La pharma, c’est plus le kif ! - Pharmacien Manager n° 232 du 01/04/2023 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Pharmacien Manager n° 232 du 01/04/2023
 

RÉFLEXION

Auteur(s) : Carole De Landtsheer

Dans un secteur en pénurie de personnel, les employeurs ne sont plus seuls décisionnaires des conditions de travail. Les candidats de 18-35 ans revendiquent de nouvelles approches. Plus question de sacrifier sa vie personnelle sur l’autel du labeur. Comment concilier leurs désidératas avec les impératifs de l’officine ?

Le bonheur, c’est maintenant ! C’est, en substance, l’état d’esprit des jeunes générations, les 18-35 ans, qui se lancent ou sont installées depuis peu sur le marché du travail. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont clairs sur leurs attentes alors que la crise du Covid et le renforcement du télétravail ont accéléré le jeu en chamboulant les aspirations d’un grand nombre de salariés. Le travail doit constituer, à leurs yeux, un espace d’épanouissement professionnel à l’intérieur duquel ils trouvent du sens, des valeurs qui leur correspondent et une réelle utilité. Ils sont également sensibles à l’ambiance de travail et à la confiance qui leur est accordée, qui se traduira par une autonomie d’exécution et des emplois du temps plus souples, sans flicage sur les horaires, car le management « à la papa » ne fait plus recette. Dans ce condiv, le fameux contrat à durée indéterminée, ou CDI, ne constitue plus « Le » Graal et devient même synonyme de routine, voire d’enfermement. Mieux : s’ils ne trouvent pas satisfaction, ces jeunes, droits dans leurs bottes, sont prêts à démissionner et à changer d’entreprise, voire de voie professionnelle. « Les jeunes n’ont pas envie de faire le même métier toute leur vie, de se fermer des portes et veulent se laisser une marge de manœuvre », résume Maxime Delannoy, président de l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (Anepf).

Les conditions de travail dans le viseur.

Peinant déjà à recruter des collaborateurs, alors qu’il manque actuellement 15 000 pharmaciens et préparateurs, selon la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), la pharmacie n’échappe pas en effet à ce mouvement de fond. Outre les départs à la retraite qui expliquent cette pénurie, l’officine, la filière d’étude la plus demandée il y a encore une quinzaine d’années, attire moins les jeunes, une partie d’entre eux préférant s’orienter vers les autres branches dont l’industrie. Un chiffre qui résume la situation : en deuxième année, 1 100 étudiants sont aux abonnés absents, soit une carence de 30 % des effectifs (source Anepf). Travailler sur des amplitudes horaires larges, avec des fermetures tardives, mais aussi le week-end, comme la nécessité d’être sur place, en présentiel, debout, derrière le comptoir, quand certains exercent de chez eux, refroidit les ardeurs d’un certain nombre. « Les candidats veulent trouver un équilibre entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle et aspirent à des horaires aménagés en condensant, par exemple, leur exercice sur quatre journées continues pour profiter de week-ends prolongés de trois jours », observe Thibault Winka, directeur général de Team Officine, plateforme de recrutement. Autrement dit, les conditions de travail en officine donnent à réfléchir et peuvent faire pencher la balance du mauvais côté. D’ailleurs, les postulants n’hésitent pas à « googliser » les pharmacies qui recrutent pour consulter les notes et avis émis sur lesdites officines, selon Dan Scemama, cofondateur de la plateforme du remplacement en pharmacie Omedo. « C’est un changement de paradigme que l’on va devoir intégrer dans notre organisation, car c’est le sens de l’histoire. On n’a pas le choix. Nous sommes pleinement mobilisés sur ce sujet et notre objectif est de trouver des solutions à ce manque d’attractivité », fait savoir Bruno Maleine, président du conseil central de la section A (titulaires) de l’Ordre national des pharmaciens.

Gagner en souplesse.

« Avec les contraintes qui les caractérisent, les métiers de service ont du mal à recruter les plus jeunes », résume Christophe Le Gall, président de l’Union nationale des pharmacies de France (UNPF). Mais, le train est en marche. « Pour répondre à ces nouvelles exigences, certains confrères s’y mettent, en adaptant leurs horaires d’ouverture et en fermant, par exemple, le samedi ou le mercredi après-midi. C’est quelque chose qu’on n’aurait pas imaginé il y a cinq ans. De toute évidence, il y a une réflexion à mener sur des organisations territoriales, décidées par les pharmaciens, entre eux, pour moduler les heures d’ouverture des officines, sans déséquilibrer les services que l’on souhaite apporter à la population », poursuit Bruno Maleine. Réfléchir à des tâches effectuées en télétravail, un mode de travail attendu par les plus jeunes, n’est pas non plus à exclure. Par exemple, le double contrôle des ordonnances (en différé), dans le cadre d’une démarche qualité, mais aussi la gestion du tiers payant ou, pourquoi pas, les télésoins pourraient être des activités confiées, en télétravail, aux jeunes collaborateurs, imagine notre interlocuteur. Dans tous les cas, il est question de tendre vers plus de souplesse dans la gestion du quotidien. Car, comme dit plus haut, le CDI, synonyme d’ancrage et de long cours, ne fait plus rêver et certains préférant se tourner vers des emplois d’intérim, à la semaine ou à la journée, « pour redynamiser leur quotidien en rencontrant d’autres personnes et en se confrontant à d’autres façons de travailler, soit autant d’expériences qui enrichissent leur parcours, constate Dan Scemama. Cette formule mieux rémunérée offre plus de flexibilité en donnant la possibilité de choisir son lieu d’exercice et ses horaires de travail. »

Ouvrir l’horizon.

