Succursalisme : un modèle qui divise - Pharmacien Manager n° 184 du 01/02/2019 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Pharmacien Manager n° 184 du 01/02/2019
 

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Auteur(s) : François Pouzaud

Pour ou contre le modèle succursaliste en officine ? pour les experts comptables du groupement CGP, seule une évolution législative autorisant les établissements secondaires en pharmacie permettrait un maintien optimal du maillage territorial et faciliterait la mutualisation des services aux patients, particulièrement, dans les déserts médicaux. Mais, les avis dans la profession sont partagés.

L’ordonnance dite « Réseau » relative à l’adaptation des conditions de création, transfert, regroupement et cession des officines publiée au Journal officiel du 4 janvier 2018 a écarté la possibilité de créer des succursales en pharmacie. C’est la seconde fois que ce projet de restructuration du réseau est recalé par les pouvoirs publics. En 2009, ce projet porté alors par le Collectif national des groupements de pharmaciens d’officine (CNGPO) avait été soumis aux parlementaires, mais l’essai n’a jamais été transformé. Même si le problème des fermetures d’officines ne se posait pas avec la même acuité qu’aujourd’hui, ce projet envisageait déjà de faire évoluer le réseau officinal sans pour autant déstructurer le système de licence et la répartition géographique. « J’y ai cru dur comme fer », se souvient Pascal Louis, président du CNGPO. Le concept défendu par ce collectif consistait à créer plusieurs points de vente avec un seul propriétaire, les adjoints étant alors chargés de diriger les officines succursales. En outre, cela leur aurait permis d’être intéressés aux résultats de l’officine qu’ils dirigent et de prendre des parts dans le capital. « Cette proposition d’adaptation capitalistique avait été établie pour garder la pertinence du maillage », explique-t-il. De plus, dans une période où les fonds de pharmacie n’étaient pas encore dépréciés comme aujourd’hui et où les pharmaciens croyaient encore à la valeur des fonds des petites officines, ce projet aurait permis à ceux qui souhaitaient quitter la profession de réaliser leur capital dans de bonnes conditions. » Mais, cela ne s’est pas fait et la profession s’est structurée autrement, notamment en faisant entrer les obligations et les fonds d’investissement. Aujourd’hui, Pascal Louis se félicite que les observateurs économiques, que sont les experts comptables, défendent cette solution.

SUCCURSALES : oui, mais…

Président du conseil central A de l’Ordre des pharmaciens, Alain Delgutte s’est déclaré favorable aux succursales lors de la préparation de l’ordonnance réseau. Il l’est toujours aujourd’hui, estimant que les succursales pourraient avoir toute leur place dans les territoires « fragiles », où la desserte pharmaceutique est insuffisante et pour lesquels les modalités d’installation sont assouplies. « Elles pourraient être rattachées soit à une pharmacie elle-même située dans le territoire fragile, soit juste en dehors », suggère-t-il. Gilles Bonnefond, président de l’USPO, estime que la présence d’un établissement dit secondaire, se justifie dans une seule indication : la fermeture d’une officine créant un désert pharmaceutique. En revanche, le modèle succursaliste ne doit pas, selon l’Ordre, être un levier de cette transition vers des structures importantes. « Il ne faut pas laisser de côté les officines les plus modestes qui ont un rôle tout aussi important à jouer en termes de proximité, d’accès aux soins et de services », estime Alain Delgutte.

QUELS MODÈLES pour convaincre ?

Depuis deux ans, le groupement CGP appelle à une évolution des schémas juridiques et financiers de l’officine plus adaptée aux mutations en cours. Malgré une écoute bienveillante des instances ordinales et syndicales, le discours ne semble pas les avoir totalement convaincues du bien-fondé des deux propositions portées par ce réseau d’experts comptables indépendants. A savoir : permettre à plusieurs associés d’une même SPFPL de détenir plusieurs officines exploitées en SEL dans les limites fixées par les divs en vigueur et permettre à une SEL de détenir 2 ou 3 fonds sur un périmètre restreint défini par l’ARS. « Ces deux propositions permettraient d’avoir un effet de levier financier important et des économies de gestion par mutualisation des charges d’exploitation, expose Joël Lecoeur, président du groupement CGP. Elles favoriseraient les regroupements en procédant par étape de manière à éviter les fermetures sèches immédiates, de même que l’intégration en douceur des jeunes au capital. » CGP estime aussi que ce modèle succursaliste permettrait aussi de fluidifier le marché des cessions, de sécuriser les anciens et de maintenir un maillage territorial de proximité, en évitant la fermeture d’officines en zone rurale qui contribuent grandement à leur dynamisme et à l’égalité dans l’accès au médicament.

