“J’aimerais calmer mon mal de tête” - Porphyre n° 585 du 01/04/2022 - Revues
 
Porphyre n° 585 du 01/04/2022
 

Exercer

Au comptoir

Auteur(s) : Nathalie Belin

1 Je questionne

Préciser la demande

« Est-ce habituel ? » Si oui, « Avez-vous déjà vu un médecin ? » vérifie la pose d’un diagnostic, migraine notamment, et un suivi. « Avez-vous également des douleurs dentaires, oculaires, cervicales, ou un trouble de la parole, une confusion, ou une faiblesse d’un côté du corps ? » et « Avez-vous pris votre température ? » recherchent des signes d’alerte qui nécessitent de consulter.

Rechercher certains critères

« Des nausées ou des vomissements sontils présents ? » et « La douleur est-elle importante, unilatérale ? » peuvent aider à distinguer le type de céphalée (voir encadré p. 38). « Que prenez-vous habituellement pour vous soulager ? » et « Combien de fois par mois ? » recherchent les antalgiques utilisés et leur fréquence.

Orienter le choix

Selon le cas, « Quel âge a l’enfant ? », « Prenez-vous d’autres médicaments tels qu’anticoagulant, antiagrégant… ? », « Avez-vous déjà pris un traitement pour vous soulager ? Lequel et à quelle dose ? » affinent le choix du produit et le conseil.

2 J’évalue

Les maux de tête sont le plus souvent bénins, déclenchés par la fatigue, le surmenage, des excès alimentaires, ou surviennent dans un condiv d’infection otorhinolaryngologique (ORL).

Un avis médical est nécessaire s’ils sont associés à une fièvre élevée ou à d’autres signes d’alerte : céphalées inhabituelles ou intenses ou ne cédant pas à un traitement bien conduit, survenue brutale après 50 ans, raideur de la nuque, signes neurologiques ou suspicion de crise migraineuse non diagnostiquée, avec nausées ou vomissements ou gêne au bruit ou à la lumière notamment.

Chez les patients se sachant migraineux, la prise en charge diffère des maux de tête « classiques ». Il est important de vérifier que l’antalgique est approprié et pris aux bonnes doses.

L’abus d’antalgiques – consommés plus de deux jours chaque semaine – peut entretenir les céphalées et conduire à la chronicisation. Dans ce cas, un avis médical est recommandé.

3 Je passe en revue

Antalgiques par voie orale

• Paracétamol. Antalgique antipyrétique d’action centrale et périphérique avec la meilleure balance bénéfice/risque. Utilisation : recommandé en première intention dans les maux de tête courants d’intensité légère à modérée, « à condition d’un gramme par prise chez l’adulte », précise le Dr Anne Donnet, neurologue au Centre d’évaluation et de traitement de la douleur à l’hôpital de la Timone à Marseille (13). Effets indésirables : atteintes hépatiques surtout liées à un surdosage, une pathologie hépatique, un alcoolisme chronique ou une déshydratation. Contre-indication : insuffisance hépatique sévère. Exemples : Doliprane Caps ou Orodoz, Efferalgan granulés en sachets ou comprimés orodispersibles, DafalganTabs…

• Ibuprofène. Anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) aux propriétés antalgiques, antipyrétiques et anti-inflammatoires par diminution de la synthèse de prostaglandines inflammatoires. Il a des propriétés antiagrégantes plaquettaires de courte durée. Son absorption gastro-intestinale est presque deux fois plus rapide lorsqu’il est associé à l’arginine (Spedifen…) ou sous forme d’un sel de lysine (NurofenFlash…), d’où une action plus précoce. Utilisation : en seconde intention après le paracétamol dans les maux de tête courants, et en première intention dans la migraine. « 400 mg par prise sont nécessaires pour soulager les céphalées », précise le Dr Donnet. Effets indésirables : troubles digestifs, dont certains graves (ulcérations, hémorragies), réactions cutanées parfois sévères, rétention hydrosodée et atteintes rénales, augmentation du risque cardio-vasculaire au long cours. Contre-indications : antécédents d’ulcère gastro-intestinal, grossesse, insuffisance hépatique, rénale ou cardiaque sévère. Précautions : limiter sa prise à deux jours dans la migraine en automédication. À éviter en cas de condiv infectieux (fièvre, toux…). Interactions : autres AINS ou aspirine, anticoagulants oraux, méthotrexate > 20 mg par semaine. Prudence avec les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC), diurétiques, sartans : réduction de l’effet antihypertenseur, risque d’hyperkaliémie et d’insuffisance rénale aiguë, notamment si hydratation insuffisante. Exemples : Ibupradoll, Upfen, Nurofen-Flash, NurofenCaps, AdvilCaps…

• Kétoprofène. C’est un AINS alternatif à l’ibuprofène si ce dernier n’est pas assez efficace, dans la migraine notamment, mais uniquement au cours d’un prochain épisode de céphalée. Mêmes effets indésirables, contre-indications et précautions que l’ibuprofène. Exemple : Toprec 25 mg.

