Lutte antidopage : la balle est dans le camp des pharmaciens - Le Moniteur des Pharmacies n° 3410 du 26/03/2022 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des Pharmacies n° 3410 du 26/03/2022
 
SPORT

EXPERTISE

AUTOUR DU MÉDICAMENT

Auteur(s) : Yves Rivoal

Alors que la France se prépare à accueillir les jeux Olympiques de 2024, le ministère chargé des sports et l’Ordre national des pharmaciens lancent une nouvelle campagne de prévention du dopage à l’officine. Objectif : sensibiliser les sportifs au danger du dopage accidentel lié à la prise de médicaments ou de compléments alimentaires.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le dopage ne concerne pas que les athlètes de haut niveau », rappelle le Pr Michel Audran, qui a dirigé le département des analyses de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) de 2017 à 2019. Si les grandes manifestations sportives telles que les jeux Olympiques d’été programmés en 2024 en France incitent à la vigilance, la tendance inquiète de façon plus générale. « Chez les amateurs, à tous les niveaux et dans tous les sports, le recours aux pratiques dopantes est une réalité pratiquée de manière volontaire, pour améliorer la performance, ou subie de manière accidentelle, le sportif ignorant que le médicament ou le complément alimentaire risque de provoquer un contrôle antidopage positif. »

Le Comité d’éducation sanitaire et sociale de la pharmacie française (Cespharm), qui est une commission de l’Ordre national des pharmaciens, a coordonné cette nouvelle campagne de prévention du dopage à l’officine pour aider les équipes à jouer pleinement leur rôle d’information et de conseil sur le bon usage des médicaments et leurs conditions d’utilisation au regard de la réglementation antidopage. Rappelons que la prévention du dopage par le pharmacien figure à l’article R.4235-2 du Code de la santé publique. « Les outils et supports utilisés lors des campagnes précédentes en 2016 et en 2018 ont été actualisés pour intégrer la nouvelle norme européenne antidopage relative aux denrées et aux compléments alimentaires (NF EN 17444) et les nouveautés de la liste des substances et méthodes interdites 2022 », confie Pascal Casaurang, membre du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens et référent du Cespharm.

Une affichette listant les spécialités soumises à prescription médicale facultative contenant une substance interdite en compétition et deux documents d’information professionnelle consacrés aux médicaments et aux compléments alimentaires ont été édités pour que pharmaciens et préparateurs puissent se former ou mettre à jour leurs connaissances. Quatre vidéos ayant vocation à être diffusées sur les écrans des officines ont également été réalisées. Deux brochures à remettre aux sportifs complètent la panoplie de supports et d’outils qui peuvent être téléchargés ou commandés gratuitement sur le site du Cespharm (cespharm.fr).

D’abord ouvrir le dialogue

Pour Pascal Casaurang, le rôle du pharmacien est clair : « Il n’est pas là pour détecter d’éventuelles conduites dopantes, les contrôles antidopage sont faits pour cela. En revanche, il est dans son rôle lorsqu’il engage le dialogue avec ses clients de déterminer la nature et le niveau d’intensité de leur pratique sportive. L’objectif étant de s’assurer que les produits délivrés ne contiennent pas de substances interdites par la réglementation antidopage. Le pharmacien doit aussi pouvoir orienter un sportif vers son médecin généraliste ou vers l’antenne médicale de prévention de sa région pour qu’il se voie délivrer une autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (AUT) si nécessaire. »

Titulaire de la pharmacie Flandre Littoral à Grande-Synthe (Nord), Pierre Vuillermet a développé au sein de son officine un réel savoir-faire. « Sous l’impulsion de l’une de nos diététiciennes titulaire d’un diplôme universitaire sur la nutrition des sportifs, nous avons aménagé un gros rayon sports, raconte le pharmacien. Pour donner du crédit à la qualité de nos conseils, nous avons signé un partenariat avec le club de hockey sur glace des Corsaires de Dunkerque nous engageant à accompagner les hockeyeurs sur toutes les questions liées au dopage. » Il demande alors à l’une de ses pharmaciennes adjointes, adepte du running, de recueillir des informations dans ce domaine. Celle-ci acquiert une réelle compétence et sensibilise le reste de l’équipe à un sujet qui se révèle assez complexe. « Des substances comme les anabolisants ou les diurétiques sont en effet purement et simplement interdites, quand les stimulants sont, eux, proscrits en compétition et les ß-bloquants bannis uniquement dans certains sports… », rappelle Pierre Vuillermet.

