Les groupements passent à l’action - Pharmacien Manager n° 239 du 01/11/2023 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Pharmacien Manager n° 239 du 01/11/2023
 

ENQUÊTE

Auteur(s) : Yves Rivoal

L’écoresponsabilité et le développement durable sont grandement encouragés par le gouvernement et sont plébiscités par la majorité des Français. Un message entendu par les groupements de pharmacies qui le déclinent en actions sur tous les champs de la responsabilité sociétale des entreprises.

Les officines sont le premier maillon de proximité de la chaîne de santé. À ce titre, elles doivent se montrer exemplaires en adoptant des démarches responsables qui vont protéger l’environnement et la santé des patients, mais aussi préserver le bien-être des collaborateurs. Si nous ne le faisons pas, nous ne serons plus en phase avec les évolutions de la société ». Voilà comment Alexis Berreby, cofondateur de Leadersanté, résume la prise de conscience qui s’est opérée au sein des groupements de pharmacies qui multiplient les initiatives sur tous les champs de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

L’après sac plastique.

Désormais priorité est donnée à la réduction de l’empreinte carbone des officines. Well&well est en train de mettre en place, pour ses pharmacies sous enseigne, un module de formation dédié au management environnemental. Une vingtaine de participants sont inscrits à la première session qui se déroulera en 2024. « Après avoir arrêté de distribuer les sacs en plastique il y a cinq ans, nous sommes passés à la vitesse supérieure en fournissant des cabas en toile que les clients peuvent nous ramener, ou des sacs en papier recyclé et recyclable, explique Didier Maarek, son président. Et c’est la même chose pour les stop-rayons, les garde-ordonnances ou les badges des équipes qui sont tous fabriqués avec du papier ayant eu une vie avant et qui en aura une autre après… » De son côté, Objectif Pharma a décidé de rendre payant les sacs en papier que ses officines Wellpharma distribuent. « Les pharmaciens n’ayant pas le droit de les vendre, l’intégralité de l’argent collecté sera reversée à des associations, assure Florian Gérard, directeur marketing et communication. L’objectif de cette opération est de sensibiliser nos équipes et nos patients sur le fait qu’il n’y a peut-être pas besoin d’un sac pour une boîte de Doliprane. »

Prémices d’un marketing digital responsable.

Les groupements s’engagent également dans la digitalisation de leurs supports de communication. « Nous installons sur les comptoirs une plaque avec un QR Code qui permet de télécharger notre flyer promotionnel, souligne Alexis Berreby. Dans le même esprit, nous avons aussi arrêté de distribuer des goodies jetables. Nous privilégions désormais des gourdes, des sacs isothermes, des parapluies ou des sacs pochons ou en kraft qui sont tous réutilisables. » De plus en plus de réseaux ont aussi déclaré la « chasse » au gaspi en mettant en avant des produits proches de la date de péremption ou avec un packaging un peu abîmé. C’est le cas, par exemple, d’Objectif Pharma qui invite ses adhérents à utiliser l’application KéaBot, dédiée à la lutte contre le gaspillage en dermocosmétique et parapharmacie. « Nos pharmaciens peuvent vendre sur cette application des produits bientôt périmés ou qu’ils souhaitent déstocker à des prix responsables », indique Florian Gérard. À partir de Noël, les officines Well&well proposeront, via l’application Phenix, des paniers composés de produits cosmétiques et de compléments alimentaires en péremption courte. « Nos adhérents pourront concocter des paniers surprises avec une sélection de deux ou trois références dans un même univers (huiles essentielles, crèmes hydratantes…) qui seront vendus à des prix très bas. Paniers que les clients viendront chercher à la pharmacie en click & collect », précise Didier Maarek.

Accélérer sur le tri.

Le tri des médicaments constitue naturellement l’un des piliers des engagements RSE des groupements et de leurs officines. En juin dernier, les pharmacies Lafayette ont organisé une campagne sur le sujet. « Nous voulions inciter les patients à faire régulièrement le tri dans leur armoire à pharmacie et à nous ramener les médicaments périmés, note Caroline Lapointe, directrice marketing, communication, digital et RSE. Nous leur avons expliqué quels étaient les bénéfices pour la santé et l’environnement : les emballages d’un côté, pour être valorisés par la chaîne classique, et les médicaments de l’autre, pour réduire la pollution des eaux. » Quant à Giropharm et Alphega pharmacie, ils ont tous deux décidé de participer au programme Returpen du laboratoire Novo Nordisk qui consiste à récupérer les stylos d’injection d’insuline afin de les revaloriser en mobilier. Signe des temps, certains groupements commencent même à récompenser les clients qui adoptent des comportements écoresponsables. C’est le cas dans les officines Wellpharma. « Les membres de notre club se voient créditer de cinq ou dix points supplémentaires sur leur carte de fidélité dès qu’ils achètent un produit à date de consommation limitée ou qu’ils ramènent leurs médicaments périmés », ajoute Florian Gérard.

