Merci docteur ! - Pharmacien Manager n° 221 du 01/05/2022 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Pharmacien Manager n° 221 du 01/05/2022
 

ENQUÊTE

Auteur(s) : Yves Rivoal

« Merci docteur ! », cette formule que les patients emploient de plus en plus dans les officines depuis la crise sanitaire illustre le changement d’image du métier de pharmacien aux yeux du grand public. L’enjeu maintenant étant de capitaliser sur cette confiance nouvelle afin d’ouvrir encore un peu plus le champ des possibles…

Merci docteur ! ». Cette phrase, Géraldine Pépion, pharmacienne Giphar à Carquefou (Loire-Atlantique), l’entend régulièrement dans la bouche de ses patients en sortant de sa salle de confidentialité, après une vaccination ou une remise de résultats de tests. « Au-delà de la marque de reconnaissance, qui est extraordinaire, cela montre que l’image de la profession a évolué, et que nous avons gagné la confiance des patients en pratiquant des actes nouveaux pour les pharmaciens », se félicite la titulaire. Ces “mercis docteur” illustrent aussi pour David Abenhaim, cotitulaire de la pharmacie Prado-Mermoz à Marseille (Bouches-du-Rhône), la nouvelle place prise par les pharmaciens dans les parcours de soins. « Au plus fort de la pandémie, les patients se sont retrouvés sans médecin et avec des hôpitaux concentrés sur le Covid-19, rappelle le président de Pharmabest. Ils se sont donc retournés vers la pharmacie pour la bobologie, les renouvellements d’ordonnance… Avec le dépistage et la vaccination anti-Covid-19, la profession a également joué un rôle central dans les grandes campagnes de santé publique. Avec des ressources qui ont permis de se faire dépister ou vacciner sans rendez-vous. Dans notre officine, nous avons même testé des familles et des classes entières ».

Nouvelles missions.

Pour capitaliser sur cette nouvelle image, les groupements incitent leurs adhérents à s’emparer des nouvelles missions inscrites dans la convention pharmaceutique 2022. « Afin de rendre du temps médical aux médecins, la profession devra investir dans les nouvelles vaccinations, le dépistage du cancer colorectal et des infections urinaires, les entretiens courts avec les femmes enceintes et la dispensation à l’unité », détaille David Abenhaim. Beaucoup de groupements affichent même l’ambition d’aller au-delà pour faciliter l’accès aux soins. « Pour devenir le premier relais de santé des villes, nos officines doivent se positionner comme l’interlocuteur de proximité disponible pour tous les soins ne nécessitant pas d’aller voir un médecin, annonce Pascal Fontaine, le directeur commercial de Pharmacie Lafayette. En fonction des symptômes, le pharmacien proposera au patient un traitement ou l’orientera vers son médecin. Pour ce faire, nous devrons équiper nos officines avec davantage d’appareils de mesure. L’exemple à suivre étant les officines du réseau installées à Tahiti qui réalisent jusqu’à 60 prises de constantes (tension, pouls, saturation…) par jour ».

Cap sur l’interprofessionnalité.

Hello Pharmacie entend de son côté miser sur l’interprofessionnalité. « Lors des animations santé que nous réalisons tous les mois sur des thématiques comme le diabète, nous remettons déjà systématiquement au patient un courrier pour son médecin traitant après un test positif, confie Marc Mougenot, le président du groupement. Pour aller plus loin dans le développement de l’exercice coordonné, nous avons aussi mis en place un dispositif d’accompagnement de nos adhérents ayant un projet de la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) ». Pour accompagner cette nouvelle vague de l’interprofessionnalité, le digital sera appelé en renfort. « L’enjeu étant d’inscrire nos outils numériques dans le cadre du plan Ma santé 2022 qui va ouvrir un formidable champ des possibles, estime Clémence Maillot, la directrice générale de Pharmactiv. Le fait que le patient puisse partager ses données avec les professionnels de santé qui le suivent, et que ces derniers puissent échanger entre eux via une messagerie sécurisée devrait favoriser le développement de l’exercice coordonné. Tous nos outils devront donc respecter les cahiers des charges techniques fournis par l’Agence du numérique en santé. Nous avons d’ailleurs déjà engagé des démarches pour que notre application soit référencée dans le catalogue de services de Mon Espace Santé », confie Clémence Maillot.

Des points de vente plus médicalisés.

Le nouveau concept d’enseigne déployé par Hello Pharmacie cherche aussi à renforcer visuellement l’image médicale des officines à travers l’agencement. « Pour que l’accès au comptoir soit le plus fluide possible, il intègre une allée centrale suffisamment large pour organiser des flux entrants et sortants sans que les gens se croisent, précise Marc Mougenot. Toutes les gondoles sont grises, sauf dans le libre accès et l’OTC, où elles sont blanches, afin de renforcer le côté médical. Les blouses roses de nos préparateurs et préparatrices ont par ailleurs été bannies. Désormais, tout le monde est en blanc ». Pharmabest va de son côté déployer des linéaires plus médicalisés. « Nous allons tester dans les mois qui viennent, dans nos zones de libre accès des espaces dédiés à l’oncologie, qui regrouperont toutes les réponses aux besoins rencontrés par ces patients en dermatologie ou compléments alimentaires, annonce David Abenhaim. Nous travaillons également sur la mise en place de rayons dédiés à des maladies dermatologiques comme l’eczéma ».

