Tickets de caisse : uniquement sur demande - Pharmacien Manager n° 230 du 01/02/2023 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Pharmacien Manager n° 230 du 01/02/2023
 
LÉGISLATION

PRATIQUES

ACHATS

Auteur(s) : André-Arnaud Alpha

L’interdiction de l’impression systématique des tickets de caisse soulève à la fois questions et opportunités. Voici quelques pistes pour que l’officine en tire pleinement parti.

Au 1er avril 2023, il vous sera interdit - sauf demande contraire du client - de lancer l’impression des tickets de caisse et de carte bancaire. Un client pourra donc sortir de l’officine, achats en mains, sans justificatif de paiement. Et le vendeur n’aura aucune obligation de les lui fournir en version dématérialisée. Mais, en pratique, qui plus est dans un condiv inflationniste forcément crispant, « le ticket dématérialisé sera une bonne solution pour désamorcer les couacs en sortie de caisse. Sans lui, il faudra rechercher dans les transactions enregistrées lorsqu’un client souhaitera rapporter un produit ou, après achat, vérifier les montants, prix et éventuelles promotions, etc. », explique Hervé Hugon, chef de projet au sein de l’application Clean Bill, qui propose aux consommateurs un classement de ses e-tickets. Si sa nécessité n’est donc pas impérieuse, la dématérialisation des tickets, au regard de sa facilité technique et de son faible coût, permet de se prémunir de situations périlleuses et, surtout, de préserver l’environnement. 33 milliards de tickets de caisse papier sont édités chaque année, selon le gouvernement. Leur fabrication nécessite des ressources (papier, eau…) et leurs résidus d’encre peuvent contenir du bisphénol A, une substance dangereuse pour la santé de l’homme et qui les rend difficilement recyclables.

L’e-ticket de caisse : le ticket gagnant.

Surfant sur la vague, plusieurs prestataires proposent diverses solutions d’envoi par e-mail, QR Code, near-field communication (NFC), ou notification dans l’espace bancaire. « Entreprise à impact, Limpidius a été créée en 2011 avec la ferme intention d’éradiquer le ticket papier », explique son fondateur Romain Schott, physicien de formation et issu de l’associatif. Aujourd’hui, Limpidius équipe près de 70 000 caisses dans 25 000 établissements reliés pour la plupart à de grands réseaux (Système U, Yves Rocher, Sephora, etc.) et revendique l’envoi de 2 millions d’e-mails transactionnels par jour. « Un service également proposé par la plupart des LGO (logiciels de gestion d’officine, NdlR)  », reconnaît William Le Bellego, directeur de Pharmaland. « Si la patientèle est âgée, elle demandera plutôt son ticket papier. Si elle est jeune, laisser son e-mail ne devrait pas poser de problème », présume à son tour Pierre Montigny, directeur marketing chez Winpharma. Pour ces deux éditeurs, l’envoi des e-tickets s’effectue via la caisse et/ou via le terminal de ventes mobiles PAX A920.

Les atouts du QR Code.

Si l’e-mail est le canal le plus simple pour des clients réguliers, les occasionnels risquent en revanche de ne pas se donner la peine d’épeler leur adresse mail juste pour un achat. D’où une solution basée sur le QR Code, qui ne nécessite aucune communication de données personnelles. En 2020, Jordan Chemouhoum a créé Noticia, une version basique gratuite, qui nécessite tout de même d’afficher dans le point de vente le QR Code fourni par Noticia et de relier son programme au logiciel de caisse. À chaque transaction, Noticia édite un e-ticket associé au QR Code affiché. L’acheteur a juste à scanner le QR Code pour accéder à l’e-ticket. « En un geste et quelques secondes, le client obtient son ticket sans donner aucune information personnelle », explique Jordan Chemouhoum. La solution ne fonctionne cependant qu’avec des Smartphones nativement dotés d’un lecteur de QR Code, ou ayant téléchargé des applications permettant leur lecture. « À l’avenir, tous les Smartphones seront équipés de ce lecteur », relativise Jordan Chemouhoum. La société DeeWee, créée en 2015, propose elle aussi une solution similaire via le NFC et le Wi-Fi pour 30 €/ mois (hors achat du matériel). Reliée à la caisse, une petite tablette émet vers le Smartphone du client les informations permettant de le diriger vers son e-ticket.

Une carte à jouer pour le marketing.

L’e-ticket offre de nouvelles perspectives de communication au commerce. « Les e-tickets vont générer de nouveaux flux marketing et fluidifier les interactions avec les consommateurs, souligne Jordan Chemouhoum. Avec Noticia, le commerçant peut demander au client son avis sur l’attente, le conseil, l’amabilité, l’expertise, l’offre produits, etc. Cette note sur 5 étoiles sera ensuite reliée au compte Google du commerçant. » Les e-tickets pourront aussi renvoyer à des questionnaires plus étoffés pour mieux connaître sa clientèle. Des informations sur les animations dans le point de vente, par exemple, pourront aussi y être liées. Pour l’heure, les prestataires spécialistes de l’e-ticket proposent généralement une interface de gestion qui permet d’accéder aux fonctions les plus simples. Elle devrait à l’avenir s’étoffer et se professionnaliser… La gestion « over the ticket », prochain Eldorado du marketing ?

53 %

des Français se disaient favorables à l’envoi numérique des tickets de caisse en mars 2022.

Source : sondage Opinea 2022.

L’ESPACE BANCAIRE, L’AVENIR DE L’E-TICKET ?

Lancée en 2018, l’application Clean Bill s’annexe au logiciel du commerçant et envoie à l’acheteur, par SMS, un lien vers son e-ticket. Après s’être enregistré dans le programme fidélité du commerçant, le client peut retrouver ses e-tickets dans le porte-documents (« wallet ») de son Smartphone dédié au commerçant. Créée en 2020, l’application KillBills s’intercale entre les logiciels des commerçants et ceux des banques. Elle vise à dématérialiser les tickets vers l’espace bancaire des acheteurs. Ce qui suppose des paiements tracés par leurs banques et l’installation de l’application à la fois chez les commerçants et les banques. « Pour éviter l’éparpillement des e-tickets générés par divers prestataires, leur dématérialisation finira certainement par converger dans les wallets des applis bancaires », pense Hervé Hugon de Clean Bill.

FAIRE PASSER LE MESSAGE AUX CLIENTS

L’entrée en vigueur de la disposition de la loi antigaspillage visant à réduire l’impression des tickets de caisse, initialement prévue le 1er janvier 2023, a été repoussée au 1er avril 2023, pour laisser du temps à la pédagogie. Afin d’éviter que la situation ne s’envenime face à des clients mécontents, voici quelques règles, de bienséance et légales, à respecter et à leur rappeler.

1. Informer le consommateur par une affiche, près des caisses, que l’impression et la remise des tickets de caisse et de carte bancaire ne sont réalisées qu’à sa demande (art. D541-372 du code de l’environnement).

2. Imprimer le ticket uniquement si le client vous le demande, même si l’e-ticket a été envoyé.

3. En cas de mécontentement, rappeler au client que la suppression de l’impression systématique est une obligation légale (loi antigaspillage pour une économie circulaire ou Agec n° 2020-105, du 10 février 2020).

4. La dématérialisation réduit la consommation de papier et évite tout contact avec les substances potentiellement toxiques sur le ticket papier.

5. Une trace numérique se perd moins facilement et se conserve en bon état plus longtemps qu’un papier.

6. Conformément au règlement général sur la protection des données (RGPD), les données des clients ne sont pas gardées par les commerçants, sans leur consentement explicite.

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