Trois jours d’échanges pour les préparateurs hospitaliers - Porphyre n° 531 du 27/03/2017 - Revues
 
Porphyre n° 531 du 27/03/2017
 
JOURNÉE RÉGIONALE

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Auteur(s) : Christine Julien

L’Association nationale des préparateurs en pharmacie hospitalière (ANPPH) a organisé ses 38es Journées nationales de formation à Antibes-Juan-les-Pins les 10, 11 et 12 mars. Les groupements hospitaliers de territoire, la robotisation et la conciliation médicamenteuse ont suscité de nombreuses interventions. Porphyre était sur place…

« Ne songez pas à la baignade, l’eau est très froide et nous avons beaucoup de travail », a plaisanté David Authier, préparateur en pharmacie cadre de santé au centre hospitalier de Sallanches (Haute-Savoie) et président de l’Association nationale des préparateurs en pharmacie hospitalière (ANPPH), en ouvrant les 38es Journées nationales de formation (JNF) de l’association. Face à lui, près de 400 préparateurs en pharmacie hospitalière (PPH) réunis au Palais des congrès de Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes) le 10 mars. La thématique des trois jours était « Groupement hospitalier de territoire (GHT) et les évolutions d’activités du préparateur ».

Organisation et grade licence

La mise en place des projets médicaux partagés au sein des GHT (voir plus loin) aura un impact sur la pharmacie hospitalière et son organisation. « Quelles seront les missions de chaque pharmacie à usage intérieur (PUI) et quelles sont les inquiétudes face à ce nouveau dispositif ? », interroge David Authier, pour qui la formation du préparateur au grade licence est indispensable. « Soyons les véritables acteurs de nos missions. Ne soyons pas les éternels oubliés de la réforme des diplômes », a-t-il ajouté devant un public conquis. Acteurs des soins, les préparateurs le sont assurément, a renchéri Jean Leonetti, cardiologue, maire d’Antibes et député des Alpes-Maritimes. « La non-observance coûterait 9 milliards d’euros, alors que c’est la qualité des soins qui apporte des économies. Or, un parcours de soins efficient nécessite de travailler en réseau et impose une organisation », ajoute le médecin, qui juge le système de santé extrêmement cloisonné.

L’organisation sera bien le maître mot cette année, a souligné Cyril Boronad, pharmacien, praticien hospitalier à l’hôpital de Cannes : « 2017 sera très riche en changements réglementaires. Les groupements hospitaliers de territoire font couler beaucoup d’encre et suscitent des inquiétudes au niveau des établissements ». Ce membre du Synprefh, un syndicat de pharmaciens hospitaliers « opposé au principe de pharmacie de territoire », milite plutôt pour « des activités coordonnées au sein d’un projet médical partagé », dans lequel il est « indispensable de s’appuyer sur le couple pharmacien-préparateur hospitalier ».

Grogne hospitalière timide pour les GHT

Place ensuite aux intervenants « décrypteurs » des GHT. Innovation phare de la loi de modernisation du système de santé de janvier 2016, les groupements hospitaliers de territoire (GHT) doivent « permettre aux établissements de mettre en œuvre rapidement une prise en charge commune et graduée du patient ». Dans quels buts ? « Assurer l’égalité d’accès à des soins sécurisés et de qualité et permettre la rationalisation des modes de gestion par une mise en commun de fonctions ou par des transferts d’activités entre établissements au sein d’un même territoire », a expliqué Laurent Peillard, pharmacien inspecteur de santé publique à l’Agence régionale de santé (ARS) de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Pierre angulaire de ce dispositif, le projet médical partagé consiste à définir les parcours hospitaliers prioritaires pour leur attribuer les moyens et les systèmes d’information nécessaires. « Il s’agit de concevoir l’organisation du parcours du patient autour d’une logique de soins, résume Éric Roussel, directeur de la stratégie et des affaires médicales des Hôpitaux universitaires La Pitié-Salpêtrière-Charles Foix (Paris). Les GHT sont une révolution. Au 1er juillet 2016, 129 conventions constitutives de GHT ont été signées. Nous sommes passés de plus de 1 000 établissements publics à moins de 150 groupements au sein de ces GHT ».