Il faut bien le reconnaître, « aujourd’hui, les cartes sont entre les mains des candidats », rappelle Thibault Winka. C’est donc à l’officine de se montrer progressiste et imaginative. Bonne nouvelle, le travail du pharmacien s’est élargi, s’étoffant de nouvelles missions (dépistage, vaccination, renouvellement des ordonnances chroniques, etc.) qui redorent son blason et renforcent son rôle central dans le système de santé. Or, « les étudiants en fin de cursus ont hâte d’exercer ces nouvelles missions auxquelles il faut leur donner accès », intime Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (Uspo). Car, ne l’oublions pas, « les jeunes ne sont pas prêts à faire la même chose toute la journée et ont envie de se détacher de cette image du pharmacien qui vend juste des boîtes. Ils veulent pouvoir mener des tâches variées et la diversification de la profession a créé un regain d’intérêt pour l’officine. » L’enjeu : « Être capable de libérer du temps, en simplifiant les démarches administratives, pour rendre le métier plus attractif », avance Christophe Le Gall. Décharger les salariés d’activités qui ne requièrent pas un diplôme de pharmacien ou de préparateur en embauchant des employés polyvalents pour la réception des commandes et du rangement des stocks est une piste avancée par Thibault Winka. Cet intérêt des jeunes générations pour les nouvelles missions du pharmacien, qui viennent ouvrir leur horizon professionnel, va de pair avec « le souhait de travailler en interprofessionnalité, une vraie valeur ajoutée pour la pratique de demain », indique Maxime Delannoy. « On parle beaucoup de l’exercice coordonné mais il n’y a pas de raison que seul le titulaire aille à la rencontre d’autres professionnels de santé sur le territoire. Il faut qu’on imagine comment on peut impliquer les jeunes pharmaciens adjoints dans ce parcours car c’est ce qu’ils attendent », met en garde Bruno Maleine.

Opter pour un management vertueux.

« Pour le bien-être de leurs salariés, les titulaires vont devoir s’impliquer beaucoup plus dans leur management qu’ils ne le faisaient auparavant, en prenant le temps de les écouter et en leur montrant de la reconnaissance en les associant aux projets menés. Ils doivent créer une dynamique au sein de leur équipe et mettre également en place des solutions qui vont leur faciliter le quotidien (horaires, collaborateurs complémentaires, etc.). En somme, il s’agit de leur permettre d’agir sur le monde qui les entoure et l’écoresponsabilité fait partie de cet ensemble », fait remarquer Christophe Le Gall. Un management humain et participatif est donc de mise. C’est d’ailleurs ce qui ressort du questionnaire soumis par Team Officine à des pharmaciens adjoints, assistants et des préparateurs en pharmacie sur leurs expériences managériales réussies (publié sur les réseaux sociaux en juillet 2022) : l’écoute, la reconnaissance, la confiance et l’esprit d’équipe sont les composantes positives qui reviennent le plus souvent. Concernant l’organisation du travail, l’autonomie, c’est-à-dire une liberté d’action assortie de responsabilités bien définies, des réunions d’équipe régulières mais aussi l’accès à des formations figurent en tête de liste des retours positifs exprimés. « Les pharmacies qui ont le plus de facilité à fidéliser leurs recrues sont celles qui ont su instaurer des bonnes conditions de travail et créer un sentiment d’utilité et du sens au travail », analyse Dan Scemama.

Le Top 3 des critères des candidats

Parmi les trois premiers critères de choix d’un emploi pour les étudiants des grandes écoles, figurent : l’intérêt du poste (pour 91 % des interrogés), qui devra correspondre à leurs valeurs (76 %), mais aussi l’ambiance et le bien-être au travail (86 %).

Source : La Conférence des grandes écoles, baromètre « Talents : ce qu’ils attendent de leur emploi », Ipsos 2021.

78 %

des 18-24 ans affirment qu’ils n’accepteraient pas un emploi qui n’a plus de sens pour eux.

Source : Étude YouGov et Monster, « Jeunes et 1er emploi », 2021.

Peaufinez vos offres d’emploi !

« Sortez des habitudes de recrutement classiques », recommande Thibault Winka. L’annonce lapidaire « Pharmacien cherche collaborateur à plein temps » a vécu. À la lecture de l’offre, le candidat doit pouvoir se projeter dans son futur lieu de travail et comprendre concrètement ce qu’on attend de lui. Les titulaires doivent travailler sur la notion de marque employeur, c’est-à-dire « le positionnement de l’officine, sa vision, et l’expérience du collaborateur qui va avec, qui variera considérablement selon qu’il travaille dans une grande pharmacie de ville ou en milieu rural », développe le directeur général de Team Officine. Plusieurs points devront être spécifiés : la taille de la pharmacie, ses spécialités (homéopathie, vaccination, etc.), le nombre de salariés, les horaires (et les aménagements possibles), les conditions de travail (par exemple, l’existence d’une salle de repos permettra à ceux qui font des trajets de rester sur place, le midi, s’ils ne font pas une journée en continu). Comme dans certaines entreprises, la remise de titres-restaurants ainsi qu’une participation aux résultats, sont des atouts en plus. « Une personne bien recrutée, connaissant tous les tenants et aboutissants de son travail, aura tendance à rester », conclut notre interlocuteur.

Jouer l’atout de la flexibilité

Les jeunes sont nombreux à envisager de varier les expériences, avec un CDI à mi-temps (44 %) ou en slashing* (29 %).

* cumul d’une activité principale et d’une ou plusieurs secondaires. Source : sondage Opinionway pour Le Parisien Économie et Indeed, septembre 2022.

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