Une cabine de télémédecine en officine ? - Porphyre n° 521 du 06/04/2016 - Revues
 
Porphyre n° 521 du 06/04/2016
 

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Auteur(s) : Anne-Gaëlle Harlaut

À Roanne, où la désertification médicale inquiète, une cabine de télémédecine a été installée dans une officine pour la première fois. À l’initiative de divers partenaires régionaux, son expérimentation a débuté au mois de février pour une durée de six mois.

Qu’est-ce que c’est ?

Le dispositif médical « Consult Station », conçu par H4D (Health for Development), société française spécialisée en télémédecine, est une cabine blanche de 2,30 mètres de large dans laquelle on trouve un fauteuil, des instruments de mesure (balance, thermomètre, tensiomètre, saturomètre, rétinographe, stéthoscope, otoscope…) et un écran pour communiquer à distance.

À quoi ça sert ?

La cabine de télémédecine permet de réaliser des bilans ou dépistages de santé en mesurant certaines données – IMC, tension, taux d’oxygène sanguin… – et une téléconsultation avec un praticien à distance, via les instruments de mesure et de visioconférence.

Pourquoi cette expérimentation ?

Initiée par l’agglomération roannaise, la Mutualité française Loire, l’Association de développement économique de la Loire et l’université Jean-Monnet, cette expérimentation est financée par le Fonds européen de développement régional du Massif central, la région Auvergne-Rhône-Alpes et la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat). Son but est d’apporter une réponse à la désertification médicale. « Les généralistes vieillissent, ne sont pas suffisamment remplacés et sont débordés, explique Rémi Bouvier, directeur général de la Mutualité française Loire. Certains patients doivent faire 60?kilomètres pour consulter ou attendre un an pour voir un ophtalmologue ». Pour l’heure, seule la fonction bilan est effective : « Pour la téléconsultation, nous attendons l’autorisation obligatoire de l’ARS ».

Pourquoi l’officine ?

« Pour nous, c’était le choix le plus judicieux. Les pharmacies sont réparties sur tout le territoire et assurent la présence de professionnels de santé de premier recours, capables de répondre aux sollicitations de base », souligne Rémi Bouvier. Déjà testé en France dans d’autres établissements (caserne de pompiers, résidence pour seniors…), ce type de cabine est une première en officine. C’est la pharmacie mutualiste de Roanne d’Emmanuel Guillot qui a été choisie : « Toute l’équipe a été formée à son fonctionnement et à sa maintenance. L’accompagnement est important pour son utilisation, surtout pour les personnes âgées, qui n’ont pas l’habitude de l’écran tactile, des messages audio et vidéo ».

Quels sont ses objectifs ?

Le suivi des patients chroniques (hypertendus…) grâce à la fonction « bilan », qui peut conduire au renouvellement de l’ordonnance. « Il ne s’agit pas de faire un diagnostic, qui est le rôle du médecin, mais de le suppléer, la télémédecine permettant d’alléger leur carnet de rendez-vous trop chargé », précise Rémi Bouvier. Le dépistage de la rétinopathie diabétique ou de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est un deuxième objectif prioritaire, les résultats étant envoyés pour analyse aux plateaux d’ophtalmologie régionaux partenaires.

Comment ça marche ?

À son initiative ou à la demande de son médecin, le patient se rend à l’officine pour faire un bilan et crée, à la première visite, son compte avec un identifiant, un code et un mot de passe. Il est reçu et guidé par l’équipe officinale et des tutoriels audio et vidéo pour l’utilisation des différents appareils selon ses besoins. Les résultats, émis sur un ticket, sont également disponibles sur un site Internet sécurisé auquel le médecin peut se connecter et, le cas échéant, envoyer une ordonnance de renouvellement « au domicile du patient, libre de choisir sa pharmacie ensuite », commente Rémi Bouvier.

Cela pourrait-il se généraliser ?

« Nous devançons une modification des usages, qui devrait être acceptée progressivement. Ces cabines sont déjà répandues au Canada ou en Australie. Notre volonté est d’installer un appareil dans une officine à chaque endroit de notre région où l’accès à un médecin est difficile », conclut Rémi Bouvier. « C’est un service qui entre dans le cadre des missions de la loi HPST. J’ai d’ailleurs reçu un bon accueil de la part de l’ordre des pharmaciens quand je leur ai présenté le projet », ajoute Emmanuel Guillot. Reste à découvrir l’accueil que réserveront les patients aux cabines et celui des médecins…

NOS EXPERTS INTERROGÉS

→ Rémi Bouvier, directeur général de la Mutualité française Loire.

→ Emmanuel Guillot, pharmacien, gérant de la pharmacie mutualiste de Roanne (42).

Repères

→ La téléconsultation permet une consultation médicale à distance, avec l’assistance présentielle éventuelle d’un autre professionnel de santé.

→ La téléconsurveillance permet au médecin d’interpréter à distance les données nécessaires au suivi médical du patient.

→ Ces deux actes sont prévus par le décret du 19 octobre 2010 relatif à la télémédecine, en l’application de la loi HPST du 21 juillet 2009.

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