Les bons réflexes

Grâce à cet investissement, son équipe a pris l’habitude d’évoquer le dopage dès qu’un client en vient à parler de sport. « Nous avons d’ailleurs toujours à portée de main la liste des substances et des méthodes interdites éditée par l’Agence mondiale antidopage (AMA) pour éviter toute erreur », souligne Pierre Vuillermet. En cas de doute lors d’une délivrance, Pascal Casaurang invite les équipes officinales à adopter le bon réflexe. « Il suffit de se rendre sur le site medicaments.afld.fr, de taper le nom du médicament ou de sa dénomination commune internationale (DCI) pour savoir s’il contient une substance interdite en permanence, en compétition ou dans certains sports. » Pour les compléments alimentaires, le conseiller ordinal encourage les officines à ne référencer que des produits affichants la norme NF EN 17444. « Le pharmacien aura ainsi l’assurance de conseiller des compléments alimentaires dépourvus de substances dopantes que les sportifs pourront utiliser en toute sérénité. »

Les anabolisants en pole position

Concentrant 47 % des contrôles antidopage positifs, les anabolisants restent la substance la plus utilisée par les sportifs, notamment dans les clubs de gym et de body-building. « Dans cette classe thérapeutique, le stanozolol est le produit que l’on retrouve le plus fréquemment, devant la déhydrochlorométhyl-testostérone, la drostanolone et la méthandiénone, précise Michel Audran. Tous ces produits, disponibles très facilement sur Internet, favorisent l’augmentation de la puissance musculaire et permettraient de supporter des charges d’entraînement plus importantes ». Avec 15 % des contrôles positifs, les stimulants comme le méthylphénidate, la cocaïne ou les amphétamines constituent la deuxième catégorie la plus utilisée. « Ces substances, que les sportifs achètent là encore sur Internet, influent sur le système nerveux pour faire reculer le seuil de la fatigue et augmenter l’agressivité », précise Michel Audran. Les diurétiques comme le furosémide ou l’hydrochlorothiazide complètent le top 3 (14 % des cas). « Ces produits, que l’on peut se procurer en pharmacie, sont pris comme agent masquant d’une substance dopante ou pour perdre du poids avant un combat de boxe ou de judo », rappelle Michel Audran. Les hormones à action antiœstrogénique et les modulateurs métaboliques comme le tamoxifène, le clomifène ou la trimétazidine, représentent 8 % des contrôles. Les glucocorticoïdes (prednisolone, bétaméthasone, triamcinolone acétonide, etc.), les β-2 agonistes (salbutamol, terbutaline) et les hormones peptidiques comme l’érythropoïétine (EPO), l’hormone de croissance et ses libérateurs, l’anamoréline ou l’ipamoréline, concentrent respectivement 5 %, 4 % et 3 % des contrôles.

Les thérapies géniques dans le viseur

Toujours en quête de nouvelles substances et méthodes pour améliorer les performances et déjouer les contrôles, l’industrie du dopage semble désormais s’intéresser de près aux thérapies géniques. « Grâce au transfert de gènes, il est possible de faire produire des hormones de croissance, de l’EPO ou autres par les muscles. A l’inverse, l’extinction de gènes qui supprime leur transduction permet d’inhiber la production de myostatine qui limite la croissance des muscles », résume Michel Audran, qui invite les pharmaciens à aborder la dangerosité inhérente à la prise de produits dopants lors des échanges avec leurs clients sportifs. « Au-delà des effets secondaires, certaines substances peuvent mettre en danger la santé des sportifs, rappelle le professeur. En fonction de la durée et des doses, la prise d’anabolisants peut, par exemple, générer de l’hypertension, des cardiomyopathies, des tumeurs du foie ou des testicules… et même provoquer des troubles psychiatriques. En cas de recours à des narcotiques, comme les dérivés de la morphine, ou à certains stimulants comme la cocaïne, il faut enfin rappeler que ces substances ont des propriétés addictogènes », conclut Michel Audran.

CONTRÔLE ANTIDOPAGE : POUR QUI ?

Sur le papier, l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) peut pratiquer des contrôles antidopage à tout sportif qui participe ou qui s’entraîne en vue de participer à une manifestation organisée ou autorisée par une fédération sportive française, ou donnant lieu à une remise de prix. Et ce dans tous les sports, et à tous les niveaux. Dans les faits, depuis que l’Agence mondiale antidopage (AMA) a imposé aux agences nationales davantage de contrôles des sportifs de haut niveau, ceux effectués dans le sport amateur sont devenus plus rares, faute de budget.

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