L’automédication à visée « anti-cholestérol » - Porphyre n° 596 du 01/03/2023 - Revues
 
Porphyre n° 596 du 01/03/2023
 

Savoir

Le point sur…

Auteur(s) : Nathalie Belin

Les compléments alimentaires visant à normaliser le cholestérol ont une efficacité au mieux modeste et présentent des effets indésirables. Leurs précautions et limites sont à rappeler systématiquement.

Levure rouge de riz

De quoi parle-t-on ?

La levure de riz rouge, ou plus exactement la levure rouge de riz, est une moisissure provenant de la fermentation du riz blanc lui donnant sa couleur rouge. Elle renferme des monacolines, dont la monacoline K, un composé qui présente les mêmes caractéristiques pharmacologiques que les statines, c’est-à-dire l’inhibition de l’hydroxy-méthyl-glutaryl-CoA réductase (HMG-CoA réductase), enzyme intervenant dans la voie de synthèse du cholestérol. La monacoline K, sous le nom de lovastatine, entre dans la composition de médicaments dans certains pays, mais pas en France.

A-t-elle une allégation santé ?

Oui. Plusieurs études cliniques versus placebo montrent qu’une dose d’environ 10 mg par jour de monacoline K, voire un peu moins (7,2 mg), peut diminuer le cholestérol total et surtout le LDL-cholestérol (voir Info+) de 15 à 25 % après huit à douze semaines de prise(1 et 2).

La levure rouge de riz possède ainsi une allégation de santé européenne pour le maintien d’une cholestérolémie normale, à raison de 10 mg de monacoline K par jour. La teneur en monacolines totale, plutôt que celle en monacoline K, est parfois indiquée sur les emballages. La monacoline K représente 90 % des monacolines de la levure rouge de riz.

Que dit la réglementation ?

• Des effets indésirables hépatiques, cutanés et musculaires, graves pour certains et ayant nécessité une hospitalisation, ont été rapportés en Europe lors de la prise de compléments alimentaires de levure rouge de riz. En 2018, l’Autorité de santé européenne des aliments (Efsa) a conclu qu’ils survenaient pour des doses faibles de monacoline K, dès 3 mg par jour(3). Ces effets indésirables, en particulier musculo-squelettiques, sont des effets connus des statines.

• Une nouvelle réglementation européenne, appliquée en France depuis juin 2022, impose une concentration en monacolines inférieure à 3 mg dans les compléments alimentaires. À cette dose, selon l’Efsa, la monacoline K est susceptible de réduire la cholestérolémie totale (- 11,2 %) et le LDL-c (- 14,8 %). Exemples : Arkogélules Levure de riz rouge bio… En association : Copmed Levure de riz rouge, Tempérol Fort, Arterin Cholestérol, Coracol… À noter : d’anciennes références à des doses plus élevées peuvent encore être en stock.

Quelles précautions ?

• Statine naturelle, la levure rouge de riz, expose aux mêmes effets indésirables que les statines de synthèse, en particulier hépatiques, dont des hépatites, et musculaires, avec élévation de la créatine phosphokinase, crampes, douleurs, voire destruction musculaire conduisant à une rhabdomyolyse.

• Déconseillée avant 18 ans, en cas de grossesse et d’allaitement, son association à une autre statine ou à un fibrate est aussi à proscrire en raison d’une addition d’effets indésirables. Elle est déconseillée après 70 ans, en cas de troubles hépatiques ou d’insuffisance rénale, et associée à des inhibiteurs du CYP 3A4 (certains macrolides, azolés, pamplemousse…).

Que dire aux patients ?

• La proportion en molécules actives de la levure rouge de riz varie dans les compléments alimentaires, contrairement à un médicament, dont les doses en principes actifs sont standardisées. La dose autorisée ne sera pas aussi efficace qu’un médicament, ni n’agira aussi vite.

• La levure rouge de riz peut également induire des effets indésirables.

• Un suivi médical est impératif en cas d’hypercholestérolémie pour vérifier l’efficacité d’un régime ou d’un traitement.

Phytostérols

De quoi parle-t-on ?

Ces stérols présents dans certains végétaux ont une structure proche du cholestérol animal. Ils entrent en compétition avec lui au niveau de ses transporteurs dans la cellule intestinale, d’où leur capacité à diminuer son absorption. Ils sont présents dans les huiles d’olive, de maïs, de colza…, les graines et oléagineux, lin, noix, amandes…, et dans certains légumes.

Ont-ils une allégation santé ?

