Cancer colorectal : « Si à 50 ans on n’a pas un test… » - Le Moniteur des Pharmacies n° 3407 du 05/03/2022 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des Pharmacies n° 3407 du 05/03/2022
 
MARS BLEU

EXPERTISE

AUTOUR DU MÉDICAMENT

Auteur(s) : Yves Rivoal

La campagne Mars bleu est l’occasion de rappeler aux personnes de 50 ans et plus l’importance du dépistage contre le cancer colorectal. Mais le programme peine à atteindre sa cible, alors qu’il constitue pourtant un formidable outil de prévention. Pour sensibiliser les patients et faciliter l’accès au kit, les pharmacies d’officine s’apprêtent à entrer dans la boucle.

Alors que Mars bleu vient de démarrer, le taux de participation au dernier programme de dépistage organisé du cancer colorectal reste beaucoup trop bas. « En touchant à peine 30 % des personnes âgées de 50 ans et plus, il fait beaucoup moins bien que ses alter ego pour le cancer du sein et le col du l’utérus qui enregistrent respectivement 50 et 60 % de taux de participation, rappelle Stéphanie Barré, coordinatrice de ces trois programmes au sein du département prévention de l’Institut national du cancer (INCa) à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). « Or les études ont montré que, pour produire tous les effets, il faudrait atteindre un seuil d’au moins 50 % de la population cible. Les personnes âgées de plus de 50 ans à risque moyen, les patients qui présentent des antécédents familiaux, des symptômes, ou ayant déjà eu des polypes ou une maladie du tube digestif doivent être orientés d’emblée vers la coloscopie », ajoute le Dr Bruno Buecher, médecin gastroentérologue spécialisé dans la cancérologie digestive à l’Institut Curie (Paris).

Les freins qui ont conduit à cette faible participation sont connus. « Le fait de devoir manipuler des selles, prendre rendez-vous chez son médecin pour recevoir son kit, et passer une coloscopie en cas de résultat positif… Tous ces éléments expliquent en partie ces résultats décevants », estime Bruno Buecher.

La méconnaissance des enjeux pourrait aussi alimenter le manque d’implication. « Les gens ne savent pas que ce cancer se traduit par 43 000 nouveaux cas et 17 000 décès chaque année, note Stéphanie Barré. Chez l’adulte, hommes et femmes confondus, il constitue la deuxième cause de mortalité par cancer juste derrière celui du poumon. »

Un formidable outil de prévention

Ce manque d’intérêt est d’autant plus regrettable que le test constitue aussi un formidable outil de prévention. « Dans la plupart des cas, le cancer colorectal met entre cinq et dix ans pour se développer sans symptômes apparents à l’intérieur du côlon, rappelle le Pr Michel Ducreux, chef du comité digestif à l’Institut Gustave-Roussy à Villejuif (Val-de-Marne). Si la coloscopie réalisée après un test immunologique positif fait apparaître un polype de 2,5 cm ayant toutes les chances de se transformer en cancer trois ans plus tard, celui-ci est retiré pendant l’intervention. Le cancer du côlon étant guérissable dans plus de 90 % des cas lorsqu’il est diagnostiqué tôt, vous réglez en une journée une affaire qui, sans ce dépistage précoce, risque de coûter au patient une intervention chirurgicale complexe, des suites opératoires difficiles, des mois de chimiothérapie, et un décès dans 40 % des cas. Or aujourd’hui, plus d’un cancer du côlon sur deux est encore révélé par des signes cliniques à des stades avancés. » Pour faire progresser le taux de participation au dépistage, l’INCa lance une expérimentation sur l’envoi du kit dès l’invitation. « Depuis le 1er mars, les patients peuvent également le commander en ligne sur le site monkit.depistage-colorectal.fr avec le numéro figurant sur le courrier d’invitation », ajoute Stéphanie Barré.

