Embauche d’adjoint : à la recherche du mode d’emploi - Le Moniteur des Pharmacies n° 3405 du 19/02/2022 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des Pharmacies n° 3405 du 19/02/2022
 
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TEMPS FORTS

ENJEUX

Auteur(s) : François Pouzaud

Après sa décrue, la crise sanitaire pourrait-elle avoir des effets paradoxaux sur l’emploi ? Les adjoints sont-ils menacés par l’application des nouvelles règles d’embauche ? Alors que l’officine a de plus en plus besoin d’eux pour les nouvelles missions inscrites dans la convention pharmaceutique et la délivrance des médicaments toujours plus techniques. Analyse prospective.

C’est un changement de règles que les syndicats pharmaceutiques réclamaient depuis longtemps. Il a été fixé par un décret paru au Journal officiel du 21 décembre dernier. Les médicaments chers, dont la partie de chiffre d’affaires (CA) au-delà d’un prix fabricant hors taxes (PFHT) de 1 930 € ne génère pas de marge, et l’indemnité forfaitaire d’astreinte sont exclus du calcul du nombre de pharmaciens adjoints dont les titulaires d’officine doivent se faire assister. Cela vaut en 2022 pour la déclaration auprès de l’agence régionale de santé (ARS) du CA de 2021. De même, n’est pas pris en compte le CA exceptionnel réalisé avec les tests antigéniques et les vaccinations anti-Covid-19, évalué à 1,43 milliard d’euros, selon l’observatoire économique de l’Assurance maladie à fin décembre 2021. Cette dernière exclusion, confirmée par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) le 4 février, ne vaut que pour l’année en cours. Pour la déclaration en 2023, le CA de 2022 relatif aux tests et à la vaccination sera réintégré, une fois ces deux missions inscrites dans le droit commun. Quant au CA lié à la vente de masques, de gels et solutions hydroalcooliques, il est d’ores et déjà pris en compte.

La tentation du licenciement

Lorsque l’activité reviendra à un niveau proche de 2019 et que la petite musique de la maîtrise des dépenses de santé résonnera à nouveau, le risque de rétropédalage de certaines pharmacies est possible. « Quand le “quoi qu’il en coûte” sera un lointain souvenir et que les échéances tomberont, il faudra trouver de l’argent… beaucoup d’argent, prévient Philippe Becker, directeur du département pharmacie de Fiducial. Le déficit abyssal de la Sécurité sociale est une ombre qui va prendre une forme de plus en plus inquiétante. Les pharmaciens doivent en être conscients. » Et le jour où l’économie rentrera dans le rang, alors que les frais de personnel continueront d’augmenter, les effectifs ne seront plus forcément bien calibrés par rapport à cette nouvelle donne. La rentabilité pourrait en souffrir. Autre facteur qui inciterait à « dégraisser » : les pharmacies qui retomberont, du fait des nouvelles règles de calcul, en dessous du seuil de CA fixant l’embauche pourraient être tentées de licencier un adjoint devenu « non obligatoire » pour ménager la rentabilité de l’entreprise. « L’effet de seuil est contreproductif car, en dessous de 1,3 million d’euros de CA, le titulaire échappe à l’obligation alors qu’à 1 € au-dessus il doit embaucher un adjoint à temps complet avec, au coefficient 500, un impact de 59 000 €, charges sociales patronales incluses, expose Philippe Becker. Ce phénomène de ressaut n’est pas très logique et encore moins lorsqu’il est lié à l’arrivée d’un patient qui prend des médicaments chers ou encore, comme cette année, à l’effet “Covid-19”. »

Un problème de seuil…

Selon le positionnement de la pharmacie, le rapport entre le CA et l’effectif d’adjoints n’est pas forcément le reflet de la réalité. Il n’en va pas de même pour une officine de proximité avec un fort pourcentage d’ordonnances et une pharmacie de passage avec une part importante de CA hors médicament. « La question de l’embauche obligatoire d’un pharmacien adjoint en fonction du CA HT a toujours été une équation difficile à résoudre, analyse Philippe Becker. La logique de santé publique liée au monopole de dispensation des médicaments impose une surveillance et, par conséquent, un nombre suffisant de pharmaciens. Mais la logique financière ne fait pas forcément bon ménage avec la logique de santé publique. » Selon cet expert-comptable, le décret paru le 21 décembre dernier n’est pas allé assez loin. « Timidement, le nouveau div a voulu corriger l’effet “médicament cher”. Sous l’angle professionnel, ce n’est pas très logique car ce sont les produits, parmi tous ceux délivrés en pharmacie, qui demandent le plus de précaution et de suivi. Mais il faut aussi admettre que ce CA est malheureusement souvent volatil. » D’autres pistes auraient pu être explorées, selon Philippe Becker. Par exemple, déduire la part de la parapharmacie hors dispositifs médicaux ou définir un seuil plus faible avec la possibilité d’embaucher un pharmacien adjoint à mi-temps. « Le sujet est aussi politique sur deux points, reprend l’expert-comptable. Repousser le seuil d’embauche à un niveau plus élevé serait donner des arguments à la grande distribution. Ce serait aussi négatif pour l’attractivité du métier vis-à-vis des futurs diplômés. Pour la plupart des officinaux, le problème n’est plus le seuil de CA pour l’emploi obligatoire d’un adjoint, mais leur capacité à en trouver ! »

… ou un problème de bras ?