• Aspirine. AINS avec propriétés antiagrégantes plaquettaires. Utilisation : si un autre AINS ne soulage pas assez, l’aspirine à dose anti-inflammatoire, soit 1 g par prise chez l’adulte, peut être essayée lors d’un prochain épisode de céphalée. « L’aspirine fonctionne bien chez certaines personnes », remarque le Dr Donnet. Même effets indésirables que les AINS, avec davantage de troubles digestifs et de risques de saignement. Elle expose à un risque de syndrome de Reye chez l’enfant, surtout dans un condiv d’infection virale. Cette forme rare d’encéphalopathie aiguë et d’infiltration graisseuse du foie peut faire suite à certaines infections virales aiguës, en particulier après la prise de salicylés. Exemples : Aspirine Upsa 1 000 mg, Aspro 500 mg effervescent, Aspirine du Rhone 500 mg…

• Associations antalgiques et caféine. Avec une légère action analgésique et vasoconstrictrice, intéressante dans la migraine, la caféine potentialise l’action de certains antalgiques. Utilisation : ponctuelle et associations non recommandées dans la migraine car elles peuvent favoriser des abus médicamenteux et la chronicisation des troubles. Exemples : paracétamol + caféine (Prontadol, Cefaline Hauth…), ibuprofène + caféine (Ipraféine…), aspirine + caféine (Aspro Caféine…).

• Plantes à action anti-inflammatoire.

→ Saule blanc, reine-des-prés. Renfermant des dérivés salicylés, ces plantes sont traditionnellement utilisées pour soulager les maux de tête. Contre-indications : hypersensibilité à l’aspirine. Le saule est aussi contre-indiqué en cas d’ulcère gastrique en évolution et d’asthme. Pas d’association aux AINS ou à l’aspirine, ni au cours de la grossesse. À éviter sous anticoagulant. Exemples. Seuls : Arkogélules, Elusanes… Associée à la grande camomille + autres composants antioxydants ou anti-inflammatoires (gingembre, curcuma…) : Céfacalm, Complexe Grande camomille Vit’All+, PhytoMig…

→ Grande camomille. Riche en parthénolide, molécule qui bloque la libération de médiateurs inflammatoires, dont le CGRP impliqué dans la crise migraineuse, elle est traditionnellement utilisée en prophylaxie de la migraine. L’Agence européenne du médicament (EMA) la recommande à une dose de 100 mg par jour par voie orale sous forme de poudre. Des données suggèrent une association bénéfique sur la fréquence et l’intensité des douleurs en association au saule. Exemples. Seule : Arkogélules, Elusanes, Extrait de grande camomille Ladrôme… Associée : à des antioxydants, tel le coenzyme Q10…, à des vitamines/ minéraux (Antemig…), au saule, voir ci-dessus.

• Dispositif médical MigSpray. Ce spray nasal est proposé en prévention des crises de migraine. Il renferme des extraits de plantes riches en molécules antioxydantes et anti-inflammatoires, dont le parthénolide dans la grande camomille, le saule, la vigne rouge, la menthe poivrée et le curcuma. Des études cliniques montrent une diminution de la fréquence des migraines après trois mois d’utilisation. Précautions : à partir de 12 ans. Non recommandé au cours de la grossesse et en cas d’allergie aux salicylés.

Action locale

• Application de froid/chaud. L’application de froid, vasoconstricteur, peut contribuer à soulager des migraines. Le froid brouille par ailleurs la transmission de l’influx nerveux douloureux et contribue à soulager des céphalées de diverses origines. Exemples. Poches de chaud/ froid : Actipoche, Argicalm, Aroma Perles Cou, Nexcare ColdHot Mask visage… Poches ou bandeaux de cryothérapie : Cryopad, CryoChrono, Cryomig…

• L’huile essentielle de menthe poivrée, en application cutanée, exerce un effet froid et antalgique grâce au menthol.

