? Rien n’est moins sûr à quatre mois de l’été, échéance annoncée. « Aucune date n’est encore prévue pour démarrer le chantier », souligne Olivier Clarhaut, secrétaire fédéral de la branche officine chez Force ouvrière, au demeurant plutôt ouvert à l’idée. Ce projet interviendrait même au moment opportun. Le Deust sur les rails, « on ne peut pas se satisfaire de dire aux futurs préparateurs “Aujourd’hui, vous avez bac + 2”, sans les payer plus cher que les BP niveau bac ! »

Les jeunes s’en vont

Olivier Clarhaut garde la tête froide : « Si c’est pour faire passer le coefficient d’entrée de 240 à 250 et ne pas toucher au reste de la grille, cela ne rime à rien. L’attractivité doit être de mise tout au long de la carrière ». L’accent est placé sur les jeunes dès le collège. La FSPF compte les attirer, en élaborant par exemple une maquette sur l’accueil et les activités à proposer aux stagiaires de 3e. Il conviendrait, surtout, de retenir les diplômés en poste. L’enquête de la FSPF révèle qu’un tiers des préparateurs ont quinze ans d’ancienneté ou plus dans leur officine, et que 28 % sont en poste depuis moins de trois ans. Entre les deux, les effectifs sont au plus bas. Trois ans après leur diplôme, les nouvelles générations peinent à rester dans leur officine.

Un signe d’alerte, selon le socio-économiste Stéphane Rapelli, qui a analysé les causes de ce désenchantement en début de carrière (lire Porphyre n° 587, juin 2022) : « un salaire qui pose problème, une sensation de déclassement à cause de l’aspect commercial du métier, trop éloigné du “prendre soin” qui suscitait l’attrait, un manque de perspectives d’évolution et des difficultés à s’adapter aux nouvelles demandes des clients, puisque la vente, le merchandising, la micronutrition ou la phyto-aromathérapie sont absents de la formation ».

Accompagner les carrières

« Notre réflexion va aussi dans le sens des progressions de carrière, assure Philippe Denry, pointant le Deust et une éventuelle licence (lire Porphyre n° 595, février 2023). En parallèle, « la réalisation de tests et des vaccins diversifie les tâches ». La FSPF entend fidéliser ses salariés grâce à ces nouvelles activités. Seul hic, Philippe Besset n’est pas sûr que les préparateurs puissent continuer à vacciner, même s’il le souhaite, « au moins pour les campagnes de santé publique grippe et Covid. On va ramer pour aller au-delà, confie-t-il, au vu de ce que je ressens des médecins qui sont aux commandes de la Haute Autorité de santé et de la Direction générale de la santé ». Quant aux tests, ils ne suscitent pas un fol engouement (voir enquête p. 16). « Chez les seniors, la variété des tâches permet de compenser le manque de perspectives d’évolution, mais ce n’est pas le cas chez les jeunes, expliquait Stéphane Rapelli. Les nouvelles générations ne peuvent plus rester figées dans un poste. Elles veulent être considérées comme de véritables collaborateurs qui participent à la construction de l’entreprise ». Il s’agirait plutôt de mettre en place un réel management des emplois et des compétences en officine, qui fidéliserait les salariés. Difficile d’interférer dans le management, mais « les syndicats d’employeurs pourraient formuler des propositions au niveau des programmes de formation des pharmaciens pour qu’ils soient formés au management », estime Olivier Clarhaut. L’idée est lancée.

Chiffres clés de l’enquête de la FSPF

1 067 officines répondantes FSPF* en mai 2022, avec 3 690 fiches de salariés renseignées sur la base de leurs déclarations.

→ 51 % des officines ont un chiffre d’affaires de 1,3 à 2,6 millions d’euros et 35 % en ont un inférieur à 1,3 million d’euros.

→ 94 % des préparateurs sont des femmes.

→ 42 % ont entre 36 et 50 ans et 25,7 % entre 26 et 35 ans.

→ Quasiment pas d’écart entre les salaires des hommes et des femmes.

→ 71 % ont bénéficié de la prime Macron de 1 000 €, 20 % de la prime Covid de 500 € et 19 % ont un 13e mois.

(*) Sur 20 721 officines en France au 21 novembre 20 (source : FSPF).

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