Le cannabidiol est une molécule prometteuse - Porphyre n° 585 du 01/04/2022 - Revues
 
Porphyre n° 585 du 01/04/2022
 

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Auteur(s) : Karim Khoukh

Les 10 et 11 mars ont eu lieu les premières Journées francophones de la préparation pharmaceutique (JFPP), à Paris. Ce rendez-vous pluridisciplinaire s’est achevé par une table ronde sur le cannabidiol, utilisé en préparation magistrale dans certaines affections. Avec des résultats impressionnants.

« Le cannabidiol a sauvé notre fille ! » Émue aux larmes, Marie Jackson a conclu ainsi son témoignage lors de la table ronde cannabidiol des Journées francophones de la préparation magistrale (JFPP), à Paris les 10 et 11 mars. Cette maman a raconté le parcours magistrales de cannabidiol (CBD). Diagnostiquée à 13 ans, sa fille souffre d’un syndrome d’activation mastocytaire (Sama), responsable de douleurs ostéo-articulaires la contraignant au fauteuil roulant. Les premières années se résument au paracétamol, dont l’inefficacité pousse au surdosage. D’autres produits sont essayés, sans succès jusqu’à la déscolarisation. Une crise particulièrement douloureuse envoie l’adolescente de 15 ans à l’hôpital Necker, à Paris. Le Dr Céline Greco, responsable de l’unité de médecine de la douleur et palliative, chercheuse à l’Inserm, propose une préparation magistrale de cannabidiol. Cette molécule a montré une efficacité spectaculaire chez d’autres patients atteints de Sama. « On a sauté sur le traitement sans hésiter », confie Marie Jackson. En quelques jours, une nette diminution des douleurs est observée. Aujourd’hui, sa fille de 17 ans marche sans assistance et a retrouvé une scolarité normale. Madame Jackson déplore la méfiance des autres structures médicales vis-à-vis du CBD, pouvant entraver la continuité des soins.

Des résultats… stupéfiants !

À grands renforts de schémas, le Dr Céline Greco a précisé les mécanismes d’action du CBD sur le Sama, via l’inhibition de l’enzyme IDO1 à l’origine in fine des douleurs, et sur d’autres pathologies rares. « C’est la première fois que je vois un antalgique avec un tel potentiel et aussi bien toléré. » L’idée d’exploiter le cannabidiol est venue de patients soulagés par du cannabis ou du CBD acheté sur Internet. Malgré ces résultats, « ce n’est pas une molécule miracle », ni sans risque. Son efficacité est moindre sur l’arthrose ou les migraines, et sans encadrement médical, le CBD peut provoquer des troubles hépatiques. L’origine non maîtrisée des matières premières fait craindre au Dr Gréco la présence de tétrahydrocannabinol (THC), molécule à haut risque de retard de croissance et de troubles de l’apprentissage chez l’adolescent. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle le médecin n’inclut pas ses jeunes patients dans l’expérimentation du cannabis à usage médical de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). L’autre raison est l’emploi de doses trop faibles de CBD dans cet essai de l’ANSM. « Les préparations magistrales de CBD représentent une solution sûre afin que les patients n’aient pas recours à l’automédication. Elles utilisent un CBD d’origine synthétique, exempt de trace détectable de THC. »

Chien, chat et chanvre

La médecine humaine n’est pas la seule à s’intéresser au CBD. Le Dr Thierry Poitte, vétérinaire, fondateur de CAP* Douleur, en prescrit chez le chien et le chat. « Le CBD fonctionne très bien sur les douleurs complexes, multifactorielles, avec une forte composante émotionnelle. Moins sur l’arthrose. » Le Dr Poitte rapporte un meilleur effet avec un CBD « broad spectrum », c’està-dire accompagné des terpènes et des autres cannabinoïdes, à l’exception du THC, toxique pour les animaux. Il est d’ailleurs la troisième cause d’intoxication chez l’animal au Canada. Comme le Dr Greco, le Dr Poitte souligne l’importance de maîtriser la qualité et la traçabilité du CBD.

