“Je voudrais quelque chose de naturel contre le rhume” - Porphyre n° 519 du 26/01/2016 - Revues
 
Porphyre n° 519 du 26/01/2016
 

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Au comptoir

Auteur(s) : Nathalie Belin

1 Je questionne

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« Est-ce pour vous ? »,« Depuis quand êtes-vous enrhumé ? »,« Pouvez-vous me décrire vos symptômes ? » ciblent le problème.

Recherchez certains critères

Selon le cas, « Quel âge a l’enfant ? », « Êtes-vous enceinte ? » Et dans tous les cas, « Êtes-vous suivi pour une pathologie ? » et « Avez-vous déjà pris quelque chose pour vous soulager ? » préviennent toute iatrogénie.

2 J’évalue

Associés aux produits d’hygiène nasale à la base de la prise en charge, les produits « naturels » combinant parfois plantes et huiles essentielles peuvent être conseillés après avoir éliminé certaines restrictions d’emploi.

Une consultation est recommandée en cas de fièvre persistant plus de deux jours, de toux ou de gêne respiratoire importante, de violentes céphalées ou de douleurs au niveau des yeux ou du front ou d’œdème péri-orbitaire, signes évocateurs d’une sinusite bactérienne.

3 Je passe en revue

Principales plantes

• À visée antiseptique et immunostimulante

→ Les échinacées, notamment Echinacea purpurea, ont fait l’objet de nombreuses études cliniques dans la prévention ou le traitement du rhume. L’OMS reconnaît leur usage traditionnel « dans le traitement des rhumes et des infections des voies respiratoires supérieures, du fait de leur action immunostimulante ». Précautions : pas avant 12 ans ni en cas de déficit immunitaire (immunosuppresseurs, maladies auto-immunes, VIH, leucémies…).

→ Le sureau noir (Sambucus nigra) : fleurs et baies sont utilisées de longue date dans le rhume ou pour soulager les premiers signes de refroidissement. L’OMS reconnaît son usage traditionnel « pour lutter contre la fièvre en favorisant la transpiration, comme expectorant dans les infections mineures des bronches et pour soulager les symptômes du rhume ». Précautions : par prudence, pas avant 12 ans.

→ L’andrographis est employée en médecine traditionnelle asiatique, seule ou combinée à l’éleuthérocoque (plante anti-asthénique et adaptogène) dans les infections respiratoires. Elle possède des propriétés toniques, anti-infectieuses et fébrifuges. L’OMS reconnaît son usage pour la prévention et le traitement des infections respiratoires sans complications, rhume, sinusite, bronchite et pharyngite.

→ Le thym, antibactérien, antiviral et tonique, est utilisé de longue date pour son action apaisante et décongestionnante sur les voies respiratoires. Son usage est reconnu par l’OMS pour lutter contre la toux lors des rhumes ou des bronchites.

→ Les eucalyptus radié et globuleux sont employés pour leur action antiseptique et décongestionnante des voies respiratoires et leur action fluidifiante des sécrétions et expectorante, en particulier le globuleux. L’OMS reconnaît l’usage de ce dernier et de son huile essentielle « pour traiter l’inflammation des voies respiratoires ».

• À visée fébrifuge

→ Saule et reine-des-prés renferment des dérivés salicylés à l’origine de leur action anti-inflammatoire, antalgique et antipyrétique. Contre-indications : hypersensibilité à l’aspirine ou aux AINS, ulcère ou antécédents d’ulcère gastro-duodénal ; saule blanc : pas avant 18 ans. Précautions : l’Agence européenne du médicament recommande de limiter à trois jours l’emploi de ces plantes dans le rhume.

→ L’écorce de quinquina renferme un alcaloïde, la quinine, aux légères propriétés fébrifuges. Attention au risque de surdosage au-delà de 2 g par jour (neuro- et cardiotoxicité).

• Utilisation. Extrait ou poudre de plante entière (gélules) : selon les indications du fabricant car les concentrations sont variables. EPS (extraits fluides glycérinés de plantes fraîches standardisés, laboratoire PhytoPrevent) : 5 ml deux fois par jour. En tisane : environ 2 à 3 cuillères à café dans 250 ml d’eau chaude, deux fois par jour ; en décoction pour les racines et écorces : porter à ébullition de 5 à 10 minutes.

Huiles essentielles

Elles sont obtenues par distillation à la vapeur d’eau de plantes aromatiques qui stockent dans leurs tissus des substances lipophiles et odorantes. Cette opération permet une concentration et la synthèse de molécules parfois différentes de la plante de départ, expliquant l’action puissante et parfois la toxicité de certaines huiles essentielles (HE).

