The place to be - Pharmacien Manager n° 234 du 01/06/2023 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Pharmacien Manager n° 234 du 01/06/2023
 

ENQUÊTE

Auteur(s) : Yves Rivoal

À la lecture de l’étude 2023 des prix de cession des pharmacies d’Interfimo, deux constats s’imposent. Les titulaires d’officine sont toujours autant attirés par la mer et ils ont visiblement pris conscience du réchauffement climatique. Petit tour d’horizon des régions où il fait bon s’installer…

Il n’y a pas de région en France où il ne ferait pas bon exercer en tant que pharmacien, assure d’emblée Jérôme Capon, le directeur du réseau Interfimo. Mais, il est vrai que certaines attirent plus que d’autres. » Lesquelles précisément ? Les régions de la façade Manche et Atlantique, par exemple, semblent se démarquer. « Depuis quelques années, l’arc ouest, de la Normandie jusqu’au Pays basque, est le plus dynamique, avec une primauté pour les officines situées en bord de mer ou dans des villes à moins d’une heure de la côte », constate Emmanuel Bay, le président de l’Auxiliaire Pharmaceutique, qui avance une double explication à cette attirance. « Ces régions sont celles qui ont le plus bénéficié de la cassure très nette observée dans les statistiques d’installation depuis la pandémie de Covid-19, observe-t-il. De nombreux pharmaciens ont alors quitté la région parisienne et les grandes métropoles pour partir vivre dans leur résidence secondaire à la campagne, ou dans des petites ou moyennes villes afin d’y trouver un cadre de vie et d’exercice plus agréable. Le choix de l’ouest de la France a aussi probablement à voir avec le réchauffement climatique. La Bretagne, de par son climat et la beauté de ses côtes et de ses paysages, pouvant être perçue comme la région où il fera bon vivre dans les années à venir. » « Si la Bretagne concentre aujourd’hui le plus fort taux de mutation et la plus forte valorisation des officines, c’est aussi parce qu’elle bénéficie d’un marché de l’emploi très dynamique, avec un taux de chômage à moins de 6 % qui est le plus bas de France, renchérit à son tour Adrien Moulinas, associé du cabinet Pharmacessions. Si vous ajoutez à cela, un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne et une mentalité plus apaisée que dans les régions du Sud, vous obtenez une région où il fait bon vivre en plus d’être très attractive sur le plan économique. Même si le revers de la médaille impose aux titulaires installés sur la côte ou dans les villes touristiques de travailler en été, au moment où tous les Français sont en vacances. »

Cap plein sud.

La Nouvelle Aquitaine réunit elle aussi l’équation gagnante : dynamisme du marché de l’emploi, pouvoir d’achat, climat et qualité de vie. « Le bassin d’Arcachon et la côte basque attirent toujours autant, malgré un taux de rotation plus faible, les titulaires en place s’y trouvant visiblement très bien, note Adrien Moulinas. À Bordeaux, le marché reste aussi très bien orienté, beaucoup de Parisiens ayant fait le choix de s’y installer depuis l’arrivée du TGV. » Pour Emmanuel Bay, cette appétence pour les régions du littoral de la Manche et de l’océan Atlantique n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’attrait pour la Côte d’Azur il y a vingt ans. « Les similarités sont frappantes, souligne le président de l’Auxiliaire Pharmaceutique. Avec des prix de cession et de l’immobilier élevés, la côte ouest est en train de devenir un marché de deuxième ou troisième installation, comme la Côte d’Azur au début des années 2000. » Malgré une baisse du taux de rotation, les régions du littoral méditerranéen conservent, elles aussi, une belle attractivité aux yeux des pharmaciens. « Historiquement, depuis plusieurs années, les régions Paca [Provence-Alpes-Côte d’Azur, NdlR] et Occitanie se distinguent par des prix de cession élevés, car elles restent une destination privilégiée pour les titulaires en quête d’un exercice au soleil et au bord de la mer », rappelle Jérôme Capon.