Qualité, sécurité, CBD

La qualité de la matière première est le métier de Franck Paillard, directeur des matières premières du laboratoire Cooper, l’un des fournisseurs de CBD de qualité pharmaceutique en France. « Depuis que nous proposons le CBD au catalogue, je reçois sans arrêt des questions. » Il concède toutefois que les ventes ne sont pas à la hdiv de l’engouement, sans doute en raison du remboursement. Un traitement par CBD synthétique coûte de 100 à 3 000 € par mois. Si les préparations magistrales prescrites par le Dr Greco sont prises en charge, c’est rarement le cas pour ses confrères pour les mêmes pathologies. Des pharmaciens dans l’assistance confirment l’inégalité de prise en charge sur le territoire. Les arguments des caisses d’Assurance maladie sont l’absence de monographie du CBD à la pharmacopée et d’études solides chez l’humain. « Nous avons plusieurs études en cours de publication », rassure le Dr Greco. « La monographie devrait paraître en fin d’année », intervient dans l’auditoire Valérie Salomon, directrice des métiers scientifiques à l’ANSM.

Dans les règles de l’art

« Il faudra changer de “logiciel” », prévient François Bruneaux, de la Direction générale de la santé (DGS). La complexité du sujet impose de sortir du cadre habituel de prescription et de remboursement des préparations magistrales. Le ministère de la Santé a été informé des résultats prometteurs du CBD obtenus par le Dr Greco dans les maladies rares, mais juge nécessaire d’encadrer son utilisation pour sécuriser les prescriptions dans un cadre compassionnel en l’absence d’études cliniques publiées. « Aujourd’hui, rien n’empêche un médecin de prescrire du CBD et une pharmacie de le préparer », avance François Bruneaux. Un travail collaboratif associant DGS, direction de la sécurité sociale, ANSM et Cnam a été engagé pour rechercher un cadre juridique, quitte à prévoir des adaptations législatives, dans la prochaine loi de financement pour la Sécurité sociale. Concernant la prise en charge, la DGS explore des pistes : prescriptions par un centre de référence, indications définies, préparations réalisées par une pharmacie dont la qualité de la production a été contrôlée. « On avance », conclut François Bruneaux.

Des différences

→ Les deux cannabinoïdes les plus actifs chez l’humain sont le delta- 9-tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD). Le THC, connu pour ses effets psychotropes, est à l’origine du classement du cannabis comme stupéfiant. Contrairement au THC, le CBD est dépourvu d’action psychoactive et sans risque d’addiction. Le cannabis médical utilise l’ensemble des cannabinoïdes pour un usage thérapeutique, comme antalgique, antispasmodique, antiémétique et stimulant de l’appétit. Les préparations magistrales de CBD ne sont pas soumises à des restrictions particulières de prescription et de délivrance.

De l’espoir

→ L’hôpital Necker, à Paris, a prescrit, de mars 2020 à mars 2022, des préparations magistrales de CBD à 300 patients dans la mastocytose, la drépanocytose, l’endométriose, l’érythermalgie, l’épidermolyse bulleuse et les maladies infiammatoires chroniques de l’intestin (Mici). Seuls 7 % des patients ont rapporté une inefficacité, et 2 % une mauvaise tolérance, avec vertiges, somnolence, augmentation transitoire des enzymes hépatiques.

Des contacts

→ L’association Assomast défend les patients atteints de mastocytoses et de syndrome d’activation mastocytaire (Sama). assomast.org

→ Vingt-quatre centres de référence (Ceremast) les prennent en charge. maladiesrares-necker.aphp.fr/ ceremast

→ Le site EasyPrepCBD rassemble des informations pratiques sur les préparations magistrales de cannabidiol. easyprepcbd.fr

(*) Pour Change Animal Pain. Le réseau Cap Douleur regroupe les vétérinaires intéressés par la douleur et le bien-être animal. Sur capdouleur.fr

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