Comment se mettre à dos les autres professions médicales - Le Moniteur des Pharmacies n° 3454 du 25/02/2023 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des Pharmacies n° 3454 du 25/02/2023
 
PARTAGE DE COMPÉTENCES

TEMPS FORTS

FOCUS

Auteur(s) : Magali Clausener

Les médecins étaient dans la rue ce 14 février pour contester la proposition de loi Rist ouvrant l’accès direct à plusieurs professionnels de santé. Des « postures corporatistes » qui, pour le coup, mettent en colère les infirmiers.

Ils étaient 4 500 selon la préfecture, 10 000 selon les organisateurs. Les médecins ont manifesté le 14 février devant le Sénat, où était débattue le jour même la proposition de loi (PPL) de la députée Stéphanie Rist (Renaissance), à l’appel de 11 syndicats médicaux. Une union qualifiée d’historique par les syndicats puisque le mouvement a réuni les médecins libéraux et hospitaliers, les jeunes praticiens mais aussi l’Ordre des médecins.

Les raisons de leur colère ? Les mêmes depuis fin 2022 : la PPL Rist qui ouvre l’accès direct sans passer par la case « médecin » à certaines professions (les infirmiers en pratique avancée, ou IPA, les masseurs-kinésithérapeutes et les orthophonistes), le manque de revalorisation financière dans le cadre des négociations conventionnelles avec l’Assurance maladie (celle-ci a proposé une augmentation du tarif de la consultation de 1,50 € au grand dam des syndicats qui réclamaient une hausse d’au moins 5 €) et le manque de reconnaissance par le gouvernement.

Une fureur qu’a essayé de calmer Stéphanie Rist dans un communiqué diffusé le 13 février au soir. Elle a ainsi tenu « à apporter son soutien quant à la nécessaire revalorisation du tarif de la consultation des médecins et à la valorisation de leur engagement, y compris financièrement dans le cadre de la permanence des soins, de l’exercice coordonné et des soins de proximité ». Et d’expliquer que sa proposition de loi « maintient le médecin au cœur de la coordination du parcours de soins, tout en faisant davantage confiance aux compétences et à la complémentarité de l’ensemble des professionnels de santé ». Une PPL soutenue notamment par les infirmiers. Le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil) appelle ainsi « à la responsabilité des professionnels de santé, pour dépasser les corporatismes ».

Un corporatisme médical séculaire

Car les sénateurs ont largement modifié la PPL en l’adoptant en première lecture. Ainsi, l’accès sans prescription aux masseurs-kinésithérapeutes et aux orthophonistes ne pourra être possible que dans « les seules structures d’exercice coordonné les plus intégrées, partageant une patientèle commune : maisons de santé, centres de santé et équipes de soins primaires et spécialisés ». Quant à l’accès direct aux infirmiers, il reste cantonné aux IPA dans des structures d’exercice coordonné. Les sénateurs ont néanmoins étendu leur champ de compétences aux prescriptions de produits de santé et de prestations soumis à prescription médicale obligatoire. Ce qui suscite la grogne de la profession qui souhaitait de nouvelles compétences pour l’ensemble des infirmiers.

De fait, 50 organisations d’infirmiers, dont les syndicats, ont signé le 14 février un communiqué commun pour « dénoncer aujourd’hui une opposition systématique médicale à toute évolution des professions de santé non médicales ». Et d’ajouter : « Les arguments avancés par certaines organisations [de médecins, NdlR] sont d’un autre temps et à l’opposé des préoccupations et des besoins des usagers de santé ». Les organisations d’infirmiers n’hésitent d’ailleurs pas à parler de « corporatisme médical séculaire et autoritaire ». Alors, après la colère des médecins, celle des 700 000 infirmiers ?

DES MESURES À L’OFFICINE

La proposition de loi Rist avait déjà introduit les pharmaciens en cours de discussions à l’Assemblée nationale. Un amendement permet au pharmacien de renouveler les ordonnances expirées pour traitements chroniques pour une durée maximale de trois mois, avec une délivrance mois par mois.

Les sénateurs ont, eux, « pérennisé la possibilité donnée aux préparateurs en pharmacie d’injecter les vaccins dont l’administration est autorisée en officine » : grippe saisonnière, Covid-19 et variole du singe, sous la supervision d’un pharmacien.

Il faudra cependant passer quelques étapes avant que ces mesures ne soient inscrites dans le marbre, à commencer par une deuxième lecture à l’Assemblée nationale dans les prochains jours. Anne-Hélène Collin

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