« Si la profession ne veut pas que les GAFAM viennent faire leur marché sur son dos, elle doit absolument élaborer un plan d’actions » - Pharmacien Manager n° 208 du 01/04/2021 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Pharmacien Manager n° 208 du 01/04/2021
 
GILLES BRAUD

RETAIL

ECHANGES

Auteur(s) : Yves Rivoal

Expert en santé connectée, Gilles Braud est persuadé que le numérique s’apprête à impacter durablement l’exercice officinal. Il invite les pharmaciens à ne pas rater le coche de la digitalisation…

PM Quels seront les impacts du numérique sur le parcours de soins et la prise en charge des patients ?

GB Les services socles au sein de l’Espace numérique de santé, mis en place dans le cadre du plan Ma Santé 2022 (identifiant numérique, e-prescription, messagerie sécurisée…), faciliteront l’accès aux soins, amélioreront la prise en charge des patients et permettront d’instaurer des parcours de soins où médecine de ville et hôpital travailleront main dans la main au service du patient. La plupart de ces évolutions, que beaucoup de professionnels de santé considèrent encore comme virtuelles, sont déjà engagées ou seront mises en œuvre dès le second semestre 2021, c’est-à-dire demain. Il y a donc une forme d’urgence à s’emparer de ces sujets.

PM Quel est, selon vous, le degré de maturité de la transformation digitale engagée dans les officines ?

GB Les groupements, les répartiteurs et les éditeurs de LGO ont initié nombre de projets fort prometteurs autour de la digitalisation du front et du back-office, afin de renforcer l’expérience patients. L’OCP a, par exemple, fait appel à Dekra Medappcare, pour mettre en place sur sa plateforme “Link” un store d’applications mobiles, préalablement évaluées, donc fiables et sûres, afin que les équipes officinales puissent les recommander en toute sécurité à leurs patients. Mais, j’observe que les pharmaciens ont beaucoup de mal à s’approprier ces nouveaux outils.

PM Pourquoi ?

GB Il me semble que les titulaires n’ont pas pris la mesure des enjeux. L’un d’eux me disait récemment ne plus savoir quoi faire face à des patients de plus en plus nombreux, qui dégainent leur smartphone pour consulter en un clic les bénéfices de tel médicament ou produit de parapharmacie. Il ne faudrait pas qu’une rupture technologique s’installe entre des patients/clients de plus en plus connectés et des pharmaciens en retrait sur le digital. Elle pourrait conduire à une rupture de confiance, ce qui pourrait avoir des conséquences fâcheuses au moment où les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ne masquent plus leurs ambitions sur le marché de la santé et du médicament.

PM Faut-il craindre une ubérisation des officines ?

GB Tout à fait, car si un jour le monopole devait tomber, Amazon serait un concurrent redoutable sur la distribution de médicaments. Sur Amazon Pharmacy, lancé en novembre dernier aux Etats-Unis, les patients peuvent se procurer des médicaments prescrits et gérer leurs ordonnances. Ordonnances que les médecins peuvent transmettre directement à… Amazon. Les clients d’Amazon Prime ont même la possibilité de se faire livrer gratuitement en 48h, et de bénéficier de réductions allant jusqu’à 80 % sur les génériques et 40 % sur les princeps ! Le jour du lancement d’Amazon Pharmacy, la plupart des valeurs des grandes chaînes de distribution pharmaceutique américaines ont chuté lourdement, les investisseurs anticipant la fin d’un modèle.

PM Comment accélérer la transformation digitale de la pharmacie ?

GB A mon sens, il faut initier un plan Marshall, qui implique l’ensemble des acteurs de la profession et de l’écosystème de la santé connectée, afin de s’accorder sur une vision globale du métier et de ses pratiques professionnelles, puis sur une stratégie digitale au service de cette vision et de ces pratiques. La profession devrait aussi encourager l’innovation, en créant, pourquoi pas, un incubateur afin d’accompagner les pharmaciens qui imaginent les services de la pharmacie de demain.

PM Comment embarquer les équipes officinales dans ce changement de paradigme ?

GB En commençant par nommer un “référent digital” dans toutes les pharmacies de France. Dans chaque équipe, il y a un collaborateur appétent aux nouvelles technologies, susceptible de piloter le déploiement de la stratégie digitale. La formation initiale et continue en e-santé constitue aussi un vrai sujet. En partenariat avec Dekra Medappcare, le professeur Le Gal Fontès a lancé un DU consacré à la santé connectée à la Faculté de Pharmacie de Montpellier (Hérault). La première promotion en 2020 a remporté un vif succès.

PM Cette stratégie sera-t-elle suffisante pour barrer la route aux géants du numérique ?

GB Je suis très optimiste sur le devenir de la profession, car les pharmaciens ne sont pas technoréfractaires et ont toujours su s’adapter. Et puis, l’Intelligence artificielle ne remplacera jamais l’écoute, la proximité, l’accessibilité et la confiance associées au réseau officinal. Mais, si la profession ne veut pas que les GAFAM viennent faire leur marché sur son dos, elle doit absolument élaborer un plan d’actions, et ensuite, trouver les bons partenaires pour le déployer.

BIO EXPRESS

→ 1988

Diplômé de la faculté de Pharmacie de l’Université Bordeaux II, filière industrie.

→ 2005

Directeur éditorial du Pôle santé de Wolters Kluwer France (WKF).

→ 2010

Directeur général du magazine BIEN-ÊTRE & santé.

→ 2014

Directeur associé de Medappcare.

→ 2020

Responsable du Département Mieux-vivre connecté de Dekra Certification.

DOCTEUR EN PHARMACIE, RESPONSABLE DU DÉPARTEMENT MIEUX-VIVRE CONNECTÉ DE DEKRA MEDAPPCARE

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