L’approvisionnement des vaccins anti-Covid en question - Le Moniteur des Pharmacies n° 3353 du 23/01/2021 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des Pharmacies n° 3353 du 23/01/2021
 
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ENJEUX

Auteur(s) : Magali Clausener

A peine commencée, la campagne vaccinale contre le Covid-19 a suscité de nombreuses polémiques. En cause : la logistique. Est-ce le vrai problème ? Le point en cinq questions.

Depuis début janvier, les griefs relatifs à la vaccination anti-Covid portent surtout sur le lent démarrage de la campagne. Et très vite, la logistique a été un bouc émissaire tout désigné.

Pourquoi ce ne sont pas les grossistes-répartiteurs qui livrent les officines en vaccins Pfizer/BioNTech ?

Lorsque le nom de Geodis a été cité pour la livraison en vaccins Pfizer/BioNTech des officines référentes d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des pharmaciens ont vivement réagi : pourquoi confier à ce prestataire la livraison de vaccins alors qu’il n’avait pas été à la hdiv des livraisons des masques sanitaires en mars 2020 ? Plusieurs raisons expliquent ce choix des autorités publiques. D’abord, Geodis n’est pas le seul dépositaire qui assure la livraison des officines. Ils sont en réalité quatre à disposer au total de six plateformes : Geodis, Alloga, Arvato et Laphal. Chaque dépositaire s’est vu confier une zone géographique. Selon Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), Geodis est ainsi en charge des Hauts-de-France, du Grand-Est et de la Normandie. Ensuite, ce n’est pas tout à fait Geodis qui s’occupe des livraisons : « Les vaccins sont des produits pharmaceutiques et c’est une filiale de Geodis 100 % pharmaceutique, Pharmalog, qui livre les doses de Pfizer/ BioNTech, précise Laure Brenas, présidente de la section C (grossistes-répartiteurs) de l’Ordre national des pharmaciens. Les masques n’étant pas des produits pharmaceutiques, c’était effectivement Geodis, un prestataire “standard”, qui a approvisionné les pharmacies. » En outre, les grossistes-répartiteurs ne sont pas équipés pour stocker et transporter des vaccins à - 80 °C. Enfin, comme le souligne une source proche du dossier, « la valeur ajoutée des grossistes-répartiteurs est de savoir livrer 21 000 pharmacies, or il est plus complexe d’approvisionner seulement 6 000 officines ». De fait, si la livraison des officines référentes d’Ehpad a connu quelques couacs au départ, la situation s’est maintenant largement améliorée, selon les syndicats de pharmaciens. En réalité, commencer la campagne vaccinale dans des milliers d’Ehpad répartis sur toute la France était forcément la solution la moins simple à mettre en œuvre. « Ce n’était pas possible que la vaccination commence sur les chapeaux de roue », commente un observateur. De fait, la Fédération hospitalière de France (FHF) l’a confirmé le 5 janvier : le gouvernement avait prévu que la vaccination dans les Ehpad démarre pleinement à compter du 15 janvier.

Comment s’organisera la distribution des vaccins de Moderna et d’AstraZeneca ?

Le 12 janvier, le ministère des Solidarités et de la Santé et la Direction générale de la santé (DGS), lors d’un brief avec les journalistes, évoquent l’entrée des grossistes-répartiteurs « dans la boucle » pour la livraison des doses du vaccin de Moderna. Au 18 janvier, la question n’était pas encore tranchée. Si le vaccin de Moderna se conserve à - 20 °C - ce qui est un peu plus simple à gérer que pour le vaccin Pfizer/ BioNTech -, sa fragilité lors d’un transport entre + 2° et + 8° C pose problème. Le vaccin n’est pas, en effet, stable et ne doit pas être « secoué » à ces températures. Dans ces conditions, acheminer les doses devient compliqué, même si les grossistes-répartiteurs pourraient assurer les livraisons à - 20 °C avec des transporteurs. Selon Laure Brenas, les autorités devraient privilégier le circuit le plus court. Ce qui signifie que ce seraient plutôt les dépositaires qui livreraient les doses Moderna. « Il est logique d’adapter les circuits de distribution en fonction de la typologie des vaccins et de leur fragilité. Utiliser des structures déjà en place et des professionnels de la logistique fortement expérimentés pour avoir un circuit le plus éprouvé possible est important. C’est un gage de sécurité », commente Laure Brenas. En revanche, une chose est sûre : les grossistes-répartiteurs livreront le vaccin d’AstraZeneca. Ce candidat vaccin se conserve entre + 2° et + 8 °C, comme celui de la grippe. Les grossistes-répartiteurs et les pharmaciens d’officine maîtrisent donc parfaitement ce type de produit pharmaceutique. La France doit recevoir 5 millions de doses en février sous réserve que le vaccin obtienne son autorisation de mise sur le marché fin janvier.

Les officines vont-elles livrer les centres de vaccination ?

