Soyez proactif pour évoluer - Porphyre n° 552 du 23/04/2019 - Revues
 
Porphyre n° 552 du 23/04/2019
 

Comprendre

Enquête

Auteur(s) : Magali Clausener

L’officine n’offre pas réellement une « carrière » aux préparateurs. Pour autant, il est possible d’élargir ses missions ou de prendre des responsabilités. À condition de montrer sa motivation, de mettre en avant ses compétences et, surtout, d’exprimer ses souhaits auprès de son titulaire.

Vous pensez que vous allez délivrer des boîtes et déballer des commandes pendant 30 ans ? Vous êtes persuadé que faire carrière à l’officine est un non-sens ? C’est possible car, « de façon globale, il y a une réelle problématique d’évolution de carrière au sein des officines », observe Philippe Lebas, créateur de la société Evok, spécialisée dans le conseil en management des professionnels de la santé.

Oui, mais ce n’est pas certain.

Si vous avez envie de varier vos tâches, de prendre des responsabilités, plusieurs possibilités s’offrent à vous. Elles sont bien réelles. La vie en officine ne tourne pas seulement autour de la délivrance des médicaments. Les achats et les commandes, la réception des produits, la gestion des marques et des rayons sont aussi essentiels à la bonne marche de la pharmacie. D’autres tâches sont importantes comme le merchandising et les vitrines. Sans oublier le travail administratif comme la gestion du tiers payant ou du planning. Enfin, il y a l’aspect « conseil » et les spécialisations : aromathérapie, phytothérapie, homéopathie, compléments alimentaires, dermo-cosmétique, orthopédie, matériel pour le maintien à domicile, les produits vétérinaires, etc. « Il est important d’essayer d’imaginer des développements de responsabilités pour maintenir la dynamique et la motivation de l’équipe officinale », poursuit Philippe Lebas. Le développement professionnel des salariés ne relève pas uniquement du titulaire. À vous de prendre en main votre évolution dans la pharmacie.

Je m’auto-analyse

Le tout est de définir ce que l’on a réellement envie de faire. Une autoanalyse de ses compétences, voire un bilan de compétences, peut permettre de faire le point, et de formaliser son projet professionnel. Vous êtes très intéressé par les médecines naturelles ou le « véto » ? Quelles sont vos connaissances et compétences dans ce domaine ? Avez-vous besoin de formations par ticulières ? Que pouvez-vous apporter à l’officine dans cette spécialisation ? Autant de questions auxquelles vous devez apporter des réponses concrètes.

Vous devez également plancher sur les arguments à faire valoir auprès de votre titulaire pour appuyer votre demande. « Le préparateur doit montrer sa motivation et apporter des preuves de ses capacités », souligne Laure-Emmanuelle Foreau, dirigeante et consultante au sein de la société Praxipharm. Comment vous impliquez-vous dans l’officine ? Qu’avezvous déjà réalisé qui a porté ses fruits, par exemple, vous vous occupez d’une marque et les ventes ont augmenté, vous avez mis en place une animation qui a attiré de la clientèle…? Mettre en avant ses appétences, ses aptitudes et ses qualités est primordial. « Il faut faire valoir ces éléments en s’appuyant sur des exemples concrets », ajoute la consultante. Si vous souhaitez prendre en charge la gestion du tiers payant, vous pouvez valoriser votre sens de la rigueur et le fait que le nombre d’erreurs a diminué lorsque vous avez effectué ce travail. Enfin, penchez-vous sur la stratégie de l’officine. Si le titulaire n’envisage aucun développement de l’aromathérapie, est-ce pertinent de s’orienter vers cette thématique ?

