Si j’étais président de la République Partie 1 : la santé - Le Moniteur des Pharmacies n° 3410 du 26/03/2022 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des Pharmacies n° 3410 du 26/03/2022
 
ÉLECTION

TEMPS FORTS

ENJEUX

Auteur(s) : Magali Clausener

Selon un sondage Ifop réalisé pour la Fédération hospitalière de France, 7 Français sur 10 estiment que les questions de santé ne sont pas assez présentes dans la campagne présidentielle. Pourtant, les candidats ont des projets dans ce domaine. Si leurs propositions concernent en premier lieu l’hôpital public, beaucoup soutiennent la lutte contre les déserts médicaux. Revue des mesures phares portées par les principaux candidats pour les soins de ville. Avant d’effectuer un second tour de table, la semaine prochaine, consacré à la retraite et à la fiscalité.

EMMANUEL MACRON (La République en marche)

S’il était réélu, Emmanuel Macron lancerait une conférence des parties prenantes (patients, professionnels et élus locaux) pour construire les solutions nationales et locales afin d’assurer l’accès aux soins pour tous. De fait, son programme comprend plusieurs mesures « avec des leviers à construire ensemble » :

- appuyer administrativement les médecins avec des assistants pour les aider, désigner un pharmacien ou un infirmier référent sur un territoire de santé pour un renouvellement d’ordonnance ou des actes « très simples », généraliser le déploiement d’infirmiers salariés subventionnés dans les zones les moins dotées ;

- articuler médecine de ville et hôpital avec l’hôpital « hors les murs » (par exemple, des médecins exerçant en ville mais salariés de l’établissement), désengorger les urgences grâce à une participation plus large aux gardes, instaurer un numéro unique pour obtenir un rendez-vous médical dans les 48 heures si besoin ;

- développer la téléconsultation et mettre en place des permanences ponctuelles dans les territoires les moins dotés ;

- réguler l’installation : stopper les conventionnements dans les zones considérées comme déjà bien dotées, déployer la 4e année d’internat pour les médecins généralistes dans les zones rurales, accompagner les jeunes issus de ces territoires en matière de logement et sur le plan administratif.

MARINE LE PEN (Rassemblement national)

Afin de réduire le nombre de déserts médicaux, la candidate veut d’emblée supprimer les incitations financières à l’installation des médecins qu’elle juge « inefficaces » et mettre en place une rémunération de la consultation modulée selon le lieu d’installation , « sans que les praticiens n’aient de démarches spécifiques à faire ». De plus, « cette mesure sera complétée par une action résolue de l’Etat en matière d’infrastructures et de services publics pour augmenter l’attractivité de ces zones vis-à-vis des médecins et de leur famille ».

La candidate souhaite également :

- augmenter le nombre de maisons et de centres de santé pour couvrir entièrement les besoins de la population, et les doter des capacités leur permettant de traiter les « petites urgences » (comme les fractures mineures) afin de désengorger les hôpitaux ;

- accroître le temps médical du médecin grâce « à l’élargissement des tâches des pharmaciens, des sages-femmes, des infirmiers et des assistantes sociales, par exemple pour la détection de la perte d’autonomie » ;

- améliorer le parcours de soins des personnes âgées, notamment la prise en charge des soins non programmés grâce à une complémentarité entre l’hôpital et la médecine de ville tant pour les soins ambulatoires que pour la programmation et pour les hospitalisations, avec un rôle accru des infirmiers de pratique avancée (IPA) ;

- ouvrir un nombre de places suffisant dans les facultés de médecine « pour disposer des médecins dont les Français ont besoin, résorber les déserts médicaux et réduire drastiquement le recours aux médecins ayant obtenu leur diplôme hors de l’Union européenne » ;

- proposer au moins 10 000 places supplémentaires d’infirmiers et aides-soignants ;

- développer la télémédecine grâce à un plan massif d’investissements (couvert à 80 % par l’Etat et à 20 % par les collectivités locales).

En outre, la candidate veut aussi « rendre aux médecins leur liberté de prescription et d’expression » et réformer le système de rémunération complémentaire des médecins libéraux mis en place en 2012, « qui porte atteinte à leur autonomie de décision et n’a pas eu de réel impact sur leurs pratiques professionnelles ».

