La valse des étiquettes électroniques - Pharmacien Manager n° 239 du 01/11/2023 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Pharmacien Manager n° 239 du 01/11/2023
 
ÉQUIPEMENT

PRATIQUES

ACHATS

Auteur(s) : André-Arnaud Alpha

La pénurie de personnel et la fluctuation des tarifs due à l’inflation ont conduit nombre de titulaires à se laisser séduire par la mise en place d’un système d’étiquettes de prix électroniques. Outre le fait de moderniser l’image de sa pharmacie, le pilotage en temps réel de l’affichage tarifaire présente de nombreux avantages et, à l’instar des robots, transforme les habitudes de travail.

Quand on additionne les coûts de l’imprimante, à ceux du papier et surtout de l’encre et qu’on y ajoute la hausse du taux horaire des salariés, les étiquettes électroniques reviennent toujours moins chères que celles en papier. Sans même parler du confort de travail… », estime Jean-Charles Boutonnet, installateur d’étiquettes électroniques (EE) en officine depuis dix ans. Une idée qui a mis plus de temps à faire son chemin en officine que dans d’autres circuits de distribution. En effet, les solutions d’étiquetage électronique de prix existent depuis une vingtaine d’années mais ce n’est qu’à l’issue de la crise du Covid qu’un engouement de la part des pharmaciens s’est fait sentir. « Nous avons équipé six cents officines en 2022 et nous devrions atteindre un chiffre comparable en 2023, indique Antoine Chenu directeur des opérations chez Asca, fournisseur pionnier et leader sur le marché des officines. C’est un marché en forte croissance qui doit répondre à beaucoup d’attentes, et pas seulement sur l’affichage réglementaire. » L’inclusion de ce type de solutions directement au sein des catalogues des éditeurs de logiciels de gestion d’officine (LGO), à partir de 2015, y a sans doute aussi contribué.

Un marché en forte croissance.

En octobre 2023, Smart Rx indique avoir équipé près de 1 500 officines et Winpharma en revendique 2 500. Sur les 20 142 officines françaises dénombrées en 2022, un tiers d’entre elles disposeraient d’étiquettes électroniques, selon une estimation des fournisseurs. Potentiellement, le marché restant avoisinerait près de 14 000 officines. « Il est vrai que les officines qui réalisent moins d’1,5 million d’euros de chiffre d’affaires (CA) sont moins enclines à sauter le pas. Mais comme une pharmacie sur deux manque de personnel et est en difficulté pour recruter, que l’inflation entraîne une valse de prix permanente et qu’une génération de jeunes titulaires souhaite moderniser leurs équipements, on peut raisonnablement penser que la moitié des officines sera bientôt équipée d’étiquettes électroniques », suggère Pierre Montigny, directeur commercial chez Winpharma.

Fabricants, LGO, revendeurs et francs-tireurs à la manœuvre.

L’offre, elle, se compose de quatre principaux fabricants, le Suédois Pricer, le Français SES Imagotag, le Chinois Hanshow, le Taïwanais M2 Comm, d’éditeurs de LGO et de prestataires indépendants. Passé sous contrôle du groupe Pharmagest en 2020 (devenu Equasens en 2022), Asca a été le premier à s’occuper, dès 2002, du marché de l’officine. Également intégrateur, il profite d’une avance informatique reconnue. « Nous avons conçu notre logiciel, Asca Etiq spécialement pour les étiquettes électroniques, souligne Antoine Chenu. L’un de nos atouts est la possibilité de se reconnecter sur des solutions commercialisées par d’autres acteurs de l’étiquetage électronique. Un problème qui se pose souvent lors d’un rachat entre un vendeur utilisant la solution A et un acheteur la solution B ». Parmi les fonctionnalités développées par le logiciel Asca Etiq, l’indication des quantités en rayon, en stock, en livraison et un prévisionnel des jours de vente restant avant une éventuelle rupture de stock ainsi que plus de trois cents pictogrammes accompagnant l’affichage du prix : bio, antimoustique, femme enceinte, spécial bébé…, qui peuvent s’activer et se désactiver automatiquement à dates fixes. D’ailleurs, lors de la présentation de ses résultats du 1er semestre 2023, Equasens s’est réjoui du dynamisme du marché des étiquette électroniques. Outre les solutions clés en main des LGO, des prestataires tentent aussi de s’immiscer sur ce marché comme Rubex Pharma et Proébo Promoplast, spécialisés dans l’équipement et la communication, ou encore des entrepreneurs tels Eric Fouchonneret, qui après avoir passé vingt-cinq ans chez Pharmagest, a créé Etiq Pharma en juillet 2022. « Un mariage, c’est pour le meilleur et pour le pire. Entre le LGO fournisseur d’étiquettes électroniques et le titulaire, tant mieux si tout se passe bien. Mais si pour X raisons, le titulaire veut changer de LGO, il risque de se retrouver avec des étiquettes inutilisables. Notre prestation, elle, évite au titulaire d’être pieds et poings liés à son LGO et laisse le fonctionnement des EE ouvert en cas de changement. Pour l’installer, il faut juste que les éditeurs acceptent de communiquer les données à afficher via un connecteur entre leur logiciel et mes étiquettes. Certains jouent le jeu et facturent ce connecteur autour de 500 € quand d’autres en demandent plus de 3 000 € », affirme Eric Fouchonneret. Du côté de Pricer, le fabricant d’EE fournit des LGO tels que Smart Rx, Winpharma, Neopharma… « Si besoin, nous pouvons aussi collaborer avec un prestataire technique afin qu’aucun pharmacien utilisateur de nos étiquettes ne se retrouve le bec dans l’eau en cas de changement de LGO », assure Daniel Schwartz, chargé de comptes. Bien que fondamentalement les EE des quatre principaux industriels se valent, les étiquettes de Pricer se distinguent par leur mode de transmission en infrarouge contrairement aux autres qui utilisent la radiofréquence. « L’infrarouge ne subit pas les perturbations des réseaux wifi et téléphoniques et ne nécessite pas de changer d’infrastructure lorsque vous renouvelez les étiquettes. Plus rapide, elle est aussi plus économe en termes d’énergie », ajoute Daniel Schwartz.