Solidaires et responsables.

Sur le volet sociétal de la RSE, les groupements passent aussi à l’action. Leadersanté travaille depuis un an avec l’association Pharma Solidaires qui récupère les produits de parapharmacie proches de la date de péremption ou périmés afin de les offrir à des associations. « Nous avons également organisé au printemps dernier une opération sur des vernis à ongles à série limitée de notre marque Opaz, complète Alexis Berreby. Une partie des recettes a été reversée à l’association One Tree qui a pu replanter 1 200 arbres en France. Cette opération a été très appréciée des patients. » Cet engagement, les groupements l’appliquent de plus en plus à leur catalogue de marque de distributeur (MDD). Dans la gamme du laboratoire Giphar, 85 % des références en dermocosmétique sont formulées avec 85 % d’ingrédients d’origine végétale. « 63 % de nos produits sont fabriqués en France et nous venons d’obtenir la certification Ecocert sur une partie de la gamme, l’objectif étant de l’étendre à l’ensemble de nos références, annonce Pauline Guez-Viguier, directrice marketing. Un gros travail a également été réalisé pour remplacer tous les packagings en plastique recyclable par du kraft, les emballages ayant été retirés de la quasi-totalité de la gamme de cosmétiques. » Cette exigence écoresponsable sur leur marque, les groupements désirent l’étendre à leurs laboratoires partenaires. C’est le cas des pharmacies Lafayette. « Nous venons de commencer à travailler sur une cartographie de nos laboratoires partenaires, explique Caroline Lapointe. L’objectif étant de savoir s’ils ont engagé ou non une démarche RSE. À partir de cet état des lieux, nous adopterons, probablement l’année prochaine, une charte sur l’éthique et la transparence des affaires sur laquelle nous leur demanderons de s’engager. » En 2024, les laboratoires partenaires de Giropharm devront remplir un questionnaire afin d’évaluer leur engagement RSE. « Nous leur demanderons si leur démarche est validée par un label ou une certification ; les plans d’action qu’ils ont mis en place et sur quels sujets ; où sont situés leurs sites de production et de stockage…, confie Stéphanie Corre le Bail, directrice santé, qualité, formation. Lorsqu’un laboratoire aura obtenu un label ou une certification, cela sera mis en avant sur sa fiche dans notre book de référencement. » De son côté, Alphega pharmacie entend privilégier les laboratoires locaux ou régionaux. « L’objectif étant de signer des partenariats personnalisés qui permettront à nos officines de se différencier, mais aussi de diminuer leur empreinte carbone », note Sophie Rey, directrice du réseau.

Bien-être des collaborateurs.

Sur le plan social, les groupements font aussi feu de tout bois… Totum pharmaciens s’est, par exemple, fait accompagner par une consultante spécialisée pour proposer à ses deux cent vingt officines une démarche orientée autour de la qualité de vie au travail. « Après une phase d’audit, sous forme d’un questionnaire anonyme à remplir par les collaborateurs, et d’entretiens qualitatifs et quantitatifs avec quelques pharmaciens du réseau, nous avons pu confirmer que les collaborateurs étaient, dans l’ensemble, très satisfaits de travailler au sein de notre réseau, confie Grégoire Vergniaud, directeur de la communication. Mais aussi que nous avions des points à améliorer. Notamment en ce qui concerne la gestion du stress et les relations avec les patients. Les équipes étant en demande d’outils pour les aider à gérer les situations tendues au comptoir. » Le groupement a donc intégré un module de formation dédié à la gestion des situations compliquées au comptoir à son catalogue de formations. Dans le même registre, Alphega pharmacie a commencé à déployer le programme Bien-être des équipes officinales, qu’Alliance Healthcare a mis en place au niveau européen après la pandémie de Covid-19. « Celui-ci vise à instaurer des temps de partage et d’échange entre les titulaires et leurs collaborateurs sur des sujets liés au bien-être au travail, explique Sophie Rey. Il comprend l’intervention du consultant point de vente Alphega pharmacie, qui est chargé de les sensibiliser à cette thématique et de leur donner les clés pour apprendre à échanger sur leurs ressentis. »

Démarche vertueuse.