• L’apport de 1,5 à 2,4 g par jour de phytostérols, soit environ dix fois plus que l’apport alimentaire, réduit d’environ 10 % le LDL-c après deux à trois semaines et se maintient(4 et 5). Toutefois, il existe une grande variabilité individuelle et 30 % des personnes sont non répondeuses.

• La réglementation européenne autorise une allégation indiquant que les phytostérols et les phytostanols, dérivés saturés des phytostérols, diminuent le cholestérol sanguin pour un apport de 1,5 à 3 g par jour. Ils contribuent au maintien d’une cholestérolémie normale pour un apport d’au mois 800 mg par jour.

Qu’en disent les autorités de santé française ?

• En 2014, l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM) a pointé des « risques » en lien avec la consommation de phytostérols, remettant en question leur bénéfice(4). Aucune étude ne prouve – et c’est toujours le cas – que les phytostérols réduisent le risque cardio-vasculaire, ce qui est le but premier recherché lorsqu’on souhaite abaisser le cholestérol. L’hypercholestérolémie n’étant qu’un facteur de risque parmi d’autres.

• Plus inquiétant, bien que l’absorption des phytostérols soit en général faible, il existe chez certaines personnes une hausse importante des concentrations sanguines en phytostérols « dont le risque cardio-vasculaire n’est pas connu », expliquait l’Efsa. Depuis, un nombre croissant d’études mettent en avant un lien entre phytostérols et risque athérogène.

• Une diminution de la concentration sanguine en bêta-carotène est observée à partir de 1,1 g de phytostérol par jour, faisant recommander aux personnes utilisant ces produits d’enrichir leur alimentation en fruits et légumes.

Quelles sont les précautions ?

L’Anses déconseille l’emploi de phytostérols aux enfants, aux femmes enceintes ou allaitantes, mais aussi aux personnes souhaitant réduire leur taux de cholestérol, et leur recommande un avis médical afin de bénéficier de mesures hygiéno-diététiques adaptées(4).

Que dire aux patients ?

Les autorités de santé et les endocrinologues ne préconisent pas une supplémentation en phytostérol, alimentaire (Danacol, ProActiv…) ou via des compléments nutritionnels (Léro Phytostérols, Ergystérol…), en raison de l’absence de preuves et même d’effets délétères possibles sur le plan cardio-vasculaire. En revanche, consommer des aliments riches en phytostérols (huiles végétales, oléagineux…) est encouragé. Ces derniers sont largement présents dans le régime méditerranéen, aux bénéfices démontrés sur le plan cardio-vasculaire.

Autres composants

D’autres composants sont présents dans les formules anticholestérol, sans disposer d’allégations de santé dans ce cadre.

• Les policosanols, extraits de la canne à sucre, sont utilisés en Amérique du Sud. Des études anciennes montrent qu’ils diminuent le LDL-c à partir de 10 mg par jour. Elles n’ont pas été confirmées dans des populations occidentales.

• Le taux sanguin de coenzyme Q10, molécule antioxydante, semble réduit par la prise d’une statine. Quelques études suggèrent qu’il améliore l’efficacité des statines. Un lien entre diminution de coenzyme Q10 et atteintes musculaires des statines a été évoqué, mais non prouvé.

Info+

→ LDL-cholestérol, ou LDL-c : lipoprotéine de basse densité (low density) correspondant au « mauvais » cholestérol car le distribuant aux organes, avec risque de dépôt lipidique sur les artères conduisant à l’athérosclérose.

(1) Heber et al., The American Journal of Clinical Nutrition, 1999, 69:231-6.

(2) Doi : 10.1016/j.pranut. 2016.09.011.

(3) Scientific opinion on the safety of monacolins in red yeast rice, Efsa, 2018.

(4) Évaluation du risque et du bénéfice liés à la consommation de produits alimentaires enrichis en phytostérols ou en phytostanols, avis de l’Anses, 2014.

(5) Les aliments fonctionnels contenant des phytostérols ou des phytostanols : quels bénéfices, quels risques ?, J. M. Bard et al., Pratiques en nutrition, 2016.

Les aliments bénéfiquessur le plan cardio-vasculaire

→ Les fibres ont une efficacité prouvée en prévention du risque cardio-vasculaire. La Société européenne de cardiologie (ESC) recommande d’en consommer 30 g par jour. Les bêta-glucanes, une famille de fibres présente dans l’avoine ou l’orge, ont une allégation pour le maintien d’une cholestérolémie normale à partir de 3 g par jour.

→ Les oméga 3 des huiles végétales et des poissons gras ont également un bénéfice bien établi.

→ Les fruits et légumes contribuent à diminuer l’oxydation du LDL-c, responsable de la formation des plaques d’athérome.

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