Comment cibler et intensifier le dépistage du VIH ? - Porphyre n° 552 du 23/04/2019 - Revues
 
Porphyre n° 552 du 23/04/2019
 

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Décryptage

Auteur(s) : Christine Julien

Malgré l’augmentation de l’activité de dépistage du VIH, le nombre de découvertes de séropositivité reste stable. Ce qui laisse supposer que les personnes les plus exposées au VIH ne sont pas celles qui se testent le plus.

Combien de tests VIH ont été pratiqués ?

5,6 millions de sérologies VIH ont été réalisées en 2017 par les laboratoires de biologie médicale. Dans le cadre d’actions de « dépistage communautaire », 55 770 tests rapides d’orientation diagnostique (Trod) ont été effectués par des personnes « non-médecins » dans des associations. Les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) en ont réalisé 54 000. Les officines ont vendu 73 000 autotests VIH.

Combien de personnes ont découvert leur séropositivité en 2017 ?

6 424 personnes ont deìcouvert leur séropositivité en 2017 contre environ 6 400 en 2016(1). Les populations les plus touchées sont les hétérosexuels nés à l’étranger dont 80 % dans un pays d’Afrique subsaharienne, et les hommes ayant des relations avec des hommes (HSH), avec respectivement 42 % et 41 % des deìcouvertes de séropositivité VIH.

Quels sont les points préoccupants ?

Parmi les personnes diagnostiquées en 2017, une sur trois a découvert sa maladie VIH à un stade avancé et plus de la moitié d’entre elles (52 %) n’avaient jamais fait de test de dépistage auparavant. Dans les populations où un dépistage régulier est recommandé, 68 % des hétérosexuels nés à l’étranger et 33 % des HSH ne s’étaient jamais fait dépister. Aujourd’hui, 29 000 personnes ignoreraient leur séropositivité et seraient à l’origine de 43 % des transmissions du VIH.

Pourtant, les moments et les offres de dépistage ne manquent pas ?

Même si le nombre de sérologies en labo a bondi de + 12 % entre 2010 et 2017, une étude de 2013(2) montre que les opportunités manquées de dépister le VIH restent trop élevées. Dans les 3 ans précédant le diagnostic, 99 % des patients avaient eu un contact avec le système de soins et 89 % avaient consulté un généraliste au moins annuellement. Pourtant, 55 % des personnes ayant mentionné être HSH à un médecin n’ont pas reçu de propo sition de test VIH au 1er contact… Et moins de la moitié des personnes porteuses d’une IST (47 %) s’est vu proposer de faire un test…

Que faire alors ?

« C’est clair qu’on ne va pas arriver à trouver les personnes séropositives qui s’ignorent si on ne dépiste pas celles qu’il faut dépister », analyse le Dr Jade Ghosn, président de la Société française de lutte contre le sida (SFLS). Le dépistage doit être intensifié et diversifié. Il faut trouver d’autres moyens. » Tout en continuant la promotion du préservatif, la prophylaxie pré-exposition et le traitement post-exposition.

Quelles sont les pistes pour l’officine ?

Faciliter l’accès des autotests dans les officines, informer davantage via des vitrines, des affiches, etc. et « se former aux entretiens courts préconisés par la chaire de santé sexuelle », conseille Agnès Certain, de la SFLS. Il faut aussi permettre aux pharmaciens de réaliser des Trods VIH à l’instar des Trods Angine qui seront autorisés en 2020. L’Académie de pharmacie a demandé aux autorités de pouvoir faire des Trods VIH en officine « mais pas n’importe comment. Dans un espace de confidentialité et après une formation », précise Liliane Grangeot-Keros, une des membres. La SFLS développe aussi « les formations dans le cadre du groupe Médicaments-Pharmaciens (www.sfls.aei.fr) », ajoute Agnès Certain. C’est urgent et important de comprendre et d’assumer ces nouvelles missions. »

Qui cibler en officine ?

« Une personne qui vient acheter des préservatifs, une jeune fille qui vient renouveler son ordonnance de pilule, quelqu’un qui a une ordonnance d’antibiotique pour une IST, qui pose une question sur des brûlures mictionnelles, une « gratouille » », précise le Dr Ghosn.

Et si la prise de risque est récente ?

Si la question du délai pour interpréter les résultats du test est affaire de sensibilité (voir Repères), cette notion ne doit pas être un obstacle. « Il ne faut pas dire « C’est trop tôt, il ne faut pas le faire, revenez dans 3 semaines », parce que les gens ne reviennent pas. Au contraire, il faut le faire et inscrire les gens dans une démarche de répétition. Tout l’intérêt du dépistage est la répétition pour débusquer les populations à risque », pointe le Dr Ghosn.

(1) « Surveillance de l’infection à VIH », 2010-2017, Santé Publique France, 28 mars 2019.

(2) « Opportunités manquées du dépistage en France du VIH », ANRS, 2013.

NOS EXPERTS INTERROGÉS*

→ Dr Jade Ghosn, infectiologue, Hôtel-Dieu (Paris), président de la Société française de lutte contre le sida (SFLS)

→ Agnès Certain, pharmacien, hôpital Bichat-Claude Bernard (Paris), groupe Médicaments-Pharmaciens (MP) de la SFLS.

→ David Zucman, médecin, hôpital Foch (Suresnes), membre du groupe MP de la SFLS.

→ Liliane Grangeot-Keros, secrétaire perpétuelle adjointe de l’Académie nationale de pharmacie.

* Ces experts se sont exprimés lors d’une conférence à Pharmagora le 31 mars 2019, sauf Agnès Certain.

Repères

Les tests VIH

→ Test Elisa 4e génération en labo. Un test négatif indique que la personne n’est pas contaminée si elle n’a pas pris de risque dans les 6 semaines précédant la réalisation du test.

→ Trod et Autotests VIH (“Trods” faits à domicile) ne sont interprétés négatifs que si la prise de risque date de plus de 3 mois. Positifs, ils doivent être confirmés par un test classique.

Fréquence de dépistage

→ HSH : tous les 3 à 6 mois.

→ Usagers de drogues par voie intraveineuse : une fois par an.

→ Personnes originaires d’Afrique subsaharienne et Caraïbes : tous les 1 à 3 ans.

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