Un projet pour le médico-technique

Dans cette forme de coopération conventionnelle entre établissements publics, mais aussi privés, « un établissement support doit être désigné comme gestionnaire des activités mutualisées, dont les activités médico-techniques ». Le décret du 27 avril 2016 prévoit que les établissements faisant partie d’un GHT organisent en commun les activités de la pharmacie sous la forme d’un pôle inter-établissements. Le projet pharmaceutique peut prévoir des modalités de coopération, voire de la coordination, et désigne la PUI chargée de répondre aux besoins. Ainsi, un établissement peut gérer pour d’autres une production de poches de chimiothérapie, une partie des achats…

Pour l’heure, les paramédicaux, et les préparateurs hospitaliers, restent sous la responsabilité de chaque établissement, même si, à terme, l’organisation du travail pourrait être chamboulée. Les intervenants ont pointé des opportunités pour les préparateurs, comme le déploiement de la pharmacie clinique, la possibilité d’accroître leur place dans les services de soins pour développer l’éducation thérapeutique ou la conciliation médicamenteuse (voir plus loin). Avec, sans doute, une diminution de la pénibilité avec la rationalisation des contraintes organisationnelles. Le hic, pour Éric Roussel, est que la prise en charge du patient a « souvent démarré avant l’hôpital et continue après. Il faudra intégrer les professionnels libéraux dans la logique du GHT ». De nombreux divs sont attendus. « Et plusieurs points restent à préciser en termes d’achats, de responsabilités ».

Du « cueilleur » au surconditionneur

Qui dit pénibilité ou rationalisation, sécurité de dispensation et efficience, dit automates ou robots. Aides à la cueillette ou stockeurs rotatifs, automates avec déconditionnement pour formes orales sèches ou avec surconditionnement pour doses nominatives ou ceux pour formes liquides ou injectables, les solutions existantes ont été décrites avec leurs avantages, leurs inconvénients et leurs tarifs, de 150 000 à 1 million d’euros hors maintenance. Voilà pourquoi les expériences d’Aix-en-Provence ou de l’hôpital européen de Marseille ont vivement intéressé l’auditoire. En particulier, les 173 appels à la hot line pour l’automate de surconditionnement présenté, pour un total de 29 h 05 et 52 déplacements de technicien sur un semestre !

En même temps, les automates se sont révélés d’excellents outils pour l’identito-vigilance (le bon médicament pour le bon patient). Dans le public, des préparateurs ont témoigné de leur manque d’intérêt pour des tâches de déconditionnement ou de maintenance liées aux automates. Et de leur souhait d’aller plus dans les services pour participer à l’éducation thérapeutique et à la conciliation médicamenteuse. Thèmes largement débattus le samedi en séance plénière le matin et lors de cinq ateliers au choix l’après-midi.

Comment communiquer avec les patients

Certes, le contact direct avec le patient est réduit pour le PPH, mais pourquoi ne pas imaginer davantage d’implication dans les services de soins ? Surtout depuis que l’ordonnance du 15 décembre 2016 a bien défini les activités majeures des PUI. Dont celle « d’entreprendre toute action d’information de bon usage aux patients et aux professionnels de santé », a rappelé Cyril Boronad. Et de citer les trois éléments principaux pour agir auprès du malade : l’éducation thérapeutique (ETP), l’entretien pharmaceutique et la conciliation médicamenteuse. Diagnostic éducatif, séances collectives et individuelles, pluridisciplinarité, tout est mis au service du patient chronique car « si les médicaments sont complexes, les patients le sont encore plus ». Pour Pierre Sonnier, pharmacien, formateur en éducation thérapeutique au Comité régional en éducation pour la santé (Cres) à Marseille, la rencontre du patient avec la médecine est celle « de deux mondes différents ». Avec l’ETP, il faut prendre en compte la capacité de comprendre un div écrit et d’utiliser cette information dans la vie quotidienne. Et le pharmacien de rappeler qu’après deux semaines, on n’a retenu que 20 % de ce qu’on a entendu mais 90 % de ce que l’on a dit et/ou fait. Comment transmettre, motiver ou changer les représentations des patients, tels sont les enjeux de l’ETP.

