“Mon bébé a les fesses rouges” - Porphyre n° 550 du 20/02/2019 - Revues
 
Porphyre n° 550 du 20/02/2019
 

Exercer

Au comptoir

Auteur(s) : Anne-Gaëlle Harlaut

1 Je questionne

Préciser la demande

« Quel âge a-t-il ? », « Où se situent les rougeurs, sur les parties en contact avec sa couche ? », « Sont-elles étendues ? » permettent une première évaluation.

Rechercher certains critères

« Depuis quand ? », « Avez-vous remarqué des boutons, des plaies ? », « Est-ce rouge vif ? », « Pleure-t-il davantage, mange-t-il correctement ? » « A-t-il de la fièvre ? Une diarrhée ? », « Avez-vous essayé un produit ? » orientent la prise en charge.

Guider le conseil

« Utilisez-vous des couches jetables ou lavables ? », « Combien de fois les changezvous par jour ? », « Comment nettoyez-vous le siège ? et avec quoi ? » sondent les habitudes pour les corriger si besoin.

2 J’évalue

Reconnaître la dermite irritative

Très fréquente chez l’enfant qui porte des couches, la dermite irritative peut survenir brutalement, en quelques heures. Typiquement, elle respecte les plis et prédomine sur les zones convexes (bombées) en contact avec la couche : face intérieure des cuisses, fesses et pubis. Quand l’enfant est sur le dos, les jambes relevées, la rougeur forme un « W ». Le stade érythémateux se caractérise par une rougeur sans papules, vésicules ou autres lésions qui peuvent signer un stade avancé ou une surinfection.

Les diagnostics différentiels

Il y a d’autres dermites du siège, plus rares :

• mycosiques, rougeur voire enduit blanchâtre localisés aux plis, forme en « Y », qui s’étendent de façon centrifuge… ;

• anite à streptocoque, localisée autour de l’anus, typiquement avec diarrhée… ;

• infectieuses, à staphylocoques ou pseudomonas avec lésions purulentes et/ou nécrotiques, virales (herpès…), parasitaires (gale…), liées à une maladie infantile éruptive (varicelle)… ;

• inflammatoires : psoriasis, eczéma ou dermatite séborrhéique du siège…

Prise en charge

Seule la dermite irritative au stade érythémateux est du ressort officinal. L’objectif est de diminuer le contact entre la peau et les selles/urines, d’éviter la macération, l’évolution et les surinfections.

Orienter vers le médecin : les bébés < 6 semaines ; en cas de papules, nodules, vésicules, érosions cutanées et/ou de couleur rouge vif ; d’altération de la qualité de vie avec douleurs (pleurs), perte d’appétit, de poids ; de fièvre ; de lésions en « Y » et dans les plis ; si la durée > 2 jours ou si la dermite s’aggrave sous traitement.

3 Je passe en revue

Les soins d’hygiène

• La toilette : à l’eau tiède avec un savon doux type syndet, un gant de toilette ou un carré de coton, à chaque change. Pour ne pas ramener les matières fécales de l’anus vers le méat urinaire, pratiquer des gestes de haut en bas : pour les filles, du méat vers l’anus, pour les garçons en commençant par l’extrémité de la verge sans décalotter, les testicules puis l’anus. Rincer abondamment puis sécher en tamponnant doucement avec un linge propre ou à l’air libre si possible. À savoir : le liniment oléocalcaire en cas d’érythème est controversé, sa texture huileuse et une possible contamination du produit pouvant favoriser la macération et les surinfections. Les lingettes sans rinçage, qui peuvent contenir des produits irritants, allergisants ou du phénoxyéthanol (voir encadré) ne sont pas conseillées.

• Changer les couches au moins 6 fois par jour, rapidement après l’émission d’urine ou de selles. Utiliser des couches absorbantes. Éviter ou changer plus souvent les couches lavables, peu absorbantes, et les laver à 90 °C sans huiles essentielles. En coton et sans additifs, une Cotocouche intercalée entre la couche et la peau optimise l’absorption et limite les irritations.

Les topiques

• Protecteurs. Ils sont isolants et absorbants, cicatrisants, voire asséchants en cas de lésions suintantes. Parmi eux :

→ l’oxyde de zinc : astringent, cicatrisant, antiseptique, isolant et absorbant.

→ le dexpanthénol (pro-vitamine 5), la vitamine A (ou huile de foie de poisson), le sucralfate : réparateurs, cicatrisants et calmants ;

→ le sulfate de cuivre : neutralisant sur les enzymes digestives irritantes, et assainissant en évitant le risque de prolifération bactérienne ;

→ les eaux thermales, apaisantes ;

→ les silicates, asséchants.

Le talc n’est pas recommandé car il favorise la macération au niveau des plis et expose à un risque d’inhalation toxique pour le bébé.

Antiseptiques

Ils n’ont pas leur place sauf sur avis médical pour éviter une surinfection en cas de lésions suintantes ou de stade avancé. Un antiseptique incolore aqueux type chlorhexidine est recommandé.

