Faire barrage aux effets secondaires des progestatifs contraceptifs vétérinaires - Le Moniteur des Pharmacies n° 3417 du 14/05/2022 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des Pharmacies n° 3417 du 14/05/2022
 

EXPERTISE

DÉLIVRANCE

Auteur(s) : Corinne Piquemal*, Elisabeth Begon**, Flore Demay***, Sylviane Laurentie****

Il est nécessaire que les progestatifs par voie orale utilisés pour la contraception des chattes et des chiennes ne soient délivrés que sur ordonnance après une consultation vétérinaire. De nouvelles mesures pour encadrer leur dispensation et mieux informer les propriétaires d’animaux sur les risques d’effets indésirables sont également prévues.

Les comprimés à base d’acétate de mégestrol et de médroxyprogestérone (souvent appelés « pilules ») ont longtemps été un moyen de contraception répandu à destination des animaux de compagnie, car peu coûteux et facilement accessibles dans les pharmacies ou les cliniques vétérinaires. Néanmoins, les données de pharmacovigilance accumulées au fil du temps ont permis de mettre en évidence la survenue d’effets indésirables graves et potentiellement mortels pour les animaux traités.

En 2012, il a donc été décidé que ces médicaments ne pourraient plus être délivrés que sur ordonnance, à la suite d’une consultation chez un vétérinaire. Malgré la mise en place de cette mesure, il est apparu que l’incidence des effets indésirable graves a continué d’augmenter, alors qu’une baisse de l’utilisation de ces produits est observée. Même s’ils restent rares, il n’en demeure pas moins que ces effets secondaires touchent des animaux sains, ce qui remet en cause la balance bénéfice/risque de tels traitements.

Une incidence accrue de pathologies mammaires et utérines

• Chez la chatte comme chez la chienne, l’utilisation de ces médicaments peut engendrer des modifications comportementales et de la polyphagie.

• Mais des atteintes plus graves sont également régulièrement constatées. Celles-ci touchent particulièrement l’appareil reproducteur (métrites, infections et tumeurs utérines, kystes ovariens, vaginites) ou encore les mamelles (hyperplasies mammaires, tumeurs). Des cas de diabète ont également été rapportés.

• L’effet indésirable a conduit au décès de l’animal dans près de 20 % des cas déclarés à l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) en lien avec l’utilisation d’un contraceptif à base d’acétate de mégestrol chez la chatte entre 2016 et 2019.

• L’analyse des cas de pharmacovigilance a par ailleurs mis en évidence que le risque d’apparition d’effets secondaires augmentait avec la durée du traitement. Néanmoins, certaines réactions non voulues ont également été constatées après une courte durée d’administration.

• Enfin, le risque d’effet indésirable grave est accru en cas de surdosage.

De nouvelles mesures de minimisation des risques

• Dans l’objectif de diminuer la fréquence de survenue des effets indésirables associés à une utilisation inadaptée de ces médicaments, de nouvelles mesures de minimisation des risques sont prévues :

– modification des résumés des caractéristiques du produit (RCP) et notices des produits impliqués, afin d’apporter des précisions supplémentaires aux utilisateurs concernant la possibilité de survenue d’effets indésirables (majorée lors de traitement prolongé et de surdosage), la nature de ces réactions, leur fréquence, et d’insister sur la nécessité de consulter un vétérinaire avant tout traitement, mais également si un effet secondaire est constaté ;

– changement de la taille des conditionnements, qui va être réduite dans les prochains mois afin que la durée de traitement permise par chaque boîte n’excède pas trois mois pour la prévention des chaleurs pour une chatte de 5 kg ;

– intensification de la surveillance des effets indésirables déclarés.

• Afin de sensibiliser les propriétaires d’animaux vis-à-vis des risques inhérents à l’administration de ces traitements et aux précautions d’utilisation qui en découlent, l’Anses-ANMV prévoit de mettre en place une campagne d’information via une alerte sur son site internet ainsi que des communications dans la presse professionnelle vétérinaire. Il sera notamment rappelé l’absolue nécessité de consulter, avant d’administrer des contraceptifs chez un animal, un vétérinaire qui sera à même de mettre en place un traitement adapté à chaque animal, afin de limiter le risque de survenue d’effets non désirés.

• Les laboratoires qui commercialisent ces médicaments adresseront une lettre à l’ensemble de leurs clients (pharmaciens et vétérinaires) pour les informer de ces nouvelles mesures.

Des médicaments à ne délivrer que sur ordonnance

• Les contraceptifs oraux à destination des chattes et des chiennes ne doivent être délivrés que sur ordonnance, le vétérinaire qui a examiné l’animal étant le seul habilité à évaluer les risques encourus et à proposer le traitement le plus adapté.

• En outre, il est important de noter que la quantité maximale délivrable en une seule fois ne peut pas excéder trois mois.

• Les pharmaciens demeurent une source d’information fiable pour les utilisateurs, et participent activement au processus de pharmacovigilance, en déclarant les cas dont ils auraient connaissance.

1 Département inspection, surveillance du marché et pharmacovigilance de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail-Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV).

LA DÉCLARATION DE PHARMACOVIGILANCE VÉTÉRINAIRE

L’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV), au sein de l’Anses, est l’autorité française compétente en matière d’évaluation et de gestion du risque pour le médicament vétérinaire. A ce titre, elle est chargée du dispositif de surveillance des événements indésirables des spécialités destinées aux animaux en France.

Pour signaler un événement indésirable : pharmacovigilance-anmv.anses.fr.

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