Passer à la PDA automatisée… ou pas - Pharmacien Manager n° 166 du 28/03/2017 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Pharmacien Manager n° 166 du 28/03/2017
 

PRATIQUES GESTION

Auteur(s) : FRANÇOIS POUZAUD

Vous livrez des médicaments en EHPAD ou en foyer ? Pour un parc limité en nombre de lits, la PDA manuelle s’impose d’elle même. Mais le passage à un système automatisé reste une question que le titulaire se pose pour assurer un service de qualité. Éléments de réponse.

En l’absence de cadre réglementaire – le décret sur la PDA et les arrêtés ne sont toujours pas publiés – le marché de la PDA n’a pas encore réellement pris son envol. Et pour des raisons évidentes de coût, le système manuel reste de loin le plus utilisé. Pour autant, l’automate s’impose comme la formule la plus sûre et la plus productive, mais cela suppose de pouvoir y affecter les moyens humains et matériels nécessaires, de mettre en place une organisation du travail rigoureuse. Selon Jean-Bernard Jombart, directeur commercial de Mdose, la PDA manuelle serait suffisante jusqu’à 300/350 patients et le seuil de rentabilité est vite atteint avec un système semi-automatique (manuelle avec l’assistance d’un logiciel). « Le pharmacien investit 2 500 € pour l’achat d’un plateau de remplissage et d’une imprimante pour les étiquettes, et nous offrons le logiciel de PDA. Un pilulier étant facturé 5 € par semaine et par patient, il ne faut que quelques mois pour amortir son investissement avec un parc de 15 à 20 lits. »

LIMITER les risques

Valérie Ducharne, titulaire à Lyon, qui réalise de la PDA manuelle sous pilulier Dolci’Homme de Praticdose pour 70 patients en service de soins infirmiers à domicile (SSIAD), a investi environ 6 000 €. Sans compter 3 000 € pour l’installation d’un poste informatique supplémentaire et des meubles pour le rangement des médicaments et piluliers des patients. àraison de 7 à 10 piluliers hebdomadaires, il faut donc 7 heures au total de travail, les préparations étant réalisées aux périodes creuses par l’ensemble de l’équipe. Le consommable est acheté 1,50 € et revendu 3 à 4 €. La marge retirée est donc très modeste et le gain tient essentiellement au chiffre d’affaires généré par les ordonnances émanant de nouveaux patients sous PDA. « 70 % d’entre eux ne font pas partie de ma clientèle habituelle. » Les infirmières du SSIAD sont ses meilleures ambassadrices…

Fabien Brault-Scaillet, installé à Montargis, livre, quant à lui, 110 résidents d’Ehpad en carte blistérisée avec le pilulier Medissimo. « La PDA en Ehpad est un marché dont le chiffre d’affaires est très volatil, tous les pharmaciens se livrent à une course à l’échalote mais il peut être très vite perdu. » Dans ces conditions, investir dans un automate pour gagner ou conserver 100 ordonnances par mois, alors que son flux de clientèle à la pharmacie lui en assure 550 par jour, est un risque financier qu’il se refuse de prendre. Christophe Vivet, exploitant de la Pharmacie des Chardonnettes à Orange, reste fidèle à la PDA manuelle pour la même raison, alors que son niveau d’activité justifierait de basculer en PDA automatisé (quatre Ehpad totalisant 320 lits, 300 000 € de CA).

FAIRE ses comptes

« La rentabilité réelle d’une PDA automatisée est difficile à appréhender », reconnaît Tristan Zerbib, gérant du groupe Objectif-PDA. En effet, beaucoup de variables entrent en ligne de compte. Dans les calculs de rentabilité, il faut notamment intégrer le coût de la masse salariale (coût horaire d’un préparateur : 16 € brut + charges) qui va venir se greffer au loyer de la machine ou à la mensualité de remboursement en cas d’achat. à cela, il faut ajouter les frais de consommables (2,30 €/mois/résident en moyenne), la maintenance, le coût des livraisons à l’Ehpad. Soit une rentabilité nette, estimée par les pharmaciens concernés, à 4-5 %. D’autres ratios paraissent plus tangibles : pour une bonne maîtrise de ses coûts d’exploitation, il ne faut pas dépasser une demi-journée en temps de production pour 80 lits représentant un CA annuel de 100 000 €. La préparation manuelle, elle, demande huit minutes en moyenne par pilulier, soit sept à huit patients à l’heure (donc 80 patients en 10 heures).