Les groupements à la manœuvre.

Dans ce nouvel écosystème, les groupements vont eux aussi devoir redéfinir leur rôle. « Dans les années qui viennent, le nerf de la guerre sera de permettre à nos pharmaciens d’exercer comme les professionnels de santé qu’ils ont envie d’être, et de leur faire gagner du temps, car toutes ces nouvelles missions se révèlent très chronophages. Dans un condiv où il est en plus très compliqué de recruter des pharmaciens et des préparateurs, pronostique Clémence Maillot. Notre groupement sera donc probablement amené à les décharger de toute ou partie des tâches administratives et de back-office ». Chez Hello Pharmacie, l’externalisation au groupement des fonctions supports fait aussi partie de l’agenda. « Nous prenons déjà en charge tout ce qui relève des achats et du merchandising, la mutualisation de fournisseurs (énergie, sécurité incendie/électrique, comptabilité, mutuelle/prévoyance…) et nous venons de créer un service de gestion du tiers payant », confie Marc Mougenot. Les groupements devront en outre investir dans la formation. Pharmactiv propose, par exemple, toutes les six à huit semaines des webinars interactifs sur des thématiques, comme la prise en charge des patients diabétiques, la lombalgie, l’accompagnement du patient en oncologie, l’urgence médicale à l’officine… Webinars qui rencontrent un certain succès. Enfin, les groupements entendent montrer le chemin à leurs adhérents. C’est le cas chez Pharmactiv qui a initié en novembre dernier un comité scientifique présidé par le médecin urgentiste Gérald Kierzek. « Ce comité réunit une douzaine de titulaires du réseau déjà très investis dans les services santé. Il a vocation à identifier les sujets phares sur les nouvelles missions du pharmacien qui alimenteront la feuille de route de notre groupement dans les années à venir », précise Clémence Maillot. Pour Géraldine Pépion, la profession va en effet devoir rester mobilisée pour préserver ce nouvel acquis. « Maintenant que nous avons réussi à gagner la confiance de la population, à nous de la faire perdurer. Mais pour cela, il ne faut pas baisser la garde. À l’heure où les équipes sont fatiguées et pourraient avoir tendance à se démobiliser, il va falloir relancer la machine, car c’est maintenant que tout commence… », conclut la titulaire.

infos clés

1 Pour capitaliser sur cette nouvelle image associée à leur métier, les pharmaciens vont devoir s’emparer des nouvelles missions inscrites dans la convention pharmaceutique 2022 et s’aventurer même au-delà afin d’explorer de nouveaux horizons.

2 Avec le plan Ma Santé 2002, l’interprofessionnalité et l’exercice coordonné devraient ouvrir un formidable champ des possibles pour les officines.

3 Afin de surfer sur cette nouvelle perception du pharmacien acteur de santé, les groupements incitent leurs adhérents à aménager toujours plus d’espaces de confidentialité, à renforcer visuellement l’image médicale des officines à travers l’agencement, et à investir dans des linéaires plus médicalisés.

En plus

Le digital en première ligne

Chez Hello Pharmacie, on est persuadé que les officines devront demain se doter d’outils digitaux plus performants. « Ce credo nous a incités à déployer dans nos 73 pharmacies la plateforme Bimedoc, note Marc Mougenot, le président du groupement. Celle-ci abrite un module de prise de rendez-vous pour le dépistage, la vaccination et les entretiens, mais aussi des aides pour conduire les bilans partagés de médication et les entretiens pharmaceutiques ». Giropharm a aussi mis les petits plats dans les grands pour faciliter la prise de rendez-vous. « Pendant la pandémie, nous avons développé en interne notre propre module que nous mettons gratuitement à disposition de tous nos adhérents, dévoile Gilles Unglik. Mais, ceux qui le souhaitent peuvent aussi s’abonner à des tarifs préférentiels à Doctolib, pour bénéficier de la notoriété de cette plateforme et attirer une nouvelle clientèle, ou à celle d’Ordoclic qui a la particularité de faciliter l’enregistrement et la transmission des résultats des tests antigéniques sur le portail Si-Dep ».

Télémédecine

Chez Pharmabest, l’interprofessionnalité passera par le déploiement de toujours plus de cabines de téléconsultation. « Aujourd’hui, la moitié de nos 110 pharmacies propose déjà ce service, confie David Abenhaim, le président du groupement. A l’avenir, le manque de médecins rendra ce service incontournable dans toutes nos officines ».

Externalisation

Chez Giropharm, la délégation aux achats n’est plus un tabou. « Certains adhérents nous ont demandé de plancher sur les approvisionnements, car ils aimeraient être déchargés des tâches administratives pour se concentrer sur leurs patients », confirme Gilles Unglik, le directeur général opérationnel. Le groupement vient également de lancer un outil digital avec Digipharmacie qui numérise les factures, et un service de gestion des litiges avec Faks, relié au centre de service clients/adhérents.

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