J’exprime mes souhaits

Une fois que vous avez réfléchi à votre projet d’évolution, encore faut-il le présenter au titulaire et le convaincre. « Le préparateur ne doit pas hésiter à solliciter un entretien avec le titulaire », remarque Laure-Emmanuelle Foreau. En général, les pharmaciens sont plutôt ouverts aux suggestions, surtout si elles peuvent participer à la stratégie et au développement de l’officine. Néanmoins, vous devez préparer votre argumentaire. Laure-Emmanuelle Foreau conseille de « toujours partir des constats » et d’appliquer la méthode « FETE » : F comme décrire des faits, E comme empathie, c’est-à-dire comprendre les contraintes du titulaire, T comme transaction et E comme engagement sur lequel vous vous mettez d’accord avec le titulaire.

Le meilleur moyen d’exprimer ses souhaits d’évolution reste cependant l’entretien professionnel, qui doit avoir lieu tous les deux ans (voir encadré). C’est dans ce cadre plus formalisé que vous pourrez faire part de votre projet et de vos besoins de formation.

À la seule nuance que bien peu de titulaires l’ont mis en œuvre dans leur officine. Vous pouvez néanmoins inciter votre patron à le proposer aux salariés, d’autant qu’il est, selon le Code du travail, obligatoire. En règle générale, s’il est bien préparé en amont par le titulaire et par le salarié, il dure en moyenne 45 minutes. L’entretien annuel d’évaluation, qui n’est pas obligatoire, peut également être un moment de discussion pour présenter vos envies. Mais cet entretien est plutôt réservé au bilan du travail du salarié, à la réalisation de ses objectifs et à la fixation de nouveaux objectifs.

Dans tous les cas de figure, l’entretien avec le titulaire doit être suivi d’effets, sinon, l’équipe risque d’être démotivée. « En cinq ans, j’ai eu trois entretiens annuels qui n’ont pas servi à grand-chose, raconte ainsi, dépitée, Florence, préparatrice depuis 1986. J’ai proposé une animation pour une marque, mais rien n’a été fait. Les titulaires ne laissent pas de place aux préparateurs pour faire, par exemple, de la gestion. » Si vous rencontrez cette situation, n’oubliez pas, comme le souligne Caroline Lé (voir témoignage ci-contre), que les préparateurs ne sont pas « mariés » aux titulaires…

La difficulté de se former

Les préparateurs peuvent aussi rencontrer une autre difficulté, qui est de se former. Très peu de formations débouchent sur une qualification comme le CPQ de dermo-cosmétique. Le fait de s’absenter de l’officine représente souvent un obstacle. C’est particulièrement vrai dans les pharmacies qui ont peu de collaborateurs. Les absences d’un préparateur génèrent alors des problèmes d’organisation de l’équipe officinale et le titulaire a du mal à y faire face ! Sandra, préparatrice depuis 2009, en fait l’expérience : « J’ai travaillé dans une grande officine au sein d’une équipe d’une trentaine de personnes. La pharmacie avait aussi une politique dynamique. Nous pouvions suivre les formations demandées sans problème. J’ai changé pour exercer dans une pharmacie plus proche de chez moi, mais aussi plus petite. Je suis la seule préparatrice. Seuls les titulaires et le pharmacien adjoint suivent des formations. » Sandra ne baisse pourtant pas les bras et envisage une formation via le Fongecif. « Le titulaire a déjà refusé une fois, mais il est obligé de l’accepter après deux refus… », explique-t-elle. La patience est donc parfois de mise. Ne vous découragez pas ! Les témoignages de Jérôme, Aurélie, Valérie et Caroline prouvent que de réelles opportunités d’évolution professionnelle existent si on sait s’en emparer !

L’entretien professionnel obligatoire

L’entretien professionnel est obligatoire depuis le 7 mars 2014 (art. L-6315-1 du Code du travail).

Son objectif est double : accompagner le salarié dans ses perspectives d’évolution professionnelle (qualifications, changement de poste, promotion…) et identifier ses besoins de formation. La Convention collective nationale de la pharmacie d’officine (article 5) précise que sa finalité est :

→ d’analyser la situation du salarié, en fonction des besoins de l’entreprise officinale qui l’emploie ;

→ de mettre en évidence ses besoins de formation ;

→ de permettre à chaque salarié d’élaborer son projet professionnel à partir de ses souhaits d’évolution dans l’entreprise, de ses aptitudes et en fonction de la situation de l’entreprise, de son organisation, de son environnement - notamment réglementaire et économique - et de ses capacités pour évoluer.