La conciliation, avant, pendant et après

La conciliation médicamenteuse est un autre moyen pour agir auprès du patient et limiter l’iatrogénie. Un outil dont plusieurs préparateurs se sont déjà emparés dans leur hôpital, comme en a témoigné Valérie Varrain, PPH au centre hospitalier de Baugé-en-Anjou, en séance plénière et lors de l’atelier « La conciliation médicamenteuse : quels enjeux et quels objectifs ». « Le parcours du patient est responsable d’erreurs médicamenteuses, qui surviennent principalement au moment de la transition entre différents lieux : quand il entre à l’hôpital, quand il en sort et lors des transitions entre les services », remarque Christophe Honoré, pharmacien à l’hôpital de la Timone de Marseille (Bouches-du-Rhône). Les études sur les événements indésirables liés aux soins (Eneis) en 2004 et 2009 ont montré que « 46 % survenaient au moment de la rédaction d’une nouvelle ordonnance ». D’où l’intérêt primordial de la conciliation médicamenteuse. Il s’agit « d’un processus formalisé qui prend en compte tous les médicaments pris et à prendre par le patient lors d’une nouvelle prescription. Elle associe le patient et repose sur le partage d’informations et sur une coordination pluriprofessionnelle. Elle prévient ou corrige les erreurs en favorisant la transmission d’informations complètes et exactes sur les médicaments du patient, aux points de transition que sont l’admission, la sortie et les transferts ».

Bizarre, comme c’est bizarre…

La conciliation médicamenteuse vise à déterminer les traitements réellement pris par le patient à son admission, à vérifier que toute nouvelle prescription hospitalière sera volontaire et objectivée, et donc de la consigner, et à vérifier celle de sortie. Une enquête digne de Sherlock Holmes ! Il faudra questionner le patient, les aidants, appeler le médecin traitant et l’officine… Et le dossier pharmaceutique, quand bien même il est consultable, n’indique ni la posologie, ni l’observance ! Proactive, avant l’admission, ou rétroactive une fois en service, la conciliation prend beaucoup de temps mais limite le risque d’erreurs. Si elle en est à ses balbutiements, Christophe Honoré veut faire « du lobbying pour la développer ». Alors, si un hospitalier appelle une officine pour lui demander ce que prend madame X, il est possible que ce soit dans le cadre d’une démarche de conciliation…

Et le gagnant est…

« Communication aux patients : livret d’informations de l’unité fonctionnelle rétrocession? » de l’Ageps Nanterre, pôle pharmacie hospitalière des Hôpitaux de Paris, a reçu le premier prix(1) parmi les 42 travaux d’équipe présentés. Intérêt, originalité, nombre de préparateurs participants, méthode…, « il faut que ce soit un projet d’équipe dans lequel le préparateur a mis sa patte », explique Nicole Labat, cadre de santé PPH de l’hôpital de Tarbes (65) et membre du jury. Tous les participants ont gagné des ouvrages. Retrouvez les autres lauréats sur le site www.anpph.fr

L’ANPPH en dates et en chiffres

→ 1978 : création de l’Association nationale des préparateurs en pharmacie hospitalière (ANPPH).

→ 1996 : l’ANPPH adhère à l’Union interprofessionnelle des associations des rééducateurs et médico-techniques (Uiparm).