PARIER sur l’avenir

Érick Le Coz, titulaire de la Pharmacie du Marché à Rosporden (Finistère), avec « seulement » 250 patients (répartis en Ehpad et foyers pour handicapés lourds), a fait le choix du confort et de la productivité en achetant à crédit sur cinq ans un automate DAMSI de 400 cassettes pour 110 000 €. Il rembourse 1 700 € par mois. « Localement, plusieurs foyers nous avaient quittés parce qu’ils souhaitaient une PDA automatisée en sachet-dose, il a donc fallu mettre le prix pour pouvoir les récupérer », précise-t-il. En ne tournant que 2,5 jours par semaine, les capacités de sa machine sont insuffisamment exploitées. Et, à ce train de sénateur, le point mort n’est pas encore atteint même si le CA annuel de la PDA se monte à 220 000 €. « Avec la PDA automatisée, je mise plus sur l’avenir que sur un calcul à court terme », livre-t-il. Il est vrai que ce marché n’en est encore qu’à ses prémices.

Le b.a.-ba sur l’encadrement de la PDA

Le décret relatif à la PDA et les deux arrêtés qui lui sont liés ne sont toujours pas parus, mais cela n’empêche pas les pharmaciens de se lancer dans cette activité.

Cependant, en l’absence de div officiel, ce service ne peut être facturé au patient, seul le consommable peut l’être avec un tarif (de l’ordre de 3 à 5 € à la semaine) qui permet au pharmacien de retirer une marge à la vente (de l’ordre de 1 €).

Si, pour l’heure, la PDA n’est pas encadrée par des bonnes pratiques officielles, elle est toutefois prévue par le Code de la santé publique (art.R. 4235-48). L’Ordre des pharmaciens interdit aux pharmaciens de démarcher les Ehpad. Ils ne peuvent que répondre à des appels d’offres ou être sollicités directement par un établissement.

De préférence, les établissements ne devront pas être situés trop loin de l’officine (maximum 1 h en temps de trajet) de façon à pouvoir garantir une qualité de service et maîtriser les coûts de livraison.

Il est essentiel de préciser, dans la convention liant l’établissement à la pharmacie, les engagements de chaque partie, les règles du jeu, par exemple, en cas de changement du plan de soins, d’arrêt d’un médicament ou de nouveau traitement, etc. Cette convention doit être adressée à l’Ordre qui contrôlera l’absence de clause contraire à la déontologie.

Il faut pouvoir tracer l’ensemble des communications entre les parties, refuser toute demande non écrite pour ne pas voir sa responsabilité engagée en cas de problème.

POUR ALLER + LOIN

→ Lire le cahier Entreprise Le Moniteur des pharmacies N° 3158 du 7 janvier 2017. Et se procurer le livre blanc de l’UNPF pour une PDA maîtrisée et sécurisée en Ehpad.

Dilemme

Confort ou rentabilité ?

Selon une étude comparative menée par Objectif-PDA, la différence de productivité est peu marquée entre PDA manuelle et automatisée pour 80 patients, elle commence à l’être pour 150 patients. Le coût salarial de préparation par an et par patient est plus faible avec une PDA automatisée (9 657 € contre 23 859 € pour la PDA manuelle). Il y a un surcoût à utiliser une PDA manuelle par rapport à un automate, mais sur de faibles volumes de patients, la rentabilité du système automatisé ne permet pas de compenser son remboursement. « La PDA automatisée apporte un confort entre 250 et 450 patients mais c’est seulement au-delà qu’elle devient profitable », estime Tristan Zerbib, gérant d’Objectif-PDA

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