Cancers : le dépistage gagne du terrain avec les pharmaciens - Le Moniteur des Pharmacies n° 3505 du 16/03/2024 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
LE MONITEUR DES PHARMACIES n° 3505 du 16/03/2024
 
SANTÉ PUBLIQUE

EXPERTISE

AUTOUR DU MEDICAMENT

Auteur(s) : Par Violaine Badie

Le constat vaut pour toutes ces maladies : plus une tumeur maligne est diagnostiquée tôt et plus les chances de guérison sont importantes. Le point sur les dépistages organisés et les autres, individuels, dont peuvent bénéficier les patients.

 

L’objectif de la stratégie décennale de lutte contre les cancers : un million de dépistages supplémentaires à l’horizon 2025. Leur intérêt est double, celui de détecter une tumeur au stade le plus précoce possible mais aussi de repérer une lésion avant même qu’elle ne se transforme en cancer, comme une dysplasie du col de l’utérus ou un polype colorectal.

 

« Depuis le 1er janvier 2024, les invitations pour les dépistages organisés du cancer du sein, du col de l’utérus et colorectal sont coordonnées par l’Assurance maladie », indique Frédéric de Bels, responsable du département prévention à l’Institut national du cancer (INCa). Pour le cancer du sein, une mammographie et un examen clinique sont recommandés tous les deux ans aux femmes de 50 à 74 ans. Le dépistage du cancer du col de l’utérus consiste en un prélèvement cervico-utérin préconisé tous les trois ans entre 25 et 29 ans – examen cytologique –, après deux tests normaux réalisés à un an d’intervalle, puis tous les cinq ans entre 30 et 65 ans – test de dépistage du papillomavirus humain (HPV) en première intention puis examen cytologique si détection d’un virus. Enfin, le test immunologique de dépistage du cancer colorectal, à faire chez soi tous les deux ans, concerne les hommes et femmes de 50 à 74 ans. « Les taux de participation atteignent environ 47,7 % pour le cancer du sein, 58,8 % pour le col de l’utérus et 34,3 % pour le colorectal. Pour ce dernier, nous pouvons clairement faire mieux », reconnaît Frédéric de Bels.

Risque élevé à très élevé

 

Les trois programmes nationaux s’adressent aux personnes dont le risque de développer un cancer est dit « moyen », c’est-à-dire ne présentant ni symptôme ni antécédent personnel ou familial. Toutes les autres doivent être orientées vers un médecin pour établir une surveillance médicale personnalisée. « Pour les cancers du sein, certains antécédents de lésions mammaires conduisent à un “risque élevé”, un condiv familial qui laisse pressentir un caractère héréditaire du cancer à un “risque très élevé”. Pour le cancer colorectal, le risque est “élevé” en présence de polypes, d’adénomes ou d’antécédents familiaux de cancer et “très élevé” pour les antécédents familiaux de certaines maladies telles que la polypose adénomateuse familiale ou le syndrome de Lynch. » Un suivi avec coloscopie, à une fréquence adaptée aux différentes situations, doit alors être mis en place.

 

« Un dépistage des cancers de la peau, en particulier des mélanomes, est préconisé pour les personnes présentant des facteurs de risque spécifiques », reprend Frédéric de Bels. Il détaille : « Les peaux claires, les individus aux cheveux blonds ou roux, avec beaucoup de grains de beauté, de taches de rousseur, celles qui ont usé leur capital soleil étant enfant en bronzant énormément et avec beaucoup de coups de soleil, les grains de beauté irréguliers, les antécédents familiaux de mélanomes et les expositions fréquentes et prolongées, comme pour les travailleurs en extérieur. » Le suivi est simple, avec un rendez-vous de contrôle annuel chez un dermatologue. Sans oublier une autosurveillance régulière, selon la règle du « vilain petit canard » : « Tout grain de beauté qui diffère des autres, évoluant rapidement, doit amener à consulter. »

 

Parmi les autres cancers pouvant faire l’objet d’une surveillance rapprochée, ceux de la cavité buccale, de la gorge et du nez. « Pour les fumeurs et les consommateurs d’alcool, il est nécessaire de leur rappeler de consulter régulièrement leur dentiste ou leur médecin traitant. » La vigilance s’impose également en présence de symptômes qui persistent plus de trois semaines, tels que des maux de gorge, une dysphagie, une dysphonie, un aphte, une obstruction nasale unilatérale, une toux, un ganglion cervical.

