“Je voudrais un lait pour mon bébé” - Porphyre n° 573 du 24/03/2021 - Revues
 
Porphyre n° 573 du 24/03/2021
 

Exercer

Au comptoir

Auteur(s) : Anne-Gaëlle Harlaut

1 Je questionne

Préciser la demande

« Quel âge a votre bébé ? », « Comment a-t-il été nourri jusqu’ici ? », « Mange-t-il d’autres aliments ? Fait-il un repas au moins entier sans lait ? » déterminent le condiv de la demande.

Orienter le choix

« Votre médecin vous a-t-il conseillé un lait spécifique ? » et « Avez-vous des exigences particulières ? » délimitent le choix du produit.

Rechercher certains critères

« Votre bébé présente-t-il des signes particuliers comme des régurgitations, une tendance à la constipation, des difficultés à être rassasié ? Un risque d’allergie ? » oriente vers une formule spéciale ou un avis médical. « Êtes-vous familiarisé avec la reconstitution des biberons ? » est une question importante, notamment pour les parents « débutants ».

2 J’évalue

Les préparations infantiles « standard » pour un enfant bien portant sont du ressort du conseil officinal. Les préparations « modifiées » par ajout ou retrait d’ingrédients sont présentées comme spécifiques d’un trouble fonctionnel bénin.

Elles peuvent relever du conseil, mais un avis médical préalable est recommandé pour écarter toute pathologie.

Les préparations dites « thérapeutiques », dont la composition est modifiée pour répondre à un trouble avéré, requièrent un avis médical. La plupart sont classés comme denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales (DADFMS), uniquement disponibles en officine.

3 Je passe en revue

Formules

• Les préparations pour nourrissons « 1er âge » répondent aux besoins nutritionnels du bébé, en remplacement ou en complément de l’allaitement maternel, de la naissance à l’introduction d’une alimentation complémentaire.

• Les préparations de suite, dites « 2e âge », sont recommandées comme aliment principal liquide lorsque l’alimentation complémentaire se diversifie, avec au moins un repas sans lait, soit en général entre 4 et 6 mois.

• Les aliments lactés destinés aux enfants en bas âge, dits « laits de croissance ou 3e âge », sont recommandés par la Société française de pédiatrie (SFP) et le Programme national nutrition santé (PNNS) à partir de 12 mois et jusqu’à 3 ans.

Composition

• Conformément à la réglementation (voir encadré p. 62), ces préparations contiennent en quantité encadrée des matières grasses, dont une teneur minimale en acides gras polyinsaturés, tels acide linoléique, alpha-linolénique, DHA …, des glucides, surtout lactose et maltose, des protéines, telles caséine, protéines de lactosérum…, des vitamines A1, B9, B12, K, C… et des oligo-éléments Na, K, Mg, Fe, I…

• La réglementation autorise l’ajout d’ingrédients qui optimisent ou orientent les indications des laits infantiles : des nucléotides (uridine, adénosine, guanidine…) qui interviennent dans l’immunité, la croissance ou la digestion ; de l’amidon et de la farine de graines de caroube comme épaississants ; des prébiotiques qui favorisent le développement de la flore intestinale avec différents effets avancés tels que tolérance digestive, diminution du risque d’allergie, consistance des selles, défenses immunitaires… comme les fibres fructo-oligosaccharides (FOS) et galacto-oligosaccharides (GOS) ou des HMO ou Human Milk Oligosaccharides, dont le 2’-fucosyllactose ou 2’FL, forme la plus abondante dans le lait maternel ; des probiotiques et des ferments lactiques visant à diminuer le risque d’infections ou les coliques, avec Bifidobacterium, Lactobacillus

• Les différences entre les formules sont minimes. Les laits « 2e âge » contiennent en général moins de lipides mais plus de protéines, fer, calcium et vitamines que les « 1er âge » pour couvrir les besoins au moment où l’enfant boit moins de lait, du fait de la diversification alimentaire. Les laits de croissance, proches des « 2e âge », sont néanmoins enrichis en fer pour combler des besoins plus importants à cet âge.

