Le déremboursement de l’homéopathie est-il joué ? - Porphyre n° 549 du 23/01/2019 - Revues
 
Porphyre n° 549 du 23/01/2019
 

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Auteur(s) : Anne-Gaëlle Harlaut

Saisie en août 2018, la Haute Autorité de Santé (HAS) a débuté l’évaluation de l’homéopathie et rendra, au printemps prochain, un avis quant au bien-fondé des conditions de sa prise en charge.

Pourquoi le débat « homéo » s’est-il emballé en 2018 ?

En mars 2018, 124 professionnels de santé signent une tribune dans Le Figaro contre les médecines alternatives, « inefficaces au-delà de l’effet placebo et pas moins dangereuses », arguant d’un risque de défiance vis-à-vis de la médecine conventionnelle et de retard de diagnostic. Ils demandent aux autorités de ne plus rembourser ni reconnaître l’homéopathie, et de ne plus la proposer dans les formations. Contrecarré par les plaintes disciplinaires du Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF), le collectif est soutenu par plus de 3 000 signataires sur le blog « Collectif Fakemed ». La faculté de médecine de Lille suspend son diplôme universitaire d’homéopathie.

Que disent les autorités sanitaires ?

En avril 2018, Agnès Buzyn souligne l’attachement des Français à l’homéopathie même si « c’est probablement un effet placebo », et ne considère pas son déremboursement prioritaire(1). Le 24 mai, sur France Inter, sa position se durcit : « Peut-être, l’homéopathie pourrait entrer dans le droit commun, être évaluée, et si elle est utile, elle restera remboursée. Si elle est inutile, elle arrêtera de l’être. » Elle saisit fin août la HAS afin de « recueillir l’avis de la Commission de la transparence (CT) quant au bien-fondé des conditions de prise en charge et du remboursement des médicaments homéopathiques ». La CT s’était étonnée en juin dernier « du maintien du taux de remboursement à 30 % des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30 % voire 15 % de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité », s’abstenant d’évaluer 4 spécialités homéopathiques en vue de renouveler leur remboursement, une procédure obligatoire tous les 5 ans.

Comment la HAS va-t-elle évaluer l’homéopathie ?

Pour le SNMHF, une méthodologie spécifique s’impose, l’évaluation habituelle du service médical rendu (SMR) n’est pas adaptée. « Dans la pratique homéopathique, le médicament est en général prescrit sur un ensemble de symptômes très différents et répond donc à de nombreuses “classes thérapeutiques” (…), et le médecin choisit la hdiv de dilution en fonction des symptômes et de l’effet attendu », explique le Dr Christine Bertin-Belot, vice-présidente du SNMHF. Anabelle Flory-Boiron, directrice France de Boiron, rappelle que les médicaments homéopathiques ont déjà fait l’objet de nombreuses évaluations (essais cliniques ; études fondamentales, de pharmaco-épidémiologie, médico-économiques) publiées dans les revues scientifiques. La HAS entend justement se fonder « sur l’analyse scientifique des données et informations disponibles » et prendre en compte « l’efficacité des produits, leurs effets indésirables, la gravité des affections ou symptômes auxquels ils sont destinés, leur place dans la stratégie thérapeutique et leur intérêt pour la santé publique »(2). Les modalités de l’évaluation seront précisées par un décret en Conseil d’État.

Est-ce joué d’avance ?

Pas forcément si l’évaluation conclut à un service aux patients et à la collectivité au-delà d’une efficacité pharmacologique quantifiable. Après avis de la HAS, la décision reviendra aux autorités sanitaires. Pour Anabelle Flory-Boiron, dérembourser serait un non-sens pour la santé publique. « Les médicaments homéopathiques répondent à des enjeux prioritaires, notamment sur la consommation médicamenteuse, l’iatrogénie et l’antibiorésistance. »

Le critère économique peut-il compter ?

Sans doute. En 2016, sur 20 milliards de médicaments remboursés par l’Assurance maladie, 128,5 millions d’euros concernaient l’homéopathie*. « C’est un coût négligeable. Il a été mesuré qu’un patient pris en charge par un médecin homéopathe coûte en moyenne 35 % de moins que les autres patients, à niveau de sévérité égal. Dans l’hypothèse d’un déremboursement, l’économie escomptée serait annulée avec seulement 10 % de report des prescriptions de médicaments homéopathiques vers d’autres médicaments remboursés », pointe Anabelle Flory-Boiron. Sans compter la grogne qui pourrait monter. Selon un récent sondage(3), 77 % des Français ont déjà pris de l’homéopathie, 83 % trouvent légitime qu’un médecin en prescrive en complément d’un traitement conventionnel et 74 % sont opposés à son déremboursement…

(1) Agnès Buzyn : L’homéopathie ? « C’est probablement un effet placebo », 12 avril 2018, RMC/BFM-TV.

(2) Évaluation des produits homéopathiques : la Haute Autorité de Santé lance un appel à contribution, https://webzine.has-sante.fr

(3) Les Français et l’homéopathie, sondage IPSOS réalisé auprès de 2 000 Français de plus de 18 ans en novembre 2018 pour les laboratoires homéopathiques Weleda, Lehning et Boiron.

* Spécialités + préparations (dans notre rubrique Courrier p. 4, seules les spécialités sont comptées).

NOS EXPERTS INTERROGÉS

→ Haute Autorité de Santé.

→ Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF).

→ Laboratoire Boiron.

Repères

Remboursement de l’homéopathie

→ Depuis quand ? Les spécialités homéopathiques bénéficient d’un régime dérogatoire dans le cadre d’un arrêté ministériel du 12 septembre 1984.

→ Quel taux de prise en charge ? En nom commun, fabriquées industriellement et renfermant une des 1 163 souches remboursables, les spécialités sont prises en charge par l’Assurance maladie – d’abord à 65 % puis 35 % et, depuis 2011, à 30 % – sans faire l’objet d’une évaluation scientifique de leur efficacité.

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