Avant la fin du premier semestre, les pharmaciens devraient à leur tour avoir l’autorisation de le distribuer. « Le dépistage du cancer colorectal figure en effet dans le div de la nouvelle convention pharmaceutique que nous venons de négocier avec l’Assurance maladie. Nous pourrons commencer la distribution des kits dès sa publication au Journal officiel, qui devrait intervenir a priori au mois de mai », annonce Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). Le protocole est en tout cas d’ores et déjà prêt. « Les pharmaciens pourront commander les kits sur Ameli Pro, confie Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). Après avoir rempli le questionnaire d’éligibilité avec le patient, le pharmacien lui remettra le kit et lui fournira toutes les informations utiles concernant le mode d’emploi. Pour ce service, un montant de 5 € TTC sera versé sous forme de rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp) la première année, et sous la forme d’un mixte code acte et Rosp les années suivantes. »

Sensibiliser, orienter, accompagner

Pour Stéphanie Barré, la distribution en officine pourrait contribuer à faire sauter certains verrous. « Les pharmaciens connaissent leurs patients, leurs antécédents familiaux… Ils sont donc idéalement placés pour les inciter à se faire tester précocement, en allant jusqu’au bout de la démarche qui implique de passer une coloscopie si le résultat est positif. » Pour Bruno Buecher, les pharmaciens ont aussi vocation à orienter les patients. « Lorsqu’une personne de plus de 50 ans signale au comptoir une modification brutale et durable de son transit, du sang dans les selles ou des douleurs abdominales récurrentes, le pharmacien doit alors l’inviter à contacter son médecin généraliste qui l’orientera vers un gastroentérologue en vue de la réalisation d’une coloscopie. » Responsable de l’oncologie digestive au sein du département d’oncologie médicale à l’Institut Curie, la Dre Cindy Neuzillet estime de son côté que les pharmaciens auront un rôle de plus en plus important à jouer dans l’accompagnement des patients pendant leur traitement. « D’abord parce que certaines thérapies ciblées par voie orale seront demain dispensées en pharmacie d’officine, comme c’est déjà le cas pour l’encorafénib, rappelle cette gastroentérologue. Ensuite, ils les accompagneront dans la gestion des effets secondaires des traitements qui peuvent induire des toxicités digestives ou cutanées importantes. »

Une meilleure efficacité

Des traitements qui, grâce aux dernières innovations, se révèlent de plus en plus efficaces et ciblés. Pour le cancer du rectum, la stratégie en matière de traitement préopératoire a ainsi beaucoup évolué. « Pendant longtemps, le protocole CAP 50 consistait à associer une radiothérapie à de la capécitabine pour les tumeurs T3, T4 et N +, sans métastases à distance », rappelle Cindy Neuzillet. « Pour les cancers du côlon, les résultats obtenus grâce au médicament de référence, le 5-fluorouracile (5FU), peuvent également être améliorés avec l’adjonction d’acide folinique, puis d’irinotécan (protocole Folfiri), ou d’oxaliplatine (protocole Folfox), ajoute Michel Ducreux. Nous disposons également de thérapies ciblées anti-VEGF et anti-EGFR* et de traitements de recours comme le régorafénib ou le trifluridine/tipiracil qui offrent de nouvelles possibilités de traitement que l’on enchaîne chez les patients n’étant pas éligibles à un traitement curatif. » L’innovation la plus récente, présentée il y a un an, concerne un traitement par immunothérapie pour les patients atteints d’un cancer du côlon avec une instabilité des microsatellites (MSI). « Cette pathologie touche 5 % des patients avec métastases, précise Michel Ducreux. Les résultats d’une étude publiée par Thierry André, chef du service d’oncologie médicale à l’hôpital Saint-Antoine (Paris), ont montré que le pembrolizumab avait la capacité de prolonger la survie sans progression en première ligne métastatique de ces cancers, voire de guérir les patients. » De nouveaux traitements permettent également de cibler d’autres anomalies moléculaires. « Pour la mutation V600E de BRAF, un essai de phase 3 a mis en évidence qu’en associant en deuxième ligne l’encorafénib, un inhibiteur de BRAF, avec du cétuximab, un anti-EGFR, on obtenait de meilleurs résultats que la chimiothérapie », assure Cindy Neuzillet. Cette association a d’ailleurs obtenu une autorisation de mise sur le marché pour être prescrite dans ce type de cancer.

* Antifacteur de croissance de l’endothélium vasculaire et antirécepteurs du facteur de croissance épidermique.

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