→ 2000-2001 : diplôme de préparateur en pharmacie hospitalière (PPH) de niveau III (bac + 2) et accès au statut de cadre de santé.

→ 2010 : membre fondateur de l’European Association of Pharmacy Technicians (EAPT).

L’ANPPH propose deux sections de formation professionnelle continue : les instituts de formation continue des préparateurs en pharmacie hospitalière (IFPPH) et les Journées nationales de formation (JNF).

→ 815 adhérents ANPPH au 31 décembre 2016.

→ Un bureau national de 15 personnes et 13 sections régionales.

→ 8 000 à 9 000 préparateurs en pharmacie hospitalière (PPH) tous types d’établissements confondus, privés, publics, militaires ou services départementaux d’incendie et de secours (SDIS).

→ 9 centres de formation préparent au diplôme de PPH, dont sortent chaque année 500 nouveaux étudiants.

À retrouver sur www.anpph.fr

L’interview
Entretien avec le président de l’ANPPH, David Authier, préparateur en pharmacie, cadre de santé au centre hospitalier de Sallanches (Haute-Savoie), et la vice-présidente, Myriam Merlet, préparatrice en pharmacie et cadre de santé au centre hospitalier de Dax (Landes).

Nous souhaitons être reconnus comme une profession paramédicale en tant que telle

Pourquoi les Journées nationales de formation changent de lieu chaque année ?

David Authier. Ces journées reflètent notre envie de partager. Notre philosophie est d’aller au plus près de nos adhérents.

Myriam Merlet. Cela permet de faire venir des gens qui ne seraient peut-être pas venus ailleurs, et de faire participer de nouveaux acteurs à chaque fois, des intervenants locaux. Ces journées sont l’occasion de se nourrir d’expériences différentes. De piocher des idées d’organisation auprès des autres participants, même si on s’aperçoit que nous avons à peu près tous les mêmes problématiques. C’est tellement riche en échanges et en partage que en repartons boostés à chaque fois.

Quelles sont les missions de l’ANPPH ?

D.A. Nous souhaitons valoriser le métier de préparateur. Notre mission est de transmettre, mais également de faire progresser la profession, de la faire évoluer. D’où notre implication au sein des ministères, où nous sommes reconnus comme représentant de la profession.

Il y a des interrogations sur l’avenir, les groupements hospitaliers de territoire (GHT), l’automatisation…

D.A. Les GHT en sont aux prémices.

M. M. On attend une deuxième mouture et c’est difficile de se projeter.

D.A. L’automatisation d’une partie du circuit du médicament va permettre de développer d’autres activités pour aller davantage dans les services de soins. L’éducation thérapeutique du patient, la conciliation médicamenteuse, beaucoup d’opportunités vont s’ouvrir à nous.

M. M. Des opportunités qu’il faut saisir, d’autant qu’elles ont une plus-value par rapport à une cueillette d’automate.

Avez-vous un sujet qui vous tient à cœur ?

D.A. et M. M. Le dossier qui tient à cœur de nombreuses présidences et l’association ANPPH en général est l’obtention de la licence et la reconnaissance en tant que médico-techniques des préparateurs en pharmacie hospitalière. Nous souhaitons faire partie de la filière des paramédicaux, être reconnus comme une profession paramédicale en tant que telle. C’est notre fil d’Ariane.

Préparateurs hospitaliers et officinaux font-ils le même métier ?

D.A. Nous n’avons pas les mêmes missions, mais nous partons de la même base. La délivrance et les interactions du paracétamol sont les mêmes en ville qu’à l’hôpital ! Après, on a d’autres spécificités : la radiopharmacie, la stérilisation, les chimiothérapies, qui n’existent pas en officine. C’est pourquoi nous souhaitons un cursus unique, avec un tronc commun et une spécialisation.

M. M. En établissement de santé, les activités sont très disparates d’un lieu à un autre, d’un poste à un autre. Certains modules pourraient être communs.

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