« L’installation des médecins doit s’adapter aux territoires » - Le Moniteur des Pharmacies n° 3453 du 18/02/2023 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des Pharmacies n° 3453 du 18/02/2023
 

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Auteur(s) : Magali Clausener

Pharmacien à Eauze, dans le Gers, et maire de sa commune, Michel Gabas a créé un centre médical pour faire face à la désertification médicale.

C’est en 1995 que Michel Gabas, natif de Tarbes (Hautes-Pyrénées), s’installe à Eauze, une commune du Gers de 4 200 habitants, située dans un milieu semi-rural. En 2008, il se présente aux élections municipales et est élu maire, puis devient conseiller départemental. Depuis, il enchaîne les mandats : « C’est un avantage d’être professionnel de santé, car on côtoie la population au quotidien. » Encore plus lorsqu’il s’agit de traiter des sujets de santé. En 2018, Michel Gabas est confronté au départ à la retraite de quatre médecins généralistes sur les six qui exercent à Eauze. « J’ai réfléchi à la création d’une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP). Mais il fallait un médecin référent pour porter ce projet auprès de l’agence régionale de santé. Or les médecins qui restaient, débordés et fatigués, n’ont pas voulu se lancer. On a laissé de côté le projet », relate le pharmacien.

Priorité au pragmatisme

Il décide alors de construire un centre médical de 300 m2 en centre-ville, sans subvention au départ, et de faire appel à un « chasseur de têtes » pour recruter des médecins, sachant que le loyer professionnel est gratuit et le loyer privé est pris en charge à hdiv de 600 €. « Ce n’est pas ma philosophie, ma vision de la médecine, mais il faut être pragmatique », commente le maire, qui obtient par la suite des aides financières. Aujourd’hui, quatre médecins généralistes dont deux Espagnols, deux infirmières d’Asalée, association entre généralistes et infirmières déléguées à la santé publique en équipes de soins primaires, et un ophtalmologue, également espagnol, exercent au centre médical Belle-Marie. Des praticiens (hématologue, psychologue spécialisé en oncologie, chirurgien, urologue) de l’hôpital d’Auch (à 45 km) proposent aussi des consultations avancées une à deux fois par mois. En avril 2023, une gynécologue et un dentiste rejoindront également le centre médical.

Si Michel Gabas a trouvé une solution pour que ses concitoyens aient accès à un médecin, il estime qu’il faut réformer les études initiales de santé. « Je suis devenu pharmacien par vocation. Aujourd’hui, de nombreux jeunes font des études de pharmacie par défaut. Il faudrait revenir à un concours par profession », explique-t-il. Il pointe aussi la longueur des études, qu’il estime trop importante : « En France, il va falloir 10 ans pour devenir médecin généraliste. En Espagne, les études durent sept ans au total, ce qui n’empêche pas les médecins espagnols d’avoir l’équivalence du diplôme en France. ». Enfin, il s’interroge sur la régulation : « Il faut mettre un numerus clausus à l’installation en fonction des besoins des territoires. Mais une telle idée est prise pour de la coercition, ce que refusent les médecins. Les pharmaciens parlent-ils de coercition alors qu’ils doivent suivre des règles d’installation ? Non ! » Et de conclure : « Tous ces sujets ainsi que la rémunération des médecins sont malheureusement tabous. »

BIO Michel Gabas

1988 Diplôme de pharmacien à la faculté de Toulouse (Haute-Garonne)

1995 Installation à Eauze (Gers), dont il est élu maire en 2008

2020 Membre de la commission santé de l’Association des maires de France

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