Pemazyre, traitement du cholangiocarcinome - Le Moniteur des Pharmacies n° 3448 du 14/01/2023 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des Pharmacies n° 3448 du 14/01/2023
 

EXPERTISE

NOUVELLE MOLÉCULE

Auteur(s) : Yolande Gauthier

Jusqu’alors distribué sous autorisation temporaire d’utilisation, Pemazyre est à présent disponible en pharmacie de ville pour la prise en charge d’une tumeur rare : le cancer des voies biliaires. Ce deuxième médicament commercialisé par le laboratoire Incyte (après Iclusig) est un traitement de deuxième intention.

INDICATION REMBOURSÉE

Traitement en monothérapie des adultes atteints d’un cholangiocarcinome intrahépatique localement avancé ou métastatique avec fusion ou réarrangement du gène du récepteur 2 du facteur de croissance des fibroblastes (FGFR2), qui ont progressé après au moins une ligne de traitement systémique et qui ne sont pas éligibles à une chimiothérapie par Folfox (5-fluorouracile + oxaliplatine).

MODE D’ACTION

Le pémigatinib est un inhibiteur de kinase des récepteurs des facteurs de croissance des fibroblastes 1, 2 et 3. Il diminue la viabilité des cellules des lignées qui expriment des altérations génétiques du FGFR, y compris les mutations ponctuelles, les amplifications et les fusions ou réarrangements. Les fusions/réarrangements du FGFR2 sont de puissants facteurs oncogéniques et constituent l’altération du FGFR la plus fréquente survenant, presque exclusivement, dans 10 à 16 % des cholangiocarcinomes intrahépatiques.

POSOLOGIE

• La posologie recommandée est de 13,5 mg de pémigatinib à prendre 1 fois par jour pendant 14 jours, suivis de 7 jours d’arrêt de traitement. Le traitement est poursuivi avec ce même schéma d’administration aussi longtemps que la maladie ne progresse pas et que la toxicité de Pemazyre est acceptable. Des modifications de dose ou l’interruption du traitement doivent être envisagées pour la prise en charge des toxicités.

• Chez les patients atteints d’insuffisance hépatique ou rénale sévère, la dose quotidienne de 13,5 mg de pémigatinib doit être réduite à 9 mg, et celle de 9 mg doit être diminuée à 4,5 mg.

CONTRE-INDICATIONS

• Hypersensibilité à l’un des composants.

• Utilisation concomitante de millepertuis.

GROSSESSE ET ALLAITEMENT

• Une méthode de contraception efficace doit être utilisée chez les femmes en âge de procréer et chez les hommes ayant une partenaire en âge de procréer pendant le traitement par le pémigatinib et durant 1 semaine après la fin de celui-ci. L’effet du pémigatinib sur le métabolisme et l’efficacité des contraceptifs n’ayant pas été étudié, les méthodes barrières doivent être utilisées comme un deuxième moyen de contraception, pour éviter toute grossesse.

• Interrompre l’allaitement pendant le traitement par Pemazyre et pendant 1 semaine après son arrêt.

EFFETS INDÉSIRABLES

• Les effets indésirables les plus fréquents, survenant chez plus d’un tiers des patients, sont une hyperphosphatémie, une alopécie, une diarrhée, une toxicité unguéale, une fatigue, des nausées, une stomatite, une constipation, une dysgueusie ou une sécheresse buccale.

• Une arthralgie, une sécheresse oculaire (qui peut être prévenue ou traitée par un émollient ophtalmique), une hypophosphatémie, une sécheresse cutanée ou une érythrodysesthésie palmoplantaire sont également très fréquentes.

INTERACTIONS MÉDICAMENTEUSES

• Eviter la prise concomitante d’inhibiteurs puissants du CYP3A4 (kétoconazole, clarithromycine, ritonavir, etc.), y compris le pamplemousse. Si cette prise est nécessaire, réduire la dose de pémigatinib à 9 mg ou 4,5 mg par jour.

• La coadministration d’inhibiteurs de la pompe à protons est aussi à éviter car elle peut diminuer l’exposition au pémigatinib.

• L’utilisation concomitante d’inducteurs puissants et modérés du CYP3A4 n’est pas recommandée (carbamazépine, rifampicine, phénytoïne, etc.) en raison du risque de diminution de l’efficacité du pémigatinib.

• La coadministration de millepertuis est contre-indiquée.

• Surveillance clinique étroite recommandée avec les substrats du CYP2B6 (cyclophosphamide, méthadone, etc.) dont l’exposition peut être diminuée.

• Idem avec les substrats de la P-gp à indice thérapeutique étroit (digoxine, dabigatran, colchicine, etc.) dont la toxicité peut être augmentée. Espacer la prise de Pemazyre d’au moins 6 heures avant ou après ces médicaments.

SURVEILLANCE PARTICULIÈRE

• La présence d’une fusion du gène FGFR2 doit être confirmée par un test de diagnostic approprié sur un échantillon tumoral avant l’instauration du traitement.

• Test de grossesse avant de commencer le traitement.

• Examen ophtalmologique, y compris une tomographie par cohérence optique, avant le début du traitement et tous les 2 mois pendant les 6 premiers mois de traitement, puis tous les 3 mois par la suite ou en urgence en cas de symptômes visuels (vision floue, corps flottants ou éclairs lumineux faisant suspecter un décollement séreux de la rétine).

• L’hyperphosphatémie est un effet pharmacodynamique attendu avec Pemazyre. Un régime pauvre en phosphates doit être instauré lorsque le taux de phosphates sériques est inférieur à 5,5 mg/dl, et l’ajout d’un traitement réduisant les phosphates doit être envisagé quand ce taux est supérieur à 7 mg/dl.

FICHE TECHNIQUE

Pémigatinib en comprimé rond et blanc (4,5 mg et 13,5 mg) ou ovale et blanc (9 mg), boîte de 14, 6 448,38 €, remb. SS à 100 %.

– Pemazyre 4,5 mg, AMM : 34009 302 236 9 7.

– Pemazyre 9 mg, AMM : 34009 302 237 0 3.

– Pemazyre 13,5 mg, AMM : 34009 302 237 1 0.

Incyte Biosciences France : 01 71 10 93 00.

Commande auprès d’Alloga : 03 22 66 44 57.

Les prix sont mentionnés hors honoraires de dispensation.

DITES-LE AU PATIENT

– Les comprimés doivent être pris à la même heure environ chaque jour, avec ou sans nourriture.

– En cas d’oubli d’une dose au-delà de 4 heures ou de vomissements après la prise, ne pas administrer de dose supplémentaire.

L’AVIS DE LA HAS

– Service médical rendu faible.

– Pas d’amélioration du service médical rendu (ASMR V).

– Population cible estimée à 100 patients par an au maximum.

DÉLIVRANCE

– Liste I.

– Médicament soumis à prescription hospitalière.

– Prescription réservée aux spécialistes en oncologie ou aux médecins compétents en cancérologie.

– Surveillance particulière pendant le traitement.

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