Livrer à domicile et rester dans la course - Pharmacien Manager n° 232 du 01/04/2023 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Pharmacien Manager n° 232 du 01/04/2023
 
SERVICES

AVANT-GARDE

DIGITALISATION

Auteur(s) : Yves Rivoal

Après une année 2022 qui a enfin vu décoller les usages de la livraison de médicaments à domicile, les acteurs du marché continuent de se déployer et d’étoffer leur offre de services à destination des pharmaciens et des patients.

Pour la livraison de médicaments à domicile, il y aura eu un avant et un après Covid. » Voilà comment Doria Barchiche, la présidente de Mymediks, résume l’accélération enregistrée par les acteurs de ce marché au cours de l’année écoulée. « En 2022, nous avons multiplié par 20 le nombre de livraisons, et nous sommes passés de 350 à 1 000 pharmacies partenaires sur l’ensemble de la France, confie-t-elle. De plus en plus de titulaires réalisent qu’en externalisant ce service, ils libèrent du temps au comptoir pour mieux accompagner les patients et déployer les nouvelles missions qui leur sont confiées. » Un constat que partagent tous les grands intervenants du secteur. En un an, le nombre de patients actifs est passé de 5 000 à 20 000, et le nombre de pharmacies de 2 400 à 3 000, sur la plateforme Mes médicaments chez moi (MMCM) du groupe La Poste. « Et le recrutement s’est encore intensifié depuis que nous sommes référencés dans Mon espace santé. Nous enregistrons désormais entre 150 et 250 nouvelles adhésions de pharmacies chaque mois », assure Guillaume Bosc, le directeur général de MMCM.

Un marché en plein essor.

En 2022, les sociétés de livraison ont continué à étendre leur réseau. Aujourd’hui, MMCM livre en J+1 85 % de la population française via son réseau de 62 000 facteurs. « Nous avons sur notre plateforme autant d’officines rurales qu’urbaines, assure Guillaume Bosc. Cet équilibre se retrouve d’ailleurs dans les usages : 60 % de nos livraisons ont lieu en ville, 40 % se font à la campagne, auprès de patients isolés ou qui ont du mal à se déplacer. » En revanche, les autres acteurs restent davantage implantés dans les zones urbaines et périurbaines. « Notre flotte de 3 000 coursiers nous permet de livrer des médicaments et de la parapharmacie en moins d’une heure dans 400 villes de France, et ce, 7 jours sur 7. Il y a un an, nous n’étions présents que dans 240 communes », assure Nicolas Schweizer, le fondateur de Pharmao, qui a vu le flux de ses livraisons plus que doubler, pour dépasser les 500 unités par jour. Le nombre de pharmacies partenaires ayant, lui, triplé pour atteindre 1 500. Chez Mymediks, le service de livraison est disponible 6 jours sur 7 dans 600 villes, contre 220 il y a un an. Le nombre de livreurs a été multiplié par quatre, pour atteindre 400.

Une tendance de fond.

Chez Pharmao, ces livraisons se concentrent à 70 % sur l’ordonnance et à 30 % sur l’OTC (over the counter) et la parapharmacie. « Parmi les produits phares, on retrouve tous les médicaments OTC du quotidien, comme le Doliprane, mais aussi les produits bébé et les achats plus intimes comme les préservatifs, ou les tests de grossesse », confie Nicolas Schweizer. Ce dernier identifie deux types de clients, les habitués de la livraison par coursier en moins d’une heure et ceux qui ont besoin de renouveler leurs traitements. Chez Livmed’s, en revanche, les proportions sont inversées. L’ordonnance représente 30 % des flux, l’OTC 40 %, et la parapharmacie 30 %. « Si bien que les officines de garde, ou ouvertes 24 heures sur 24, sont celles qui réalisent les plus gros volumes et pics de livraison », ajoute Talel Hakimi, le président de Livmed’s. « Dans des zones un peu moins urbanisées, la livraison de médicaments sur le dernier kilomètre est en train de s’imposer comme un véritable enjeu, qui accompagne d’ailleurs souvent le développement des usages en matière de téléconsultation », détaille à son tour Doria Barchiche.

Une fenêtre d’opportunités.