Pour répondre aux critiques, le gouvernement a chamboulé le calendrier de la campagne vaccinale en ouvrant dès le 18 janvier la vaccination aux personnes de 75 ans et plus ne résidant pas en Ehpad et à certains patients à risque élevé. Pour ce faire, plus de 700 centres de vaccination ont été mis en place. Pour l’heure, ils sont approvisionnés par les hôpitaux qui reçoivent directement les vaccins de Pfizer/BioNTech. Et ensuite ? Seront-ils livrés par les grossistes-répartiteurs ? Le 13 janvier, Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), déclarait : « Ce sont les pharmacies qui vont livrer les centres de vaccination, je suis opposé à ce que les grossistes-répartiteurs les approvisionnent directement. De plus, ils ne peuvent livrer des produits de santé qu’à un pharmacien hospitalier ou d’officine. » Le décret n° 2021-31 du 15 janvier 2021 publié au Journal officiel du 16 janvier change les règles du jeu : il autorise les dépositaires et grossistes-répartiteurs à livrer les vaccins aux hôpitaux des armées et aux centres de vaccination, et supprime l’approvisionnement des centres de vaccination par les officines.

Aurait-on pu mieux anticiper les livraisons et la vaccination ?

La logistique aurait-elle pu être mieux anticipée ? Oui, répond Philippe Besset : « On aurait pu lancer ce travail à l’automne. Les autorités se sont réveillées lorsqu’elles ont vu les premières annonces de l’arrivée du vaccin de Pfizer/ BioNTech fin décembre-début janvier ». De fait, si, aujourd’hui, les réunions entre les autorités et les grossistes-répartiteurs se succèdent, elles n’ont commencé à se mettre en place que début décembre. Or, le sujet des vaccins, notamment des conditions de conservation du vaccin de Pfizer/BioNTech, est largement évoqué depuis septembre. « C’était difficile de travailler sur la logistique uniquement à partir des communiqués de presse de Pfizer et de Moderna », relève cependant une source proche du dossier. La logistique ne fait pourtant pas tout. L’information joue un rôle essentiel. Sans information, il est impossible de livrer la bonne quantité de produits au bon endroit. Or, le système d’information pour la livraison des officines référentes d’Ehpad a été créé relativement tardivement et les pharmaciens n’ont pu le tester que le 11 janvier…

Ce sont surtout les changements de la stratégie vaccinale face à la pression des politiques et des Français, sans oublier celle de la circulation du virus, qui posent problème. D’après la FHF, tout était calé pour la vaccination dans les Ehpad comme le gouvernement l’avait prévu. Mais le déploiement accéléré de la campagne auprès d’autres publics - exigence du président Emmanuel Macron - a rebattu les cartes. Au départ, il n’était pas question d’ouvrir des centres de vaccination, sachant que la vaccination d’un large public n’était pas prévue avant le printemps. « Les “vaccinodromes” sont associés à l’échec de la vaccination contre la grippe H1N1. Or, ce n’est pas l’approvisionnement et le fonctionnement de ces centres qui ont été en cause, mais bien l’adhésion de la population à la vaccination », rappelle un interlocuteur. En clair, il a fallu réfléchir et modifier les circuits de livraison au dernier moment pour prendre en compte les centres de vaccination.

Avons-nous assez de vaccins ?

Enfin, le dernier élément, et pas des moindres, porte sur le nombre de doses disponibles. Et c’est bien là où le bât blesse : la France n’a pas assez de vaccins. Un point sur lequel ne communique pas vraiment le gouvernement. Lorsqu’Olivier Véran, ministre de la Santé, explique le 14 janvier que 6,4 millions de personnes supplémentaires sont appelées à se faire vacciner à compter du 18 janvier, il omet de dire que la France ne dispose pas d’autant de vaccins à cette date ni même pour la fin du mois (voire Repères). Pour janvier, le gouvernement tablait en effet sur 2,7 millions de doses entre Pfizer et Moderna, et pour février sur 10 millions cumulés avec l’arrivée du vaccin d’AstraZeneca. Mais les problèmes de production de Pfizer conduisent à une livraison réduite de 140 000 doses la semaine du 18 janvier. Un retard qui ne sera rattrapé qu’en mars. Actuellement, de nombreux centres de vaccination sont obligés de décaler les rendez-vous, faute de vaccins. « Ce n’est pas la logistique le point crucial, mais les informations pour savoir combien de doses il faut livrer et où », conclut un opérateur. La preuve en est faite.

À RETENIR

- Les conditions de conservation et de transport des vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna ne permettent pas aux grossistesrépartiteurs de livrer les doses.

- Les grossistes-répartiteurs pourront gérer les flux de livraison du vaccin d’AstraZenaca.

- Les pharmaciens d’officine ne pourront pas livrer les centres de vaccination.

- A l’heure actuelle, la France ne dispose pas de suffisamment de vaccins pour vacciner plusieurs millions de personnes.

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