Il diffère de l’entretien annuel qui porte sur l’évaluation du travail du salarié et ses objectifs.

L’entretien professionnel doit avoir lieu tous les deux ans à partir de l’entrée du salarié dans l’entreprise. Ainsi, seuls les employés ayant deux ans d’ancienneté et plus en bénéficient. La convention collective souligne qu’il « a lieu à l’initiative du chef d’entreprise à une date fixée d’un commun accord » avec le salarié.

Il doit être proposé systématiquement par l’employeur au salarié qui reprend son activité après une interruption de travail : congé de maternité, parental, sabbatique, mandat syndical, arrêt maladie de plus de 6 mois…

L’entretien professionnel se déroule sur le temps de travail dans les locaux de l’entreprise.

Tous les 6 ans, il doit donner lieu à un état des lieux récapitulatif du parcours professionnel du salarié afin de vérifier qu’il a bien bénéficié de ces entretiens prévus au cours des 6 dernières années, suivi au moins une action de formation, acquis un des éléments de certification professionnelle (diplôme, titre professionnel, etc.) par la formation ou une validation des acquis de l’expérience (VAE), mais aussi eu une progression salariale ou professionnelle. L’entretien et l’état des lieux récapitulatif du parcours professionnel du salarié donnent lieu à la rédaction d’un document dont une copie lui est remise.

L’employeur peut fournir un document ou une grille permettant au salarié de préparer l’entretien. Actalians propose aux salariés un guide et une grille de préparation sur www.actalians.fr/salarie/definir-votre-projet/lentretien-professionnel/

Témoignages

« Il faut dire au titulaire ce qu’on a envie de faire »

Jérôme Boitard, diplômé 2007, pharmacie de la Gare à Clamart

« Avec mon BTS de qualité alimentaire, sans travail, j’ai pris le premier que j’ai trouvé. Il s’agissait de balayer une pharmacie. Après deux à trois mois, les titulaires m’ont confié les commandes auprès des grossistes et le rangement. Puis, j’ai changé d’officine. Rayonniste, je livrais aussi en maison de retraite. En contact avec les patients, j’ai eu le déclic. J’ai repris les études à 24 ans et fait mon BP dans la première officine où je suis resté 3 ou 4 ans. Depuis 8 ans, je travaille à la pharmacie de la Gare à Clamart, une officine de quartier. D’abord au comptoir et responsable de la gestion des laboratoires, je me suis ensuite orienté vers le conseil en dermo-cosmétique. J’ai demandé à m’occuper d’une gamme. La titulaire me faisait confiance. Elle m’a associé aux rencontres avec les labos. J’ai fini par devenir responsable de toute la parapharmacie de A à Z. Je reçois les représentants, passe les commandes, définis les prix, forme mes collègues. Je n’envisage pas le CQP dermo-cosmétique car je ne vois pas ce que cela peut m’apporter, mais je me tiens au courant. Le CA du rayon parapharmacie n’a cessé de progresser. Je suis aussi au comptoir et j’ai suivi des formations sur différentes pathologies. Mon salaire a augmenté et le coefficient a suivi. Je me sens vraiment à l’aise dans mon job. J’aimerais me diversifier et suivre une formation en orthopédie, mais c’est plus compliqué car il faut sortir de l’officine. Il ne faut pas hésiter à dire aux titulaires ce que l’on a envie de faire. Il faut aussi montrer qu’on est motivé, impliqué, et obtenir des résultats. »

« Les préparateurs doivent se montrer ambitieux »