Un constat partagé par Adrien Moulinas. « Bien que certains pharmaciens commencent à dire qu’il fait trop chaud pour s’y installer, ces deux régions attirent toujours même si on observe de fortes disparités, confie le directeur associé de Pharmacessions . Dans un rayon de 50 km autour de Montpellier, les officines sont très recherchées car la qualité de vie dans les villages y est assez exceptionnelle. Le marché est plus compliqué dans les zones rurales et aux abords des Cévennes où l’on trouve essentiellement des pharmacies réalisant de petits CA. » Le paysage est sensiblement le même en Paca. « Le département des Alpes-Maritimes concentre à lui seul tous les attributs de la région parfaite : le climat, la mer, le tourisme, le pouvoir d’achat des habitants, une concentration d’officines de centres commerciaux réalisant des CA importants, etc., rappelle Adrien Moulinas. Dans les Bouches-du-Rhône, la dynamique reste globalement bonne grâce à la métropole marseillaise et à sa forte concentration de population. Mais dans des quartiers de Marseille et dans certaines communes du département où la clientèle est très populaire, la qualité de vie et d’exercice n’est pas toujours optimale. Ce qui peut rebuter les candidats à l’installation. »

Paris rayonne sur les villes alentour.

L’Île-de-France reste, elle aussi, une destination prisée. « Le marché de la transaction y demeure dynamique, surtout à Paris où il y a eu beaucoup de ventes l’an passé, probablement parce que la capitale attire toujours autant par son activité économique et son offre culturelle », estime Adrien Moulinas. « Nous avons d’ailleurs toujours beaucoup de demandes de pharmaciens désireux de quitter la région parisienne pour s’installer dans des villes comme Le Mans, Reims, Orléans ou Arras, situées à une heure ou une heure trente de la capitale. Notamment de la part de jeunes pharmaciennes en quête d’une première installation, et qui souhaitent élever leurs enfants dans un environnement plus agréable », constate Emmanuel Bay. « Le marché en Île-de-France est aussi porté par des officines de taille importante. Une typologie de pharmacies très recherchée, cela suscite les convoitises et maintient des prix élevés », ajoute Jérôme Capon.

Les top et les flop !

La baisse des transactions en Rhône-Alpes doit être relativisée d’après Jérôme Capon. « C’est vrai qu’en 2022, cette région a enregistré la plus forte baisse en volume de transactions. Mais en 2021, elle avait signé la plus forte augmentation. On peut donc considérer que nous sommes dans un phénomène d’ajustement du marché, estime le directeur du réseau Interfimo. « En Rhône-Alpes, la métropole lyonnaise représente un pôle d’attractivité important, tout comme certaines régions montagneuses qui séduisent les pharmaciens en quête de naturalité, précise Adrien Moulinas. La situation est en revanche plus compliquée en Isère où Grenoble a du mal à attirer les candidats à l’installation dans des quartiers souvent très populaires. » En revanche, le Centre-Val de Loire, au même titre que les Hauts-de-France, a connu le fait inverse. Après avoir enregistré l’un des plus faibles taux de rotation en 2021, il gravit la troisième marche du podium des régions les plus dynamiques derrière la Normandie et la Bretagne en termes de taux de rotation. « Cependant, dans cette région composée de départements ruraux, nous avons des affaires qui se vendent parfois difficilement par manque de candidats à l’installation », souligne Adrien Moulinas. Parmi les régions actuellement les moins dynamiques, la Bourgogne Franche-Comté ferme encore la marche en 2022, comme c’est le cas depuis plusieurs années.

Les disparités de la région Grand Est.

La baisse du niveau de rotation dans le Grand Est doit, elle, être analysée avec prudence, rappelle Adrien Moulinas. « Notamment en Alsace, qui reste un marché très particulier, avec beaucoup de pharmacies réalisant de très gros CA et qui, à la vente, font partie des mieux valorisées de France, rappelle le directeur associé de Pharmacessions. L’attachement des titulaires à leur culture régionale étant très fort, beaucoup de transactions se réalisent aussi entre pharmaciens locaux. Du coup, ils n’ont clairement aucune envie d’aller s’installer ailleurs. » « Le Grand Est compte aussi des départements comme la Marne ou les Vosges qui concentrent plus de difficultés : l’absence de facultés de pharmacie et de médecine, de desserte TGV, un environnement médical compliqué, souligne Emmanuel Bay. Ceci dit, ces secteurs sont aussi dotés de très belles pharmacies, avec des titulaires qui ont réussi à bien vendre leur officine. »

L’attractivité des métropoles demeure.