JEAN-LUC MÉLENCHON (La France insoumise)

Le candidat ambitionne d’« actionner tous les leviers pour combattre les déserts médicaux » :

- recrutement de médecins rémunérés par l’Etat ;

- augmentation des moyens des facultés de médecine ;

- mobilisation de la médecine libérale et hospitalière ;

- création de coopératives médicales, etc.

Concernant les produits de santé, il veut créer un pôle public du médicament qui devra :

- permettre une relocalisation de la production de médicaments ;

- garantir l’approvisionnement d’une réserve stratégique ;

- assurer le contrôle des prix sur l’ensemble des produits de santé et communiquer sur leurs coûts réels ;

- favoriser la transparence sur le financement de la recherche et du développement ;

- mettre en place une conditionnalité des aides perçues par les entreprises privées pour la recherche de vaccins et de médicaments ;

- produire et diffuser massivement les vaccins et traitements passés sous licence d’office.

VALÉRIE PÉCRESSE (Les Républicains)

Son objectif est « zéro désert médical ». Sa proposition phare est la mise en œuvre d’une dotation de l’Assurance maladie « lutte contre la désertification médicale » par région, afin de « donner plus » aux professionnels de santé (médecins et paramédicaux) des zones déficitaires. Cette dotation permettra ainsi d’aider les jeunes médecins à s’installer et à exercer à la fin de leurs études dans les zones qui en manquent, par exemple dans des maisons médicales. « La région pourra demander aussi à utiliser cette dotation pour tous les professionnels de santé, du pédicure-podologue au dentiste, en fonction de la rareté de ces professions sur leurs territoires », précise la candidate.

En outre, elle désire :

- créer une 4e année de formation dans un désert médical, qui permettra d’y faire venir 4 000 « docteurs juniors de médecine générale » d’ici 2025 en alignant la formation de médecine générale sur celle des autres spécialités ;

- offrir à chaque Français une réponse en matière de santé à moins de 30 minutes de son domicile (consultation, prise en charge hospitalière, service d’urgence) ;

- diviser par deux, d’ici la fin du quinquennat, le délai moyen pour obtenir une consultation chez un médecin (généraliste ou spécialiste) ;

- doubler le nombre de médecins formés d’ici cinq ans pour porter à 20 000 le nombre d’étudiants admis en 2e année ;

- décentraliser massivement les politiques d’accès aux soins et confier la présidence des agences régionales de santé aux régions pour mieux adapter les besoins aux territoires ;

- lancer dans chaque région, à l’initiative des présidents de région et de départements, une alliance de tous les professionnels de santé, afin qu’ils établissent eux-mêmes, en six mois, leur plan d’action pour réduire concrètement les délais d’attente, assurer les permanences de soins et faciliter l’accès aux soins des plus fragiles.

La candidate propose également de décloisonner les compétences des professionnels de santé, de leur confier de nouvelles responsabilités, d’enrichir leur rôle et leurs compétences en matière de prévention. Ainsi, les pharmaciens et les infirmiers de ville se verront désignés comme des acteurs centraux de la prévention, à travers de nouvelles missions reconnues et valorisées pour le dépistage ou le suivi des maladies chroniques.

Côté rémunération, elle veut :

- porter le tarif de la consultation médicale à 30 €, « sans augmentation du reste à charge pour les Français » ;

- revaloriser pour les spécialistes le tarif des actes techniques et des consultations « afin d’accompagner les efforts de raccourcissement des délais d’accès aux soins » ;

- améliorer les rémunérations des soignants de ville (pharmaciens, infirmiers, sages-femmes, etc.), revaloriser le travail de nuit et la permanence des soins.

ÉRIC ZEMMOUR (Reconquête !)

Le candidat veut restaurer l’obligation de garde pour les médecins afin de réduire la pression sur les urgences et doubler les capacités de formation de soignants « afin de mettre réellement fin au numerus clausus ». Pour lutter contre les déserts médicaux, il propose :

- une embauche « en urgence » par l’Etat de 1 000 médecins pour les installer dans les zones sous-denses ;

- un contrat d’engagement de cinq ans d’installation en zone sous-dotée pour les jeunes généralistes contre une rémunération de 10 000 € par mois ;

- l’ouverture de « petits centres médicaux », délivrant des soins de proximité et d’urgence, axés, entre autres, sur les nourrissons et la gynécologie obstétrique. Il pourra être demandé aux internes en médecine, aux infirmières et aux aides-soignantes en école d’effectuer leur stage dans ces centres.