Valérie, diplômée 2008, a quitté l’officine

« Quand j’étais en officine, j’ai pu évoluer favorablement. J’ai eu la chance d’avoir des titulaires qui m’ont confié des responsabilités. Nous étions 9 dont 2 titulaires et 1 adjoint. J’étais responsable de deux gammes de parapharmacie et de la télétransmission. Je m’occupais des locations de MAD, de la page Facebook de la pharmacie et des réseaux sociaux. J’étais considérée comme bras droit. D’ailleurs, j’avais un statut d’assimilé cadre avec le salaire qui va avec. La problématique des officines est l’investissement dans les formations. C’est compliqué d’envoyer des salariés en formation à l’extérieur pour des questions d’organisation, mais les titulaires peuvent avoir la volonté de faire évoluer les préparateurs à condition de faire connaître ses souhaits. Beaucoup se plaignent, mais les préparateurs peuvent se former. Il faut aussi montrer qu’on s’investit personnellement. C’est très important. Les titulaires sont à l’écoute si on leur propose des idées intéressantes pour développer l’activité. Il ne faut pas hésiter à se positionner, à montrer son envie de faire quelque chose, sans idées préconçues. Les préparateurs doivent se montrer ambitieux. En étant ambitieux, la profession bouge. »

« On évolue parce que l’on bouge »

Caroline Lé, diplômée 1991, fait des remplacements depuis 2018

« J’ai travaillé dans plusieurs officines à Paris et en province, ainsi que cinq ans dans une parapharmacie d’un centre commercial où je manageais une équipe d’esthéticiennes. J’ai suivi de nombreuses formations proposées par les labos. Comme j’étais préparatrice, je m’occupais du rayon plantes et gélules car cela m’intéressait. De retour en officine, mon expérience en parapharmacie m’a orientée vers le conseil et les médecines naturelles. J’ai suivi des formations en aromathérapie et phytothérapie et un DU de diététique et nutrithérapie en 2006, à Besançon. Il ne faut pas avoir peur de s’exprimer et de dire aux pharmaciens ce que l’on a envie de faire. On n’est pas marié aux titulaires et le travail ne manque pas ! Il est important de se former et de se spécialiser selon ses centres d’intérêt. Il faut le dire et le négocier, sinon, il faut partir. On évolue parce que l’on bouge. Les titulaires comprennent l’intérêt d’avoir des préparateurs compétents. En revanche, si vous suivez une formation, notamment à l’extérieur, ils attendent un retour immédiat, que vous appliquiez ce que vous apprenez. Depuis octobre 2018, je fais des remplacements. C’est un choix. J’ai 51 ans et j’avais besoin de me sentir un peu plus libre. »

« La titulaire très ouverte m’a toujours soutenue »

Aurélie Gaufichon, diplômée 2006, pharmacie Vermande à Saint-Germain-de-Marencennes (Charente-Maritime)

« Je suis au comptoir car c’est important d’avoir un contact avec la patientèle, je gère aussi deux marques, mais je suis surtout chargée de la gestion du tiers payant à la demande de la titulaire car ce travail administratif prend du temps. Cela peut paraître rébarbatif. Il faut être rigoureux, pointer quotidiennement pour éviter les erreurs, mais cela me plaît beaucoup ! J’ai donc décidé de me « spécialiser ». J’ai envisagé de me mettre à mon compte pour gérer le tiers payant dans plusieurs pharmacies, mais c’est un peu compliqué pour l’instant. Une autre officine m’a proposé quelques heures pour gérer son tiers payant. Ma titulaire a accepté d’aménager mes horaires. Depuis avril, je travaille 10 heures par semaine dans l’autre pharmacie et 21 heures à la pharmacie Vermande, que je ne veux pas quitter car j’y suis bien. Je peux évoluer car ma titulaire est à l’écoute. Mes entretiens professionnels, à mon retour de congé parental et un autre en novembre 2018, m’ont permis de faire part de mes souhaits. C’est un moment de discussion où l’on peut évoquer ses envies d’évolution au sein de l’entreprise. La formation est aussi abordée. J’ai pu expliquer mon projet. La titulaire est très ouverte et m’a toujours soutenue. »

Pourrez-vous respecter la minute de silence en mémoire de votre consœur de Guyane le samedi 20 avril ?


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