Le prix reste un frein pour la pharmacie.

Longtemps, le prix de l’étiquette électronique a été une entrave à son déploiement en officine. Il faut prévoir entre 8 et 15 € l’EE, soit un budget approximatif de 30 000 € pour installer 2 500 étiquettes, ce qui reste une somme considérable. D’autant que les fabricants ont segmenté le marché par circuit de distribution en fonction des volumes commandés. Autrement dit, la grande distribution qui a besoin de 100 000 étiquettes va payer moins cher son étiquette électronique à l’unité que le secteur de la pharmacie qui en commanderait seulement 20 000. « Il n’y a pas de raison, c’est la même étiquette qui est produite et vendue », estime Jean-Charles Boutonnet. Dans un but tant économique qu’écologique, Pricer s’apprête d’ailleurs à industrialiser la production d’étiquettes rénovées [voir encadré]. « Depuis cinq ans, les prix ont quand même baissé du fait de la massification de la technologie e-papper, analyse à son tour Pierre Montigny. Déployée depuis 2015, cette technologie permet une lecture quels que soient l’angle et la luminosité. » Outre la sécurité juridique procurée par un affichage réglementaire, les EE sont utilisées comme un outil de gestion et de publicité grâce notamment l’affichage des stocks et des pictogrammes qu’on peut y lire. « C’est à nous de montrer toutes les possibilités d’utilisations et de rentabilité qu’on peut en attendre », lance Antoine Chenu. Quant aux titulaires interrogés, ils sont unanimes : « C’est comme pour les robots : nous ne reviendrons jamais en arrière ! ».

BIENTÔT DES ÉTIQUETTES DE SECONDE MAIN ?

Profitant d’un nombre d’étiquettes commercialisées désormais conséquent, Pricer s’apprête à industrialiser le renouvellement des étiquettes usagées. Ces étiquettes rénovées ou de seconde main devraient être proposées courant 2024. Le principe sera de reprendre les anciennes étiquettes des points des ventes, contre la livraison d’étiquettes rénovées, afin de faire baisser le coût d’installation. Par ailleurs, Pricer devrait également proposer l’année prochaine des étiquettes neuves à quatre couleurs et en grand format (A4).

QUELQUES CONSEILS AVANT D’INVESTIR

1. Assurez-vous d’une solution de continuité en cas de changement de logiciel de gestion d’officine (LGO).

2. Étudiez les différentes fonctionnalités proposées par le logiciel d’étiquettes électroniques : indications écrites, pictogrammes, motifs, planifications…

3. Vérifiez la durée de vie des étiquettes électroniques qui dépend notamment du mode de transmission des données et des fréquences d’actualisation.

4. Renseignez-vous de l’opportunité et du coût d’un connecteur entre le LGO et le logiciel EE.

Vous sentez-vous régulièrement en insécurité dans vos officines ?


Décryptage

NOS FORMATIONS

1Healthformation propose un catalogue de formations en e-learning sur une quinzaine de thématiques liées à la pratique officinale. Certains modules permettent de valider l'obligation de DPC.

Les médicaments à délivrance particulière

Pour délivrer en toute sécurité

Le Pack

Moniteur Expert

Vous avez des questions ?
Des experts vous répondent !