Comme Marine Le Pen, le candidat veut garantir la liberté de prescription aux médecins pour leur permettre « de choisir les meilleurs traitements adaptés à leurs patients ».

YANNICK JADOT (Europe Ecologie-Les Verts)

Le candidat propose de planifier, avec l’aide des régions, la « juste répartition » des cabinets libéraux et des centres de santé, les services de protection maternelle et infantile, les foyers accueillant un public fragile en fonction des besoins de santé des populations. Des structures d’accueil en alternative à l’hospitalisation seront développées pour améliorer la santé psychique et sociale, avec l’accès aux assistantes sociales et psychologues.

Les services publics dans chaque territoire seront renforcés par des structures multiprofessionnelles de soins et de prévention intégrés, des services polyvalents d’aide et de soins à domicile, un accompagnement médicosocial de proximité pour les personnes âgées dépendantes, en situation de handicap, fragiles, précaires ou marginalisées, et enfin par le recours facilité à des soins spécialisés via un réseau constitué avec les hôpitaux publics.

Le numerus clausus des médecins sera supprimé et les capacités d’accueil des facultés de médecine doublées.

Les jeunes médecins auront l’obligation lors de leur dernière année d’internat et de leurs deux premières années d’exercice de travailler dans des zones sous-dotées.

L’installation d’un médecin en zone « correctement pourvue » sera conditionnée au départ d’un médecin libéral.

Pour le médicament, le candidat veut plus de régulation et de transparence : les entreprises qui demandent le remboursement de produits de santé devront fournir des informations sur les ventes, les remboursements et les prix dans d’autres pays. Le marché sera régulé en fonction d’objectifs de santé publique tout en garantissant « la souveraineté sanitaire » de la France.

FABIEN ROUSSEL (Parti communiste français)

Contre les déserts médicaux, le candidat souhaite que « la puissance publique » agisse :

- dans les zones denses, un médecin ne devra s’installer que si un autre part à la retraite (conventionnement sélectif à l’installation) ;

- les centres de santé seront « massivement développés » ;

- les quotas officiels ou officieux pour les formations initiales, médicales comme paramédicales, seront supprimés, des moyens supplémentaires étant donnés aux universités , « avec des prérecrutements ouvrant un présalaire aux jeunes pendant leur formation » ;

- 12 000 places d’étudiants en médecine seront ouvertes chaque année.

Il veut aussi créer un pôle public du médicament par le biais d’une « nationalisation démocratique et sociale des principales entreprises privées intervenant dans ce domaine », en particulier Sanofi, afin de « détacher les médicaments de la sphère financière, et d’en maîtriser les conditions de recherche, de développement, de production, de distribution et de vente ». Un conseil national du médicament exercera un « véritable contrôle public » du secteur. Une « autre gestion des fonds publics » sera mise en place pour répondre aux besoins de la population et garantir la souveraineté sanitaire.

ANNE HIDALGO (Parti socialiste)

La candidate propose :

- d’accroître les capacités d’accueil des facultés de médecine afin qu’elles forment jusqu’à 15 000 nouveaux médecins par an ;

- de mettre en place une année de professionnalisation comme médecin assistant dans les déserts médicaux. Elle sera inscrite à la fin du parcours des internes en médecine au lieu d’une 4e année d’internat prévue par le gouvernement actuel. Cette période de 12 mois sera assortie d’un encadrement par des médecins maîtres de stage et d’une rémunération à la hdiv de leurs responsabilités ;

- la gestion par les départements des logements et des moyens de mobilité de ces étudiants avec un accompagnement financier de l’Etat. « Cela permettra de faire venir, dès le second semestre 2022 puis chaque année ensuite, 4 à 8 000 médecins dans ces territoires » ;

- la reprise des permanences par les médecins libéraux principalement le week-end.

Sont également candidats Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) et Jean Lassalle (Résistons !).

Sources : presse, programmes des candidats, site lasantecandidate.fr, Agence de presse médicale.

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