• Propriétés : les HE employées dans le rhume ou les affections bronchiques ont des propriétés antiseptiques et antivirales, décongestionnantes des voies respiratoires et fluidifiantes.

• Les principales : ravintsara, également immunostimulante, arbre à thé (tea tree), cannelle de Ceylan, antimicrobiennes et stimulantes, eucalyptus radié et globuleux. HE de thym, girofle, sapin de Sibérie ou pin sylvestre, puissants antiseptiques respiratoires. En complément, celles de lavande aspic, anti-infectieuse et fluidifiante, et de menthe poivrée, rafraîchissante et décongestionnante.

• Précautions : avis médical avant 3 ans. Prudence en cas d’antécédents de convulsions ou d’épilepsie et chez les allergiques ou asthmatiques (voir interview). Contre-indication formelle chez la femme enceinte ou allaitante en l’absence de données. Des précautions s’imposent aussi selon la voie d’administration (voir ci-dessous) et le chémotype. Ainsi, l’HE de thym à linalol a une action anti-infectieuse plus faible que l’HE de thym à thymol mais est mieux tolérée car ce dernier est hépatotoxique. Le chémotype est le profil biochimique particulier qui caractérise et distingue les HE issues d’une même espèce botanique ; ces distinctions peuvent venir de facteurs climatiques, de la maturité des plantes lors de la récolte, etc. Il existe de nombreux chémotypes de l’HE de thym.

• Voies d’administration

→ Inhalation par diffusion (atmosphère, mouchoir, oreiller…). Les baumes respiratoires appliqués sur le thorax (Vicks VapoRub, Baume respiratoire Puressentiel, Pranarôm…) agissent essentiellement par inhalation des substances volatiles. Pas avant 3 ans, en général dès 6 ou 7 ans.

→ Spray nasal prêt à l’emploi. Pratique, action décongestionnante potentialisée pour certaines références par la présence d’eau de mer hypertonique : ProRhinel Extra Eucalyptus, Nasal spray Les 3 Chênes, Euvanol et Euvanol-Respire+, Spray nasal Phytosun arôms, Puressentiel, Phytaroma Naturactive… Selon les formules, dès l’âge de 6 ans.

→ Inhalation à l’aide d’un inhalateur. Action puissante avec libération d’une grande quantité d’actifs qui agissent au niveau des voies respiratoires. 2 à 5 gouttes d’HE pures dans un bol d’eau bouillante ou mélange prêt à l’emploi : Capsules Inhalation Aromaforce, Olioseptil Inhalation, Aromasol Naturactive, Pérubore, Activox Perles pour inhalation… Pas avant 12 ans.

→ Voie orale. Dosage précis des actifs et grande facilité d’emploi, depuis les références en capsules, gélules, comprimés ou granules combinant parfois plantes et HE. Selon la composition et les doses employées, l’utilisation est possible dès 3 ans (voir tableau). Pour les HE pures sur un peu de mie de pain, sucre, miel… : 1 goutte trois fois par jour dès 6-7 ans et 1 à 2 gouttes trois fois par jour chez l’adulte.

→ En friction. Les HE franchissent facilement la barrière cutanée, d’où l’action systémique. Application sur le thorax, le haut du dos ou la voûte plantaire. L’HE s’utilise pure ou diluée entre 20 à 50 % chez l’enfant dans une huile végétale selon l’âge et la tolérance : 1 à 2 gouttes d’HE pour 4 à 5 d’huile végétale.

4 Je choisis

Selon le condiv

• Symptômes légers ou modérés : voie locale plus, si besoin, voie systémique.

• Symptômes gênants : voies locale et systémique.

Selon le profil du patient

• Chez l’enfant. Prudence avant 6 ou 7 ans et vérifier systématiquement les modalités d’emploi préconisées par les fabricants. Avant 12 ans : pas d’inhalation avec inhalateur, ni d’échinacée et de sureau noir. Avant 18 ans : pas de saule blanc et de reine-des-prés.

• Grossesse ou allaitement : déconseiller systématiquement le recours aux plantes ou à l’aromathérapie, mal évalué.

• Asthme, terrain allergique, antécédents d’épilepsie ou de convulsions : voir interview page précédente.

• Terrain immunodéprimé : pas d’échinacée.

• Antécédents d’ulcère gastroduodénal : ni saule et ni reine-des-prés par précaution.

• Antécédents hépatiques : pas de thym à thymol.

