Pourquoi retraiter le chiffre d’affaires ? - Le Moniteur des Pharmacies n° 3496 du 13/01/2024 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
LE MONITEUR DES PHARMACIES n° 3496 du 13/01/2024
 
VALORISATION

SERVICES

TRANSACTIONS

Auteur(s) :
Par Yves Rivoal

Avec la montée en puissance des médicaments chers dans le chiffre d’affaires (CA) des officines, la valorisation exprimée en pourcentage du CA a pris du plomb dans l’aile. Cet indicateur continuant cependant de faire référence auprès des vendeurs, les experts de la transaction ont dû faire évoluer ce mode de valorisation.

 

« En trois ans, la part des produits chers dans le chiffre d’affaires (CA) médicaments des officines est passée de 20 à 35 %, voire à 40 ou même 50 % dans des pharmacies qui réalisent 90 % de leur CA sur la TVA à 2,1 %, constate Gilles Andrieu, dirigeant du cabinet Espace et président de PSP. Une valorisation en pourcentage du CA ne veut donc plus rien dire car une officine de 2 millions d’euros de CA qui vend 25 % de produits chers margera à 32 %, la même, avec 40 %, margera, elle, à 26 %. » Pour que ce mode de valorisation continue d’avoir du sens, les cabinets de transaction et les experts-comptables ont adapté leurs pratiques. « Dans la majorité des dossiers que nous recevons, les médicaments coûtant plus de 1 930 € sont systématiquement retirés du CA. C’est la même chose pour la part des médicaments chers, à plus de 150 €, lorsque celle-ci est supérieure aux moyennes habituelles », observe Jérôme Capon, directeur du réseau Interfimo.

Retraiter le CA en fonction des produits

 

Sur la TVA à 0 %, les approches ont aussi évolué. « En 2020, 2021 et 2022, les ventes liées au Covid-19 avec leur marge à 80 % avaient fait exploser les CA des officines, rappelle François-Xavier Coussin, expert-comptable et commissaire aux comptes associé du cabinet Burette. Nous retirions donc ce CA et la marge reconstituée dans le calcul de l’excédent brut d’exploitation (EBE) car cela faussait la rentabilité. En 2023, le poids de la TVA à 0 % s’est sensiblement dégonflé. Et comme elle concerne désormais essentiellement des activités récurrentes comme la vaccination, nous ne les enlevons plus. » De son côté, Interfimo continue, lui, de retraiter l’activité « Covid-19 ». « Même si elle ne représente plus grand-chose, nous demandons systématiquement aux cabinets les états de marge dégressive lissée afin de retrouver la ventilation des taux de TVA et de pouvoir la retraiter si nécessaire », souligne Jérôme Capon.

 

Les sites internet marchands font, eux, l’objet d’un traitement à part. « Nous ne tenons pas compte de ce CA dans la détermination du prix de vente d’une officine, confie Jean-Luc Guérin, président de Pharmathèque. Il fait en général l’objet d’une négociation spécifique, en sachant que certains acheteurs n’en veulent pas. » Les ventes générées par les collectivités subissent le même sort. « Lorsque le marché n’est pas contractualisé, nous retirons généralement de la valorisation la totalité du CA et la marge correspondante dans l’EBE, souligne François-Xavier Coussin. Si la relation est contractuelle ou que la pharmacie est seule au village pour livrer l’établissement d’hébergement de personnes âgées dépendantes de la commune, nous les valorisons en moyenne entre 40 et 60 % du marché. »

Le critère de l’EBE pas encore standard

 

Si la valorisation en pourcentage du CA continue de faire autorité, quand ce dernier est correctement retraité, tous les experts s’accordent pour dire que l’EBE devrait prendre le relais. « L’approche en multiple de l’EBE retraité de la rémunération de l’exploitant et de ses cotisations sociales obligatoires et non obligatoires s’est d’ailleurs imposée comme l’un des deux indicateurs de valorisation dans les statistiques d’Interfimo, observe Jean-Luc Guérin. Cette méthode a le mérite d’être plus simple, puisqu’elle ne nécessite pas de neutraliser les produits chers, et d’être aussi plus juste car elle donne un aperçu fidèle de la rentabilité. » Le problème, c’est que beaucoup de pharmaciens restent attachés à la valorisation en pourcentage du CA. « Lorsque vous demandez à un vendeur combien vaut sa pharmacie, trois fois sur quatre, il vous répondra en pourcentage du CA. Il reste donc encore beaucoup de chemin à parcourir pour que l’EBE s’impose comme le critère standard », conclut Gilles Andrieu.  

 
 
 

Vous sentez-vous régulièrement en insécurité dans vos officines ?


Décryptage

NOS FORMATIONS

1Healthformation propose un catalogue de formations en e-learning sur une quinzaine de thématiques liées à la pratique officinale. Certains modules permettent de valider l'obligation de DPC.

Les médicaments à délivrance particulière

Pour délivrer en toute sécurité

Le Pack

Moniteur Expert

Vous avez des questions ?
Des experts vous répondent !