• Les préparations infantiles bio répondent de plus aux exigences du mode de production « bio » des matières premières (lait, riz…). Certaines ajoutent une exigence sur la provenance du lait : 100 % français, circuits courts. Bio on non, la teneur en pesticides et nitrates est réglementée à des doses maximales très faibles et les conservateurs, colorants et arômes artificiels sont interdits.

• La mention « sans huile de palme » est un argument environnemental et non nutritionnel : l’acide palmitique de l’huile de palme est une acide gras important largement présent dans le lait maternel. Il peut néanmoins être apporté par d’autres ingrédients, comme la crème de lait.

Laits standard

• Ces préparations infantiles répondent à une composition de base, éventuellement additionnée d’ingrédients qui favoriseraient la digestion et/ou les défenses immunitaires. Exemples : Guigoz Optipro 1, 2, Croissance et Junior (dès 18 mois), Guigoz Ultima (avec HMO) 1, 2 et Croissance, Gallia Calisma 1, 2 et croissance, Nestlé Nidal 1, 2 et 3, Modilac Doucéa 1, 2 et Croissance, Croissance vanille et Croissance nuit, Modilac Précision 1 et 2, Novalac 1, 2 et Croissance, Nutribén Innova 1, 2 et 3, Physiolac 1, 2 et 3, Picot 1, 2 et 3, Célia 1, 2 et 3… Issus du lait de chèvre : Capricare 1, 2 et 3, Babybio Caprea 1, 2 et 3… Exemples de laits bio : Biostime SN-2 Plus Bio, Célia Bio, Guigoz Bio 1, 2 et Croissance, Gallia Calisma Bio 1, 2 et croissance, Hipp biologique Combiotic, Picot Bio, Modilac Bio, Physiolac Bio…

• Certaines préparations sont présentées comme convenant davantage en relais de l’allaitement car enrichies en pro- ou prébiotiques ou en acides gras polyinsaturés, sans supériorité prouvée par rapport à un lait standard. Exemples : Gallia Calisma Relais 1 ou 2, Guigoz Evolia a2…

Laits standard « modifiés »

• En cas de tendance à la constipation. Certaines préparations augmentent le pourcentage de lactose qui, après fermentation dans le côlon, contribuerait à ramollir les selles, mais peut favoriser à l’inverse les coliques et ballonnements. L’ajout de fibres, de ferments lactiques type Lactobacillus ou une proportion accrue de protéines solubles autres que la caséine, faciliterait aussi le transit. Exemples : Novalac Expert Transit +, Modilac Expert Transit +, Guigoz Pelargon…

• En cas de régurgitations physiologiques sans retentissement sur la croissance ou le comportement. Les formules épaissies contiennent de l’amidon, qui ralentit la vidange gastrique, ou de la caroube, qui épaissit le lait au contact de l’acide gastrique. Exemples : Hipp biologique Combiotic Formule épaissie, Galliagest Premium, Célia AR, Modilac Actigest, GuigozGest, Nestlé NidalGest, Picot Picogest, Physiolac Bio Formule épaissie, Célia Celiagest…

• Pour les gros mangeurs. Des préparations sont enrichies en caséine et/ou en amidon pour une sensation de satiété accrue sans apport calorique marqué. Exemples : Picot Expert Bébé gourmand, Lémiel Bébés gourmets et gourmands, Novalac S…

• En cas de coliques et/ou ballonnements. Les laits « anti-coliques » (AC) sont à teneur réduite en lactose et/ou enrichis en composants qui facilitent la digestion : probiotiques, ferments lactiques… Exemples : Gallia bébé Expert AC Transit, Novalac Expert AC, Picot Expert AC…

Laits « thérapeutiques »

• Anti-régurgitations (AR). Épaissies par de l’amidon et/ou de la caroube, comme les formules épaissies mais en quantité supérieure, ces préparations sont particulièrement indiquées en cas de reflux gastro-œsophagien (RGO). Exemples : Gallia bébé Expert AR, Guigoz Expert AR, Novalac Expert AR, Picot Expert AR, Biostime SN-2 Plus Bio AR, Physiolac Bio AR, Célia AR, Modilac Expert AR…

• Pour prématurés. Ces formules sont adaptées aux besoins des petits poids de naissance et à l’immaturité digestive, avec notamment une densité énergétique élevée, un taux en protéines et en acides gras supérieur, moins de lactose pour améliorer la tolérance. Exemples : Pré-Guigoz, Pré-Gallia, Modilac Préma…