Pour Oana Catalin Crepin, les démarches RSE des officines ont une vertu première : « Elles répondent aux nouvelles attentes des clients qui privilégient de plus en plus les produits écoresponsables, souligne la responsable marketing et communication de Santalis. Ils veulent connaître la composition des formulations, combien de litres d’eau sont utilisés pour les fabriquer, combien de kilomètres sont parcourus pour le transport… » Pour Pauline Guez-Viguier, elles vont même dans le sens de l’histoire. « 50 % des Français choisissent déjà leurs commerces en fonction de leur approche environnementale, confie-t-elle. Nous sommes donc persuadés que demain, l’engagement RSE constituera un vrai critère de choix de son officine. » Caroline Lapointe est sur la même longueur d’onde. « La RSE constitue aussi un levier de différenciation, estime-t-elle. Lorsque vous communiquez sur vos engagements en faveur de l’environnement ou pour des causes sociales ou sociétales auprès de vos clients, vous renforcez l’image de votre marque, vous fidélisez vos clients et vous développez votre attractivité auprès d’une nouvelle clientèle. Cela a donc un vrai impact sur le business. Il faut la percevoir comme un investissement… »

infos clés

1 Afin de mettre en adéquation les aspirations de leurs clients/patients et les valeurs véhiculées par leurs officines, les groupements investissent tous les champs de la RSE.

2 Côté environnement, les groupements et leurs officines cherchent à réduire leur empreinte carbone en incitant leurs clients à ramener leurs médicaments périmés, en limitant la distribution de sacs ou encore en digitalisant leurs supports de communication.

3 Les groupements s’engagent aussi sur le plan sociétal en collectant des produits pour des associations, en privilégiant un sourcing local et des ingrédients naturels pour les produits issus de leurs marques de distributeurs (MDD), en incitant leurs laboratoires partenaires à engager eux aussi des démarches RSE…

En plus

Optimiser les livraisons

Pour réduire leur empreinte carbone, les groupements se penchent sur la gestion de leurs livraisons. Totum pharmaciens a signé quarante accords tripartites avec ses laboratoires partenaires et Alliance Healthcare pour que ses officines soient livrées unité par unité par le grossiste-répartiteur et non par les laboratoires. « L’objectif est de concentrer ces livraisons avec deux passages par jour au lieu d’une dizaine actuellement », souligne Grégoire Vergniaud, directeur de la communication. De son côté, le groupe Hygie31 prépare le lancement de Paraservices, une plateforme de commandes pour les sept cent cinquante officines de ses réseaux Pharmacorp et Elsker Group. « Nos pharmaciens pourront ainsi concentrer tous leurs achats de parapharmacie et être livrés une seule fois par jour », se félicite Laurent Filoche, président de Pharmacorp. Le dispositif est actuellement testé dans une centaine d’officines. Le déploiement à l’ensemble des deux réseaux devrait démarrer début 2024.

Un écolabel pour verdir la pharmacie

En 2024, Giropharm commencera à déployer dans les pharmacies volontaires le label Ecor conçu par Pharma Système Qualité (PHSQ). « Ce label a l’avantage d’être spécifique aux pharmacies et de proposer un accompagnement structurant que nous connaissons bien puisque c’est lui qui a contribué au succès de la démarche qualité au sein de notre réseau, 96 % de nos adhérents étant certifiés ISO 9001 - QMS Pharma », confie Stéphanie Corre le Bail, directrice santé, qualité, formation.

Des séminaires au vert

Par souci de cohérence, Well&well a décidé d’organiser des séminaires annuels écoresponsables. « Ils se dérouleront désormais en France, afin d’éviter l’avion et de limiter les temps de déplacement des adhérents. Nous choisirons également des lieux et des prestataires qui ont, eux aussi, investi dans une démarche RSE », annonce Didier Maarek, son président.

Giropharm a organisé en début d’année une campagne grand public avec pour slogan : « Pour la santé de notre planète, passons ensemble au régime sans sac ». Objectif : montrer à ses clients que leurs officines s’engagent à diminuer la distribution de sacs.

Objectif Pharma a déployé, en 2021, dans ses officines Wellpharma une armoire à pharmacie solidaire où les patients peuvent déposer des produits de dermocosmétique ou de parapharmacie qu’ils viennent d’acheter. Ces produits sont ensuite distribués à des épiceries solidaires ou à une association locale comme Emmaüs, la Croix-Rouge, le Secours populaire, les Restos du cœur, etc.

Leadersanté organise dans ses officines des campagnes zéro gaspi en mettant en avant, dans des bacs-soldeurs, des produits proches de la date de péremption ou avec un packaging un peu abîmé, vendus à petit prix.

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