 

De manière plus globale, l’INCa liste les signes d’alerte nécessitant une consultation médicale car pouvant être le signe d’un cancer : des douleurs inexpliquées, des problèmes respiratoires, digestifs ou urinaires persistants, des saignements (vaginaux, dans les selles, les urines, les crachats), des changements ou manifestations physiques (modification de l’aspect d’un sein, perte de poids, apparition d’une grosseur, sueurs nocturnes, etc.). Fort heureusement, ces symptômes non-spécifiques s’expliquent souvent par une origine bénigne mais le principe de précaution prévaut.

Jusqu’à 90 % de taux de guérison

 

Participer à un dépistage ou consulter pour rechercher un éventuel cancer peut-être source d’angoisse. « Il est important de rappeler qu’un cancer détecté tôt, sans même qu’il y ait de symptôme, présente vraiment de meilleures chances de guérison », insiste Frédéric de Bels. Selon le « Panorama 2023 des cancers en France », on guérit désormais 93 % des mélanomes, 88 % des cancers du sein, 63 % des cancers du côlon et du rectum et du col de l’utérus. « Les guérisons pour le cancer colorectal grimpent même à 90 % quand il est détecté très tôt, reprend Frédéric de Bels. Si nous arrivons à notre objectif de 65 % de participation pour le dépistage organisé de ce cancer précis, nous éviterons plus de 6 000 décès chaque année. »

 

Les progrès observés en cancérologie expliquent ces améliorations, à toutes les étapes du parcours de soins : examens moins invasifs, chirurgies moins traumatisantes, traitements moins lourds et plus ciblés... « Non seulement on guérit mieux les cancers, mais en plus, les séquelles et les effets secondaires ont beaucoup diminué », conclut Frédéric de Bels.

 

Sur les quelque 400 000 cancers diagnostiqués en France chaque année, près de 170 000 pourraient être évités. « Déjà par des moyens de prévention facilement accessibles tels que la vaccination contre les HPV ou contre l’hépatite B », souligne Emmanuel Ricard, porte-parole de la Ligue contre le cancer. « L’alimentation joue un rôle majeur. Des apports en fibres élevés réduisent significativement le risque de cancer colorectal. Pour cela, substituez les produits céréaliers blancs par leur équivalent complet. Viande rouge et charcuterie sont aussi à limiter : respectivement pas plus de 500 g et 150 g par semaine. »

 

Emmanuel Ricard insiste sur le danger des nitrites, « responsables de près de 4 000 cancers du côlon et du rectum chaque année ». « Au-delà des charcuteries, ils sont employés comme conservateurs dans les produits transformés sous les appellations E249, E250, E251 et E252. » Autre risque désormais bien identifié dans ces produits transformés : les émulsifiants. Une vaste étude publiée en février 2024 dans la revue PLOS Medecine*, fondée sur l’enquête NutriNet-Santé, suggère une association entre ingestion d’additifs alimentaires (E471, E407 et E407a) et risque accru de cancers du sein et de la prostate.

Trouver le sommeil

 

Le porte-parole de la Ligue énumère les autres facteurs sur lesquels il est possible de jouer pour prévenir la survenue de cancer : « un sommeil suffisant et de qualité, un contrôle du poids, un bon équilibrage du diabète, une activité physique suffisante, surveiller l’exposition solaire et bien protéger sa peau et ses yeux des ultraviolets, limiter l’exposition aux polluants atmosphériques en aérant quotidiennement le logement et en évitant les bougies parfumées, solvants, antimoustiques diffusés sur les prises… »

 

Enfin, on ne rappellera jamais assez l’importance du sevrage tabagique, avec un accompagnement adéquat, et la limitation des quantités d’alcool consommées : pas plus de 10 verres standards dans la semaine, pas plus de deux verres par jour et pas tous les jours.

 
 
 

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