Le risque suicidaire - Porphyre n° 519 du 26/01/2016 - Revues
 
Porphyre n° 519 du 26/01/2016
 

Savoir

Le point sur…

Auteur(s) : Thierry Pennable

Alors que les facteurs impliqués dans la crise suicidaire et leur niveau de dangerosité sont aujourd’hui bien identifiés, la suicidologie apporte un nouveau regard sur le « phénomène suicide » en le considérant comme une entité pathologique à part entière.

Quel est le condiv ?

• Chaque année, plus de 11 000 personnes meurent par suicide en France. Soit un décès toutes les cinquante minutes et un Français sur cinquante. Dans le même temps, les tentatives de suicide représentent par an entre 175 000 et 200 000 prises en charge aux urgences et 70 000 hospitalisations(1).

• En comparaison des autres pays européens, où l’on recense 12 suicides pour 100 000 habitants en moyenne, la France métropolitaine, avec 18 suicides pour 100 000 habitants en 2010, se situe parmi les États ayant un taux élevé de suicide après la Finlande, la Belgique et la plupart des pays de l’Est(2).

• En février 2013, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) rappelait l’importance du suicide en termes de santé publique et préconisait la création d’un Observatoire national du suicide, mis en place dès le 10 septembre 2013 à l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, organisée chaque année à cette date.

La crise suicidaire, c’est quoi ?

C’est une crise psychique dont le risque majeur est le suicide(3). Comme dans toute crise, une insuffisance des moyens de défense et une vulnérabilité mettent la personne en situation de souffrance et de rupture de l’équilibre relationnel avec elle-même et son environnement. Une crise suicidaire survient parfois en présence d’un trouble mental sous-jacent : troubles psychotiques, de l’humeur ou de la personnalité. En l’absence de tels troubles, cette crise psychique se manifeste le plus souvent en réaction à des situations de stress intense vécues comme insupportables : deuil, rupture sentimentale, licenciement…(4) La crise suicidaire s’étend du sentiment péjoratif d’être en situation d’échec à l’impossibilité d’échapper à cette impasse autrement que par le fait de mettre fin à ses jours.

Quels sont les facteursi de risque suicidaire ?

La crise suicidaire combine plusieurs facteurs de risque, en interaction les uns avec les autres. L’influence de chaque dépend de la présence ou de l’absence d’autres facteurs.

• Facteurs primaires. Ils concernent les troubles psychiatriques, les antécédents personnels et familiaux de suicide, une intention suicidaire ou une impulsivité. En présence d’un trouble mental, le risque suicidaire est cinq à quinze fois plus élevé que dans la population générale. Dans 80 % des cas, des tentatives de suicide ou des idées suicidaires ont précédé le décès(3). L’impulsivité est un facteur essentiel qui facilite le passage à l’acte. Ces facteurs primaires ont une valeur d’alerte importante. Ils peuvent être améliorés par les traitements.

• Facteurs secondaires. Les événements de vie négatifs (pertes parentales précoces, isolement social, chômage, difficultés financières et professionnelles…) sont des facteurs prédisposants, tandis que les conflits interpersonnels (violences, hostilité, déceptions…) sont considérés comme des facteurs précipitants. Les facteurs secondaires n’ont qu’une faible valeur prédictive en l’absence de facteurs primaires. Ils sont faiblement modifiables par les traitements.

• Facteurs tertiaires. Il s’agit de l’appartenance au sexe masculin (trois hommes pour une femme(1)), au grand âge et au jeune âge, ou une période de vulnérabilité, phase prémenstruelle par exemple. Ces facteurs n’ont de valeur prédictive qu’en présence de facteurs primaires et secondaires et peuvent être pris en charge.

Quels sont les facteursi de protection ?

Le développement de liens sociaux diversifiés, tels un soutien familial, des relations amicales ou des soutiens associatifs, est un facteur de protection très efficace. Une représentation négative de la mort, une préoccupation sur le devenir des proches, des raisons de vivre, une projection optimiste vers l’avenir ou des objections religieuses au suicide sont aussi considérés comme des facteurs de protection.

Quels sont les signesl de dangerosité ?

En octobre 2000, la conférence de consensus intitulée « La crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge » distinguait trois niveaux d’urgence justifiant une orientation vers le médecin traitant, un psychiatre ou un psychologue ou le centre médico-psychologique (CMP) de secteur. Les dispositifs d’écoute téléphonique existants sont intéressants pour les niveaux d’urgence faible ou moyenne (voir encadré ci-contre). Un niveau d’urgence élevé doit être pris en charge rapidement, en appelant le?15 si besoin.