PETIT, mais costaud !

Pour les experts comptables du groupement CGP, les divs sur les modèles d’exploitation des pharmacies ne bougent pas assez vite, par rapport à l’évolution de l’économie et du métier. « Les disparités continuent à se creuser entre les petites et les grandes pharmacies », constate Joël Lecoeur. Selon lui, les plus petites structures auront de plus en plus de difficultés à se maintenir et à être présentes sur les trois pôles de la pharmacie : professionnel de santé, commerçant et prestataire de services. Trois métiers compliqués à combiner ensemble, nécessitant des investissements en moyens humains et matériels qui ne manqueront pas de peser sur les bilans des petites officines. « L’effet de taille sera déterminant pour entrer dans cette logique des nouvelles missions et services, explique-t-il. Les services sont des éléments très chronophages et renvoient à des problèmes de temps, d’espace et de taille. C’est pourquoi, il est impératif de faire évoluer les structures vers des entités plus importantes et d’y faire participer un maximum de jeunes diplômés. »« Non ! Une pharmacie n’a pas besoin d’être grosse pour intégrer de nouvelles missions. Les petites pharmacies en réaliseront également, moins faute de clients », rétorque Albin Dumas, président de l’Association de Pharmacie Rurale (APR).

MENACE sur le capital.

Les deux modèles défendus par le groupement CGP permettront-ils de construire la pharmacie de demain et de survivre à l’avènement de l’ère des services ? Albin Dumas s’inscrit en faux, contre cette assertion des experts comptables. « C’est la meilleure façon pour saper la loi de répartition, la propriété de l’officine et l’exercice personnel de la pharmacie », s’élève-t-il. Le scénario est écrit à l’avance et selon lui, se retournera contre le pharmacien à son insu. « Le modèle succursaliste va accélérer la concentration naturelle du réseau et déshumaniser la pharmacie ». En effet, que se passera-t-il ? Pour éviter sa fermeture, une petite officine est rachetée par une pharmacie voisine et devient une succursale. Pour optimiser la rentabilité de ce modèle, elle fermera quelques années plus tard. « À la deuxième génération d’acquéreurs de la pharmacie détenant des succursales, ce seront des sociétés qui rachèteront et non des pharmaciens en nom propre parce que ces mégastructures ne seront plus financièrement à leur portée. Les pharmaciens cédants, qui chercheront à revendre au plus argenté, pousseront alors à la décomposition du système et à sa financiarisation, via l’ouverture du capital ».

193

C’EST LE NOMBRE DE FERMETURES répertoriées par l’Ordre des pharmaciens en 2017, contre 188 en 2016. Soit, environ, quatre fermetures par semaine. Un rythme stable.
Réglementation

Dans le respect de la loi

Les propositions du groupement CGP s’inscrivent dans le cadre des règles en vigueur, à savoir :

• Un pharmacien attaché à une officine.

• Un pharmacien = quatre participations directes ou indirectes.

• Une SPFPL = trois participations dans des SEL

57%

C’EST LA PART DE FERMETURES « ACTIVES » de pharmacies, en 2017. Ce mode de fermeture recouvre les regroupements (fusions d’officines) et les cessions de clientèle pour lesquelles les vendeurs obtiennent une compensation financière. Et pour la première fois, ces fermetures actives ont été majoritaires, par rapport aux fermetures contraintes.

L’ESSENTIEL

→ Les deux propositions du groupement CGP visent à optimiser les charges d’exploitation des entreprises, à favoriser les regroupements, l’intégration des jeunes et à sauvegarder le maillage territorial.

→ Aujourd’hui, la pharmacie est confrontée à une taille critique.

→ Nous n’apporterons pas de réponses aux problèmes actuels, avec les solutions d’hier.

→ Il y a un risque de financiarisation de l’officine et d’ouverture du capital avec les succursales.

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