• Hypo-allergéniques (HA). Ces formules sont conçues à partir de protéines de lait de vache partiellement hydrolysées afin de prévenir le risque d’allergie en cas de terrain familial. Exemples : Gallia Pro-Synéo (avec fibres FOS et GOS et ferments lactiques), Nutribén H.A.…

• Allergie aux protéines de lait de vache (APLV). On utilise des préparations à base d’hydrolysat poussé de protéines de lait de vache (Nutribén APLV, Novalac Allernova, Pregestimil DHA, Nestlé Alfaré, Nutricia Pepticate Synéo+…) ou de riz (Modilac Expert Riz, Novalac Expert Riz…), voire des préparations à base d’acides aminés (Nutricia Neocate).

• Sans lactose. Les préparations sans lactose sont prescrites de façon temporaire en cas de diarrhées aiguës. Exemples : Novalac Diarinova, Physiolac Épisodes diarrhéiques, Gallia Diargal…

4 Je choisis

• Selon l’âge et l’alimentation. Seules les préparations 1er âge conviennent pour une alimentation lactée exclusivement. Le passage au 2e âge se fait lorsque la diversification alimentaire permet un repas au moins entier à la cuillère sans lait. Le passage au 3e âge se fait à partir de 12 mois.

• Selon les attentes des parents. En dehors des boissons végétales non adaptées (voir Condiv), les attentes en matière de production biologique, d’absence d’huile de palme, de lait de chèvre ou de vache, de marque… sont recevables puisque les préparations infantiles respectent toutes la réglementation en matière de qualité nutritionnelle.

• Selon le goût. Le goût peut varier d’un produit à l’autre, en particulier pour les préparations à base de lait de chèvre, ou aromatisées à la vanille (3e âge).

• Selon le transit habituel. Il peut orienter le choix d’une formule adaptée spécial transit ou anti-coliques. Dans le cas de régurgitations, il guide le choix de l’épaississant : l’amidon a un effet constipant et la caroube est plutôt responsable de ballonnements et de selles molles.

5 J’explique

• Toutes les préparations infantiles sont formulées pour couvrir les besoins de l’enfant et suivent la même réglementation, indépendamment des marques. Il n’y a pas de raison de choisir une autre formule que « standard » chez un enfant sans signes particuliers, ni de changer de marque si elle lui convient.

• Il est inutile de se précipiter pour passer du 1er âge au 2e puis au 3e âge, on peut prendre le temps de terminer ses stocks sans conséquences pour la croissance de l’enfant.

• À l’introduction d’un nouveau lait, le poursuivre au moins une semaine pour permettre à l’organisme de l’enfant de s’y habituer avant d’envisager un changement de formule s’il y a une mauvaise tolérance. Ne pas multiplier les changements sans avis médical en cas de troubles persistants.

• Ne pas ajouter de sucre ou de miel dans le lait infantile car il contient la dose adéquate de glucides. Le sucre favorise l’appétence pour les aliments sucrés et l’apparition de caries même au plus jeune âge.

• Le lait de vache n’est pas optimal pour les enfants jusqu’à l’âge de 3 ans, mais il n’y a aucun problème à en boire de temps en temps si son lait de croissance est épuisé ou non disponible.

6 Je conseille

Quantités de lait selon l’âge

Les doses journalières varient selon l’âge et l’appétit du bébé et doivent suivre les recommandations du pédiatre. En moyenne pour un bébé de poids normal : six biberons par jour de 90 ml entre 0 et 1 mois, six de 120 ml entre 1 et 2 mois, cinq de 150 ml entre 2 et 3 mois, cinq de 180 ml entre 3 et 4 mois, quatre de 210 ml entre 4 et 5 mois, quatre de 240 ml entre 5 et 6 mois, deux à trois de 240 ml jusqu’à 3 ans.

Préparer un biberon

• Se laver les mains au préalable à l’eau et au savon ou, à l’extérieur, avec un gel hydroalcoolique.

• Vérifier que les biberons, tétines et ustensiles sont propres, ils ne doivent pas être nécessairement stérilisés.