« En début d’année, nous avons inauguré un service de livraison à destination des Ehpads, confie Guillaume Bosc. Les premiers retours sont encourageants puisque cinq pharmacies y ont déjà souscrit et livrent plus d’un millier de lits, avec pour chaque établissement entre 100 et 150 ordonnances. » De son côté, Pharmao a conclu en 2022 un partenariat avec la plateforme de téléconsultation Hello Care. « Grâce à cet accord, les patients peuvent faire appel à notre service de livraison après une téléconsultation », souligne Nicolas Schweizer, qui entend aussi développer les livraisons en sortie d’hôpital grâce à une collaboration signée avec le groupe Ramsay Santé qui regroupe 150 cliniques privées. Mymediks finalise, lui, le développement de son application, et devrait être en capacité de livrer l’ensemble du territoire dès la rentrée de septembre, « y compris dans les zones à plus faible densité de population », annonce Doria Barchiche. Signe des temps, deux des quatre opérateurs du marché affichent un positionnement qui dépasse le simple cadre de la livraison. « Aujourd’hui MMCM a pour ambition d’accompagner les pharmacies dans leur transformation digitale, avec de la livraison de médicaments à domicile, mais aussi une plateforme de prise de rendez-vous pour les tests et la vaccination, et un service de click & collect », souligne Guillaume Bosc. En rachetant il y a quelques semaines Pharmanity, une plateforme qui permet de réserver des produits de parapharmacie et d’OTC dans 2 300 pharmacies de proximité, Livmed’s poursuit, lui aussi, une stratégie de diversification, après avoir bouclé en moins d’un an deux levées de fonds pour un montant total de 7 M€…

À quand un cadre réglementaire ?

« Le marché de la livraison de médicaments est encore loin d’avoir atteint le stade de la maturité, analyse Guillaume Bosc. Il reste encore beaucoup d’officines à convaincre de proposer ce service à leurs patients. » Alors que Livmed’s fait actuellement l’objet d’une plainte déposée par le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (Cnop) pour exercice illégal de la pharmacie, Talel Hakimi, son fondateur, sait que l’industrialisation des usages passera par une évolution du cadre réglementaire : « Beaucoup de pharmaciens le considèrent trop flou et hésitent à franchir le pas, regrette-t-il. Si l’on veut accélérer le mouvement, il faudra aussi travailler sur les modes de prise en charge privés et publics, car une majorité de Français restent réticents à l’idée de payer pour se faire livrer. Des sociétés d’assistance et quelques mutuelles acceptent déjà de financer le coût de la livraison. La décision de la Sécurité sociale de prendre en charge à hdiv de 2,50 € les livraisons de médicaments en sortie d’hôpital dans le cadre du dispositif Prado, va dans le bon sens. » L’augmentation des volumes de livraison s’est en outre traduite par une baisse et une homogénéisation des tarifs des différents opérateurs. L’écart entre le moins cher et le plus cher est ainsi passé de 3 € (4,90 € à 7,90 €) il y a un an à 1,40 € aujourd’hui (4,50 € à 5,90 €), selon notre enquête. Pour Guillaume Bosc, la livraison de médicaments s’impose déjà comme un véritable service d’utilité publique, notamment dans les territoires isolés. Pour preuve : « Les conseils généraux de l’Eure ou des Landes ont signé des partenariats avec nous, en acceptant d’assumer le coût financier de la livraison », déclare le directeur général de MMCM.

EN BREF

Lauréat

Vulvae a remporté l’appel à projets organisé par le collectif Femmes de santé le 8 mars 2023, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Cette start-up a conçu une application pour aider les patientes à mieux comprendre les causes des douleurs vulvaires et à les atténuer au quotidien. Elle propose également des programmes d’accompagnement thérapeutique numériques, des formations à destination des professionnels de santé, ainsi que des outils d’éducation thérapeutique pour mieux connaître la vulve et ses pathologies.

Prévention

À l’occasion de Mars Bleu, la campagne internationale de sensibilisation sur le cancer colorectal, le groupe Pierre Fabre a mis en ligne un site Internet, thewonderfulcolon.com/fr. Celui-ci a pour ambition d’éduquer, d’informer sur la prévention, le dépistage et la prise en charge de cette maladie en proposant une expérience immersive de la découverte du colon. Au fil de la navigation, l’internaute comprend les spécificités de cet organe, comment en prendre soin et vérifier que tout est en ordre. Le site fait également le point sur le cancer colorectal et les progrès de la science.

Ségur du numérique en santé

Apicrypt, la messagerie sécurisée en santé de l’Association pour la promotion de l’informatique et la communication en médecine (Apicem) est désormais référencée Ségur du numérique en santé dans la catégorie Opérateurs de messagerie. Déjà intégrée à l’espace de confiance MSSanté depuis 2018, Apicrypt a adopté la nouvelle interface Logiciel professionnels de santé. Celle-ci sera proposée prochainement aux 150 éditeurs compatibles avec cette solution qui a permis d’échanger près de 262 millions de messages en 2022.

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