Motiver par le sport - Pharmacien Manager n° 154 du 25/02/2016 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Pharmacien Manager n° 154 du 25/02/2016
 

PRATIQUES MANAGEMENT

Auteur(s) : Fabienne Colin

Et si vous emmeniez votre équipe faire du jogging ? Non, ce n’est pas une boutade. La pratique d’un sport entre collègues peut avoir bien des vertus pour la santé de l’entreprise. Exemples.

Top chrono… Le jeudi, à l’heure de la pause déjeuner, Frank Schlosser, titulaire à Mulhouse, et son adjointe Géraldine Hécky troquent leur blouse contre un short et des chaussures de sport. Et c’est parti pour 10 km de course à pied. Dans cette officine détenue par un passionné d’ultra-trail et d’alpinisme, ce bol d’air est devenu un rituel. Ici les choses se sont faites naturellement. « C’est en discutant de sport que nous avons commencé à aller courir ensemble », explique la jeune adjointe. Comme à la Pharmacie Schlosser, de nombreuses entreprises ont pris l’habitude de proposer des séances de sport à leurs employés. Pour maintenir leur santé mais aussi celle de la société. Toutefois, cette démarche doit être mûrement réfléchie.

ASSURER la cohésion

Mobiliser ses salariés autour d’un projet s’apprend. Cela nécessite que tous sachent se parler, se respectent, aillent dans le même sens… Exactement comme au sein d’une équipe de sport. Du coup, des patrons mouillent la chemise pour motiver les troupes à travers un entraînement régulier, un match ponctuel, une journée découverte d’une pratique comme le squash ou le rugby. Dans le Grand Ouest, le fabricant et poseur de menuiseries extérieures Atlantique Ouvertures est devenu partenaire du triathlon Audencia-La Baule depuis six ans. « Je voulais fédérer les salariés autour d’un événement sportif qui rassemble un maximum », explique Vincent Lebreton, président de cette société de 200 salariés éparpillés entre les bureaux, l’atelier et les chantiers. Depuis, chaque année, l’entreprise présente plusieurs équipes au tri-relais, une formule qui permet à des groupes de trois employés volontaires de réaliser une épreuve de nage, de course ou de vélo. « Ce jour-là tous les niveaux hiérarchiques sont représentés, les cadres, les poseurs, etc. Cela a un effet très important sur la cohésion d’équipe », dit ce patron qui n’hésite pas à se jeter à l’eau aussi.

« Faire transpirer les gens sous un même maillot c’est focaliser les énergies dans le même sens, estime le sociologue Yan Dalla Pria, maître de conférences à l’UFR Staps Paris Ouest Nanterre La Défense, qui mène des recherches sur le sport en entreprise. La cohésion impactera le bien-être au travail, mais aussi la productivité. Quand l’information circule bien au sein d’une équipe, que les gens se parlent, ont appris à se connaître, alors ils ont envie de travailler ensemble. Avec ce genre d’expérience commune, on parvient à transférer dans l’activité de l’entreprise des dynamiques qui ont vu le jour dans la salle de sport ou sur la pelouse. »

VISER le dépassement de soi

Au-delà de souder les équipes et bien sûr de contribuer à la bonne santé des salariés, le sport pratiqué ensemble peut permettre de gagner en confiance en soi, grâce aux performances sur le terrain. Chez Atlantique Ouvertures, le nombre de participants au triathlon n’a fait qu’augmenter en six ans. La première année, six équipes ont été constituées. En 2015, elles étaient 15. Et si au début l’entreprise arrivait plutôt en queue de peloton, elle arrive désormais dans en première moitié de classement. « Ils se sont entraînés et ils ont progressé », remarque le patron avec fierté. Et le sociologue d’analyser le processus : « Comme le dit l’ex-champion de 440 m haies Stéphane Diagana, le salarié est l’athlète des temps modernes. L’athlète n’est pas revendicatif. Il pense uniquement à se dépasser. De la même manière, quand on incite les salariés à la pratique sportive, on leur fait passer le message qu’ils doivent devenir responsables de leur vie, atteindre des niveaux de performance inespérés… Et que s’ils respectent les consignes du management, ils vont progresser eux aussi. »

NE RIEN exiger

Toutefois le sport n’est pas une solution magique. Et mieux vaut l’inscrire dans une stratégie d’entreprise. « Que tout le monde n’adhère pas n’est grave », rassure Yan Dalla Pria. Fervent adepte de marathon, Hubert Meunier, titulaire à Altkirch (Haut-Rhin), n’a pas réussi à embarquer son équipe et ce pharmacien plutôt réservé ne lui en tient pas du tout rigueur. Son confrère Frank Schlosser, lui, a amorcé le mouvement avec Géraldine seulement. Le sport est loin d’être universel.

Le proposer dans le cadre de l’entreprise doit être le résultat d’une réflexion. « Le sport constitue une sorte de gros tuyau dans lequel on peut faire passer des messages de façon ludique tout en levant la vigilance critique. Toutefois, tout le monde n’aime pas le sport. Certains n’ont pas envie de pratiquer entre midi et deux, ont des problèmes de poids ou de santé, préfèrent trouver un club tout seul, ou encore ne souhaitent pas se retrouver en short devant leurs collègues ni prendre une douche avec eux. Du coup, certaines entreprises choisissent de financer un abonnement sportif, par exemple à hdiv de 100 € par an », relate Yan Dalla Pria. Il faut également être attentif au fait de ne pas forcer un salarié à pratiquer. « On risque alors d’en motiver 20 % et d’en démotiver voire marginaliser 40 %. C’est contre-productif. Il est important de contrebalancer en proposant une activité différente, souvent culturelle comme le théâtre, ou la cuisine », estime le sociologue.

Témoignages

Frank Schlosser

titulairede la Pharmacie Schlosser à Mulhouse

Géraldine Hécky

adjointe à la Pharmacie Schlosser à Mulhouse

9e C’EST LA PLACE QUE LA SOCIÉTÉ PEPSICO

(Pepsi, Tropicana…) a décroché au palmarès 2015 Great Place to work, après avoir mis en place un dispositif Sport et santé en entreprise.

COHÉRENCE

Difficile de mettre en place un sport d’équipe au sein de l’officine si par ailleurs la rémunération se fait au mérite.

POUR ALLER + LOIN

→ « Le travail passionné. L’engagement artistique, sportif ou politique », sous la direction de Marc Loriol et Nathalie Leroux. Dans cet ouvrage, un chapitre entier est consacré à l’exemple de Décathlon qui mobilise ses cadres par la pratique sportive.

Hôtel Radisson Blu

Entraîner le personnel… et les clients

A l’hôtel Radisson Blu de Nantes, un groupe de salariés a participé à la dernière édition des Foulées de tram, course de 14,5 km à travers la ville. A l’origine, certains membres du staff voulaient s’y rendre à titre individuel mais ils s’y sont pris trop tard pour s’inscrire. La directrice commerciale, Cécile Bonnet-Moser, également coordinatrice RSE (responsabilité sociétale des entreprises), a pris l’initiative d’organiser l’inscription au nom de l’entreprise et de gérer la logistique d’avant course (récupérer les dossards, les documents nécessaires…). Plus de 10 des 50 salariés, dont elle, figuraient sur la ligne d’arrivée. « Au final ce n’est que positif. J’ai réussi à mettre un prénom sur des têtes que je croisais depuis deux ans ! », explique celle qui en a profité pour inviter ses clients nantais. A eux seuls ils ont doublé la taille de l’équipe Radisson Blu. Objectif : coupler la motivation du personnel et la relation client.

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