Bien que la part de médicaments très chers ne cesse de croître, les experts-comptables ne pensent pas que les nouvelles règles d’embauche d’un adjoint constituent une menace pour leur emploi. « Les titulaires ne licencieront pas. Ils auront de plus en plus besoin de pharmaciens pour réaliser les nouvelles missions et les médicaments chers militent aussi pour davantage de compétences », souligne Laurent Cassel, expert-comptable du cabinet AdequA. Même si l’activité retombe, « il faut toujours être en sureffectif assumé pour pouvoir faire face à des événements imprévus, comme avec la crise sanitaire », conseille-t-il. En outre, la prochaine convention pharmaceutique promet toujours plus de nouvelles missions. « Elles seront des opportunités pour aller chercher de la croissance », explique Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). Déjà, avec les effectifs actuels, il est impossible de s’impliquer suffisamment dans les activités de suivi du patient, par exemple. La difficulté à recruter n’est pas un facteur suffisamment pris en compte par les pouvoirs publics. Selon la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), il y a 10 000 emplois à pourvoir dans les pharmacies. La crise n’a fait qu’accentuer les besoins en main-d’œuvre et les problèmes de recrutement de personnel qualifié. « La pharmacie vit les mêmes contraintes que la restauration qui connaît une véritable crise du personnel depuis la pandémie. Les salariés à faible revenu aspirent à autre chose que de travailler jusqu’à 20 heures ou de se faire agresser par la clientèle », constate Joël Lecoeur, président du groupement Conseil Gestion Pharmacie (CGP). Après deux ans de crise sanitaire, les équipes sont en souffrance physique et psychologique, à l’origine d’arrêts de travail et de démissions. Des départs que les titulaires peinent à remplacer.

L’après-crise se prépare maintenant

Les coûts salariaux engendrés par les tests antigéniques et la vaccination contre le Covid-19 ont été absorbés par la hausse très substantielle de la marge. La rentabilité des officines a augmenté de façon spectaculaire en 2021. « Les pharmaciens doivent profiter de cette période pour consolider les fondamentaux économiques comme ils le font depuis dix ans. Ce sera leur meilleur rempart contre les impacts de l’après-crise », invite Philippe Becker. Joël Lecoeur s’attend à un « effet de ciseau » entre la rémunération de la pharmacie dans la nouvelle convention et l’accroissement de la masse salariale. « Les excédents bruts d’exploitation des officines ont progressé en moyenne de 30 000 € en 2021. Cet apport de trésorerie est la clé pour se réorganiser, investir, former les équipes et préparer l’avenir », abonde-t-il dans le même sens. Avec la création du diplôme d’études universitaires scientifiques et techniques (Deust) préparateurs/techniciens en pharmacie (bac + 2), les salaires des préparateurs devront nécessairement être revalorisés et les augmentations de frais de personnel continueront de peser sur les comptes des pharmacies si l’on veut donner envie aux jeunes de se lancer dans le métier. Les syndicats ont pris la juste mesure des événements actuels et de cette problématique de fond à l’origine du déficit d’attractivité de la profession : conditions de travail, salaires, évolutions de carrière, etc. « L’enjeu de la nouvelle convention est de créer une spirale positive sur l’économie pour que nos entreprises puissent embaucher et pour assurer le bien-être des pharmaciens et de nos équipes », conclut Pierre-Olivier Variot.

La règle de l’effectif pour les pharmaciens adjoints

Le nombre de pharmaciens adjoints, dont les titulaires d’officine doivent se faire assister en raison de l’importance de leur chiffre d’affaires (CA) annuel, est fixé :

- à un pharmacien adjoint (35 heures) pour un CA annuel HT compris entre 1 300 000 et 2 600 000 € ;

- à deux pharmaciens adjoints (35 heures) pour un CA annuel HT compris entre 2 600 000 et 3 900 000 € ;

- à un adjoint (35 heures) supplémentaire par tranche de 1 300 000 € supplémentaires au-delà de 3 900 000 €.

Des coefficients spécifiques sont appliqués aux départements et régions d’outre-mer.

À RETENIR

- Les médicaments chers, dont la partie de chiffre d’affaires (CA) au-delà d’un PFHT de 1 930 € ne génère pas de marge, sont exclus du calcul du nombre d’adjoints devant assister les titulaires. Pour l’année 2021, de manière ponctuelle, c’est également le cas du CA réalisé sur les tests antigéniques et la vaccination contre le Covid-19.

- Après la période exceptionnelle de crise sanitaire, l’économie de l’officine pourrait pousser au licenciement d’adjoints « non obligatoires ». Ces derniers sont cependant très demandés pour assurer les nouvelles missions officinales.

- La rentabilité des officines a augmenté de manière spectaculaire en 2021. Cela pourrait les conduire à investir et à se réorganiser.

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