• L’urgence faible est observée chez une personne qui :

> désire parler et recherche la communication ;

> cherche des solutions à ses problèmes ;

> pense au suicide mais n’a pas de scénario suicidaire précis ;

> réfléchit encore à des moyens et à des stratégies pour surmonter la crise ;

> est en souffrance psychologique ;

> a établi un lien de confiance avec un praticien.

• L’urgence moyenne concerne une personne qui :

> a un équilibre émotionnel fragile ;

> envisage le suicide avec une intention claire ;

>  a imaginé un scénario suicidaire dont l’exécution est reportée ;

> ne voit pas d’autre recours que le suicide pour cesser de souffrir ;

> a besoin d’aide et exprime directement ou indirectement son désarroi.

• L’urgence élevée concerne une personne qui :

> est décidée et a planifié un passage à l’acte dans les jours à venir ;

> est coupée de ses émotions et rationalise sa décision ou, à l’inverse, se montre très émotive, agitée ou troublée ;

> se sent complètement immobilisée par la dépression ou se trouve à l’inverse dans un état de grande agitation ;

> dont la douleur et l’expression de la souffrance sont omniprésentes ou complètement tues ;

> a un accès direct et immédiat à un moyen de se suicider (médicaments, arme à feu…) ;

> a le sentiment d’avoir tout fait et tout essayé ;

> est très isolée.

Quel est l’apport de la suicidologie ?

La suicidologie est une discipline récente en développement. Le terme « suicidologie » n’a été officiellement adopté par l’Académie nationale de médecine qu’en 1985. Alors que la crise suicidaire est traditionnellement considérée comme un ensemble de symptômes qui varient en fonction des sujets, des pathologies associées et des facteurs de risque(3), les suicidologues explorent les différents mécanismes psychologiques en jeu dans le « phénomène suicide » et proposent l’idée d’une entité pathologique identifiable susceptible d’améliorer sa prévention.

• Une entité pathologique. « De nombreux suicidologues pensent que la crise suicidaire est une entité pathologique, sémiologique et clinique à part entière. Elle n’est pas une complication d’une maladie psychiatrique, mais un trouble qui peut majorer une maladie, une dépression par exemple », rapporte Jérémie Vandevoorde, psychologue clinicien en service d’accueil de psychiatrie à l’hôpital René-Dubos de Cergy-Pontoise (95).

• Sur un état psychologique. « En suicidologie, il faut distinguer les motifs du suicide, tels qu’une perte d’emploi ou une séparation, des causes, qui relèvent du processus psychologique, qui font que la personne choisit le passage à l’acte plutôt qu’une autre solution », ajoute Jérémie Vandevoorde, div d’une étude sur l’état psychologique des personnes au moment même de l’exécution du geste suicidaire (voir encadré ci-dessus).

1) Bilan – Programme national d’actions contre le suicide 2011-2014, Direction générale de la santé, juin 2015.

(2) Suicide : état des lieux des connaissances et perspectives de recherche, premier rapport de l’Observatoire national du suicide, novembre 2014.

(3) La crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge, conférence de consensus, octobre 2000 (sur www.has-sante.fr)./

(4) Critères de soins psychiatriques sans consentement, revue de littérature et synthèse des différentes recommandations, Pignon B. et al., Presse Med, 2014.

Contacts en cas de crise suicidaire

S.O.S Amitié : intéressant dans un condiv d’urgence faible.

L’association offre la possibilité de mettre des mots sur la souffrance et, ainsi, de prendre le recul nécessaire pour éviter d’y mettre fin par un acte suicidaire.

Contact possible par téléphone 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, par messagerie ou par discussion en ligne sur Internet (chat).

Tél. : 01 42 96 26 26 (SOS Amitié Île-de-France) ou numéros d’appel régionaux sur www.sos-amitie.org

Suicide Écoute : à conseiller pour une urgence moyenne (en plus d’une consultation médicale). Depuis plus de vingt ans, Suicide Écoute se consacre entièrement à la prévention du suicide.

L’association tient une permanence téléphonique 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 au 01 45 39 40 00. Site Internet : www.suicide-ecoute.fr

SOS Suicide Phénix : pour une urgence moyenne (en plus d’une consultation médicale). Les associations SOS Suicide Phénix ont pour mission de prévenir le suicide en restaurant le lien social et en servant de passerelle entre les personnes en souffrance et l’offre de soins. Ligne nationale : 0 825 12 03 64 (de 16 h à 23 h). Ligne Île-de-France : 01 40 44 46 45 (de 12 h à minuit). Site Internet : www.sos-suicide-phenix.org

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