• Utiliser les mesurettes de la boîte pour doser la quantité de poudre : la plonger dans la poudre, puis passer une lame de couteau ou le rebord de la boîte pour araser la poudre, sans l’avoir tassée. La verser dans le biberon préalablement rempli d’eau selon la quantité de lait recommandée. Renouveler jusqu’à dose préconisée : 1 mesurette pour 30 ml d’eau. L’eau du robinet est le plus souvent utilisable (à vérifier auprès de la mairie), sinon recourir à une eau minérale convenant aux nourrissons ; à vérifier sur l’étiquette.

• Bien agiter pour mélanger la poudre et l’eau.

• Donner le biberon à température ambiante ou légèrement chauffé, 37 °C environ, sous le robinet d’eau chaude ou au chauffe-biberon pour garder intactes les vitamines et probiotiques.

• Conserver un biberon reconstitué une heure maximum, ou trente minutes s’il a été chauffé. Jeter le reste de lait non bu.

• Nettoyer les ustensiles sans attendre au produit vaisselle avec un écouvillon ou au lave-vaisselle après rinçage pour éviter la prolifération de micro-organismes.

Conservation

Une boîte de lait ouverte se conserve bien refermée entre chaque utilisation durant un mois dans un endroit frais et sec.

Le condiv

→ Le lait maternel est l’aliment idéal pour le bébé. Adaptable aux besoins, il favorise le développement sensoriel et cognitif et protège de maladies chroniques et infectieuses. L’OMS recommande l’allaitement au sein exclusif les six premiers mois de vie, poursuivi jusqu’à 2 ans au moins, en parallèle de la diversification.

→ Seules les préparations infantiles conformes à la réglementation sont recommandées en remplacement ou en complément de l’allaitement maternel. Elles sont formulées à base de lait de vache ou de chèvre, voire de protéines de riz ou de soja, transformé en tenant compte des capacités digestives du bébé et en se rapprochant tant que faire se peut des qualités nutritionnelles du lait maternel.

→ Le lait de vache, de chèvre, jument, brebis… ne répond pas aux besoins nutritionnels de l’enfant comme le fait une préparation infantile. Il contient notamment deux fois plus de protéines et de sodium et pas assez de fer, d’acides gras essentiels de type oméga 3 et 6 ou de vitamine D.(1)

→ Les boissons végétales, dites « laits végétaux », à base de soja, riz, quinoa…, ne peuvent pas se substituer aux préparations infantiles, sous peine de carences nutritionnelles parfois sévères. Des convulsions liées à une hypocalcémie ou à une détresse respiratoire liées à une alcalose ont été décrites.

(1) The Role of Young Child Formula in Ensuring a Balanced Diet in Young Children (1-3 Years Old), J.-P. Chouraqui et al., Nutrients, septembre 2019, 13;11 (9).

Réglementation

• La composition des préparations de 1er et 2e âge est réglementée par une directive européenne* qui interdit ou impose des ingrédients et des quantités. Les laits de croissance ne sont pas réglementés au niveau européen mais la législation française impose des critères très proches de ceux des laits 2e âge.

• Depuis février 2020**, la limite supérieure en protéines est réduite de 3 à 2,5 g/100 kcal et l’ajout de DHA (acide docosahexaénoïque, acide gras polyinsaturé composant structurel du cerveau et de la rétine) est obligatoire, avec une teneur entre 20 et 50 mg/100 kcal.

(*) Directive 2013/46/UE de la Commission européenne du 28 août 2013 modifiant la directive 2006/141/CE du 22/12/06 en ce qui concerne les exigences en matière de protéines pour les préparations pour nourrissons et les préparations de suite.

(**) Règlement délégué (UE) 2016/127 de la Commission du 25 septembre 2015 complétant le règlement (UE) n° 609/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les exigences spécifiques en matière de composition et d’information applicables aux préparations pour nourrissons et aux préparations de suite.

Vous sentez-vous régulièrement en insécurité dans vos officines ?


Décryptage

NOS FORMATIONS

1Healthformation propose un catalogue de formations en e-learning sur une quinzaine de thématiques liées à la pratique officinale. Certains modules permettent de valider l'obligation de DPC.

Les médicaments à délivrance particulière

Pour délivrer en toute sécurité

Le Pack

Moniteur Expert

Vous avez des questions ?
Des experts vous répondent !