4 Je choisis

La toilette

• Un lavant doux sans parfum ni paraben : Crème lavante Dexeryl, Bebebiafine, Lipikar Syndet, Gel lavant Pediatril…

• Une eau thermale apaisante pour le rinçage : Avène, Uriage, Jonzac…

Le(s) topique(s)

• Sur lésions non suintantes :

→ une pâte à l’eau à base de glycérine, d’eau et de poudre (oxyde de zinc…) non grasse, au fort pouvoir couvrant sans être occlusive et qui se rince aisément : ABCDerm Change Intensif, Eryplast… ;

→ ou une crème ou pommade en cas de lésions non suintantes car leur caractère occlusif pourrait favoriser une surinfection. Médicament : Deflamol Pommade (oxyde de zinc et dioxyde de titane), Bepanthen pommade 5 % (dexpanthénol), Mitosyl Irritations Pommade (huile de foie de poisson et oxyde de zinc). Indiquées uniquement en cas d’irritations, ne pas appliquer sur lésions infectées, utilisation restreinte à quelques jours. Dermocosmétiques : Aderma Primalba, Bebebiafine, Deflamol, Eryteal Pommade protectrice, Bebe Change Eryteal Pommade 3 en 1, Mustela Crème Change 1-2-3, Uriage 1er change, BépanthèneProtect…

• Sur lésions suintantes :

→ une lotion asséchante, incolore, apaisante, antibactérienne type Aderma Cytelium, Cicalfate Lotion… ;

→ et une pâte à l’eau, non occlusive.

• Selon les risques.

→ Allergie. Pas d’huiles essentielles et/ou lanoline potentiellement allergisantes : Mitosyl Irritations, Deflamol…

→ Hypervitaminose : de façon répétée, les soins avec vitamine A et/ou huile de foie de poisson exposent à un risque d’hypervitaminose. Limiter leur usage à quelques jours : Mitosyl Irritations, Eryteal Pommade protectrice pour le change…

5 J’explique

L’érythème fessier évolue le plus souvent favorablement en 48 heures. Les mesures d’hygiène sont la base du traitement et limitent les récidives. Consulter si la situation ne s’améliore pas en 48 heures.

6 Je conseille

L’application

• Crèmes, pommades et pâtes à l’eau après la toilette suite à chaque change, en couche épaisse sur la zone lésée.

• La lotion asséchante s’applique en spray ou avec une compresse stérile sur les zones suintantes, après toilette et séchage, 2 à 3 fois par jour. Laisser sécher et recouvrir d’une couche épaisse de pâte à l’eau.

En prévention

• Maintenir les règles générales d’hygiène.

• Utiliser les lingettes occasionnellement. Sans parfum ni phénoxyéthanol : ABCDerm H2O, Gifrer, Mitosyl, Mustela…

• Le caractère isolant du liniment oléocalcaire peut être mis à profit en prévention, après toilette, ou pour le change à l’extérieur, ou si la couche est souillée d’urines seules.

• Un topique protecteur une fois par jour si récidive fréquente : Eryplast, Aderma Primalba, Klorane Bebe Change, Eryteal Pommade 3 en 1, Mustela Crème Change 1-2-3, Uriage 1er change, Bépanthène-Protect…

Le condiv

L’érythème fessier du nourrisson ou dermite irritative du siège est une inflammation résultant le plus souvent du contact prolongé de la peau fragile du bébé avec les urines, les selles et les couches. Rare avant l’âge de 6 semaines, elle est fréquente jusqu’à la propreté avec un pic entre 6 et 12 mois.

• Présentation. Elle peut être érythémateuse, papuleuse avec présence de papules plus ou moins érosives à un stade plus avancé, vésiculeuse notamment en cas de surinfection, noduleuse avec nodules inflammatoires localisés.

• En cause. L’urine augmente l’humidité locale et contient de l’urée transformée en ammoniaque par les enzymes fécales augmentant le pH local. La peau perd sa fonction barrière et devient perméable aux irritants et aux agents infectieux. Les couches sont responsables d’une occlusion, de macération locale et de frottements.

• Agents favorisants. Diarrhées, fréquence insuffisante du change, couches peu absorbantes, nettoyage et séchage insuffisants du siège, utilisation de produits irritants notamment sans rinçage, terrain atopique…

Deux précautions à rappeler

→ Éviter le phénoxyéthanol. Ce conservateur présenterait une toxicité notamment hépatique et sur les globules rouges (hémolyse). Par précaution, l’ANSM recommande(1) de ne plus l’utiliser dans les produits destinés au siège de l’enfant de moins de 3 ans.

→ Des brûlures cutanées avec une préparation « maison » d’un mélange d’eau de chaux et d’huile d’olive ont été rapportées(2). L’eau de chaux nécessite des précautions d’emploi liées à ses propriétés corrosives et les préparations « maison » comportent deux phases non miscibles de stabilité variable. Les conditions de préparation (matériel, manipulation, contrôle qualité) ne pouvant être garanties, leur emploi est déconseillé aux parents. Les préparations prêtes à l’emploi, stabilisées, répondent aux bonnes pratiques de fabrication.

(1) Point d’information, ANSM 26 novembre 2012 et 28 mai 2018.

(2) Bulletin de l’ANSM, n° 52, décembre 2010.

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