Selon ses préférences

• Confort et rapidité d’administration : références « prêtes à l’emploi » par voie orale.

• Pour soulager rapidement la gêne respiratoire : voie locale en spray nasal ou inhalation sèche ou humide.

5 J’explique

Un rhume guérit le plus souvent seul en sept à dix jours mais il ne faut pas le négliger car c’est une porte d’entrée à des infections ORL, otites, sinusites, et bronchiques. Plantes et huiles essentielles sont d’autant plus efficaces si elles sont utilisées dès les premiers signes. Voir un médecin en l’absence d’amélioration ou en cas d’aggravation après deux à trois jours.

6 Je conseille

Modalités de prise

• Pas plus de cinq jours de traitement pour les extraits de plantes ou les huiles essentielles en automédication.

• Désobstruction rhinopharyngée. « Rappeler et expliquer l’importance de bien nettoyer le rhinopharynx pour éliminer un maximum de germes et prévenir une infection bronchique ou ORL, en particulier des otites à répétition chez l’enfant, explique le Dr Goeb, spécialiste en aromathérapie. Orienter plutôt vers une solution d’eau de mer car sa richesse en sels minéraux active le métabolisme cellulaire et permet à la muqueuse de resynthétiser plus rapidement le mucus, au rôle protecteur, et les immunoglobulines qu’il véhicule ».

Améliorer le confort

• Fièvre et/ou maux de tête peuvent dans tous les cas être aussi soulagés par du paracétamol. Pas d’AINS en association aux extraits de saule ou de reine-des-prés.

• Bien s’hydrater pour aider à fluidifier les sécrétions. Ne pas surchauffer la chambre, 18 à 20 °C maxi, pour ne pas assécher la muqueuse nasale. Dormir la tête surélevée en cas de nez bouché.

Protéger son entourage

→ Se laver souvent les mains ou, à défaut, recourir aux solutions hydro-alcooliques.

→ Tousser dans le pli du coude et non dans ses mains. Utiliser des mouchoirs en papier, à jeter dans une poubelle fermée après usage.

→ Aérer régulièrement les pièces.

→ Éviter les contacts avec des personnes fragiles : âgées, nourrissons, immunodéprimées ; le cas échéant porter un masque.

Avec l’aimable collaboration du Dr Philippe Goeb, spécialiste en aromathérapie.

Le condiv

→ Le rhume est une infection virale aiguë bénigne de la muqueuse nasale. Sa transmission se fait par inhalation de gouttelettes contenant le virus par voie aérienne (toux, éternuements…) et par contact de main à main ou via des objets contaminés (téléphone, poignées de porte…).

→ Les symptômes : impression de nez bouché, rhinorrhée, éternuements. Parfois aussi toux, mal de gorge, fièvre modérée (< 38,5 °C) et céphalées. Un écoulement épais et purulent n’est pas un signe d’aggravation mais l’évolution normale du rhume.

Interview

Dr Philippe Goeb, médecin, spécialiste des médecines alternatives et formateur en aromathérapie, www.goebformations.com

Comment bien conseiller les plantes et huiles essentielles en cas de rhume ?

Même sans être formé, le préparateur peut connaître quelques plantes ou huiles essentielles utiles et faciles à conseiller en cas de rhume. Côté plantes, l’échinacée pourprée, immunostimulante, est parfaite dans les affections respiratoires dès 12 ans. En association, on peut conseiller des tisanes de plantes antiseptiques respiratoires, thym, sarriette, origan…, à boire régulièrement dans la journée, ou des extraits de plantes par voie orale. Côté huiles essentielles, la plus efficace rapidement en cas de signes infectieux débutants (ORL, bronchiques mais aussi rougeole, varicelle, zona…) est l’huile essentielle de ravintsara. Bien tolérée, on peut la recommander dès 30 mois en friction de la voûte plantaire ; richement vascularisée, celle-ci permet une diffusion systémique rapide des huiles essentielles. Si le rhume est déjà bien installé avec des sécrétions purulentes notamment, on peut se tourner vers les huiles essentielles de thym à linalol ou d’Eucalyptus globulus. Attention, il faut avoir en tête quelques précautions : les HE de ravintsara et d’Eucalyptus globulus sont contreindiquées en cas d’antécédents de convulsion. En revanche, on peut recommander sans problème chez ces patients celles de tea tree et de thym à linalol. Prudence aussi chez les patients asthmatiques ou allergiques, chez lesquels mieux vaut s’abstenir de leur conseiller des huiles essentielles si l’on n’a pas suivi une formation en aromathérapie.

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