En zoomant plus finement à l’intérieur des territoires, on s’aperçoit que les métropoles, de grandes villes avec un certain rôle économique et décisionnel, conservent tout leur pouvoir d’attraction. « En grande partie parce qu’on y trouve des pharmacies de taille importante et rentables. Du coup, nous sommes majoritairement sur des marchés de réinstallation ou en association avec d’autres cotitulaires », souligne Jérôme Capon. Dans des villes moyennes et dans certaines zones rurales, l’effet post-Covid continue de se faire sentir. « Les officines qui y sont installées bénéficient également du repositionnement de l’image du pharmacien désormais perçu comme l’acteur de proximité dans l’accompagnement des patients », estime Jérôme Capon. La situation reste en revanche extrêmement compliquée dans les zones les plus reculées. « Certains titulaires arrivant à l’âge de la retraite essayent de vendre en vain leur pharmacie, et sont même prêts à la céder pour 1 € symbolique faute de repreneurs, rappelle Adrien Moulinas. Les jeunes pharmaciens aujourd’hui n’ont plus envie de travailler dans de petites affaires. Le CA moyen d’une première installation tourne autour de 2 M€, un chiffre qui a beaucoup augmenté ces dernières années avec l’essor des différents boosters d’apport. »

infos clés

1 Les régions de la façade Manche et Atlantique, de la Normandie jusqu’au Pays basque, se révèlent les plus dynamiques, avec une primauté pour les officines situées en bord de mer ou dans des villes à moins d’une heure de la côte.

2 Les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) conservent une bonne attractivité avec comme principaux arguments le soleil, la mer et le cadre de vie. Même si le réchauffement climatique fait réfléchir certains pharmaciens.

3 Porté par des officines de taille importante qui suscitent les convoitises, le marché en Île-de-France reste dynamique. Les primotitulaires sont toutefois de plus en plus nombreux à préférer à la région parisienne des villes comme Le Mans, Reims, Orléans ou Arras, situées à une heure ou une heure trente de la capitale

1 490

C’est le nombre d’opérations de cession d’officine en 2022.

(Source Interfimo)

En plus

L’accès aux soins, une priorité qui monte

Quels sont les critères pour définir une ville ou un village où il fait bon vivre ? L’association Villes et villages où il fait bon vivre a publié un palmarès en octobre* qui s’appuie sur 198 critères répartis en dix catégories : qualité de vie, sécurité, protection de l’environnement, santé, commerces et services, transports, éducation, sports et loisirs, solidarité et attractivité immobilière. Pour 2022, le palmarès établit que la qualité de vie reste le premier critère essentiel dans l’esprit des Français, à hdiv de 78 % (+ 1 point par rapport à l’année précédente). La sécurité suit, citée par 69 % des sondés (+ 2 %). Quant à la santé, elle se hisse à la troisième position avec 55 % (+ 9 points), devant les commerces et services et transports ex aequo à 42 %.

Autre nouveauté : la protection de l’environnement fait désormais partie des critères de choix des Français (41 %), devant l’éducation (32 %), les sports et loisirs (25 %), la solidarité (25 %).

Un désamour pour les grandes villes…

Les aspirations des pharmaciens en matière d’installation rejoignent celles de tous les Français. Dans les dix premières places des villes de plus de 20 000 habitants où il fait bon vivre, neuf sont en effet situées dans la partie ouest de la France. Pour la deuxième année consécutive, Angers devance Bayonne, Biarritz, Anglet, la Rochelle, Lorient, Rennes, Brest et Le Mans. À la septième place, Annecy est la seule ville de l’est à figurer dans cette partie du classement. L’association Villes et villages où il fait bon vivre observe également que « le désamour pour les grandes villes s’accentue avec leur recul dans le classement. » Lyon perd 14 rangs en 77e position, alors que Paris arrive à la 91e place, Marseille à la 122e

* Source : Le palmarès Villes et villages où il fait bon vivre concerne 34 820 communes. Sondage réalisé par OpinionWay, pour le compte de l’association Villes et villages où il fait bon vivre, auprès d’un échantillon de 1004 personnes représentatives de la population française, en octobre 2022.

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