L’Agence européenne du médicament (EMA) reconnaît son usage traditionnel pour soulager les maux de tête. « Certains patients en sont satisfaits en complément des antalgiques » confirme le Dr Donnet. Précautions : à partir de 7, 10 ou 12 ans selon les formules. Les crayons au menthol sont réservés à l’adulte. Pas d’utilisation en cas de grossesse. Exemples. Seule, en particulier dans des macarons ou des crayons au menthol : Banquise Benedetti, Salva, Sanipharm… Avec d’autres huiles essentielles à effet froid (eucalyptol) ou calmante et anti-stress (lavande, camomille romaine…) : Migrastick Fort, Olioseptil Roll’on maux de tête, Puressentiel Roller maux de tête…

4 Je choisis

Selon le condiv

• Patient non migraineux : paracétamol en première intention, ibuprofène en cas d’échec, à dose adéquate +/- application de froid ou menthe poivrée.

• Patient migraineux : ibuprofène à dose adéquate en première intention. Si échec, aspirine ou kétoprofène lors d’une prochaine crise, en parallèle d’un avis médical +/- application de froid ou menthe poivrée.

Selon la fréquence

• Très occasionnelles et non migraineuses : antalgique + caféine si échec d’un antalgique seul.

• Fréquentes, migraineuses ou pas : antalgiques au cours de la crise + en prévention grande camomille et/ou MigSpray.

5 J’explique

Les céphalées, migraineuses ou non, peuvent durer de quelques heures à quelques jours. En cas de migraine, agir fort d’emblée désamorce la crise. « Prendre du paracétamol retarde le recours à un anti-inflammatoire, qui mettra plus de temps pour être efficace », explique le Dr Donnet. Ne pas utiliser AINS puis aspirine au cours d’une même crise. Consulter si la douleur ne cède pas après 48 heures.

6 Je conseille

Administration

• AINS, aspirine : au repas ou avec une collation afin de limiter les troubles digestifs.

• Menthe poivrée : sur les tempes, le front et/ou la nuque, pas sur une peau lésée ou près des yeux.

• Grande camomille : à tester un à deux mois. Attention, certaines formules renferment du saule, qui est contre-indiqué en cas d’allergie aux salicylés et à éviter en association aux anticoagulants.

Sensibiliser le patient au risque d’interaction ou de surdosage en cas d’association de plusieurs antalgiques.

Hygiène de vie

• Repérer les facteurs déclencheurs de céphalées : stress, fatigue, voire alimentation. Limiter les excès d’alcool, de sucre rapide, la déshydratation…

• Des techniques de lâcher prise, avec sophrologie, méditation de pleine conscience, hypnose…, aident à gérer des situations de stress.

• Un rythme régulier pour les patients migraineux : éviter de sauter un repas, se coucher et se lever à des heures régulières, sans trop se décaler le week-end ou durant les vacances.

• La pratique régulière d’un sport d’endurance, tels natation, marche, course à pied…, limite les crises de migraine.

Le condiv

Maux de tête et migraine sont des céphalées primaires, c’est-à-dire pour lesquelles il n’est pas retrouvé d’affection causale telle que hémorragie, méningite, accident vasculaire cérébral…

→ Maux de tête ou céphalées de tension sont les plus courants. La douleur est le plus souvent bilatérale, d’intensité faible à modérée, mais elle peut durer plusieurs jours. Elle n’est ni aggravée par l’activité quotidienne, ni associée à des troubles digestifs. Une gêne à la lumière et au bruit est possible.

→ Migraine. Les crises durent quelques heures à quelques jours. La douleur est le plus souvent unilatérale, pulsatile, d’intensité moyenne à sévère et majorée par les efforts (montée d’escalier), associée à des nausées ou vomissements, ou à une photophobie (gêne à la lumière) ou à une phonophobie (gêne au bruit) franche. Certaines personnes souffrent de symptômes visuels, sensitifs… précédant la céphalée.

Une personne migraineuse peut avoir des céphalées de tension entre deux crises de migraine. Si les céphalées sont présentes plus de quinze jours par mois durant au moins trois mois, la céphalée ou la migraine est dite chronique.

Différencier mal de tête et migraine à la pharmacie

Validé scientifiquement*, le test ID Migraine est un questionnaire court qui peut orienter vers le diagnostic de migraine.

→ Au cours de l’année écoulée, les maux de tête vous ont-ils obligé à limiter vos activités pendant une journée ou plus ?

→ Sont-ils associés à des nausées et/ou des vomissements ?

→ S’accompagnent-ils d’une gêne à la lumière ?

Deux réponses positives au moins : probabilité de migraine estimée à 90 %.

Un avis médical est nécessaire pour poser le diagnostic.

(*) Lipton RB, Dodick D, Sadovsky R, al. e., A self-administered screener for migraine in primary care : the ID Migraine validation study, Neurology, 2003, 61:375-382.

Avec la collaboration du Dr Anne Donnet, neurologue au Centre d’évaluation et de traitement de la douleur à l’hôpital de la Timone, à Marseille (13).

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