Trois bons prétextes pour se réconcilier avec les médecins - Le Moniteur des Pharmacies n° 3268 du 06/04/2019 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des pharmacies n° 3268 du 06/04/2019
 
DISPENSATION PROTOCOLISÉE, PHARMACIEN CORRESPONDANT, TROD

Temps Forts

Enjeux

Auteur(s) : PAR FRANÇOIS POUZAUD 

Avec trois nouvelles missions qui se profilent, le rôle des officinaux va encore se renforcer. Oui, mais pas n’importe comment. A la seule condition de s’entendre avec les médecins dans le cadre d’une coordination des soins acceptée par tous.

Grand témoin du dernier forum « Bon usage du médicament » qui s’est tenu le 22 mars au ministère de la Santé, Nicolas Bouzou, économiste, a jeté l’anathème sur les corporatismes qui sont très forts en santé. « Quand les médecins veulent défendre leurs intérêts et les pharmaciens étendre leurs compétences, le système se dégrade et tout le monde s’appauvrit », a-t-il mis en garde en conclusion de cette journée. Pharmaciens et médecins devraient-ils en prendre de la graine à un moment charnière de leur histoire professionnelle ? La dispensation protocolisée de certains médicaments à prescription médicale obligatoire (PMO), le renouvellement des traitements chroniques et l’adaptation des posologies par le pharmacien correspondant ont en effet été votés en première lecture devant l’Assemblée nationale lors de l’examen du projet de loi Santé. Matignon a annoncé la réalisation des tests rapides d’orientation diagnostique de l’angine (TROD) en pharmacie et leur remboursement en 2020… Après le parcours d’obstacles législatifs, c’est bien un autre parcours du combattant, plus compliqué encore, qui attend les pharmaciens. Celui qui doit mener à un terrain d’entente avec les médecins, sans lesquels rien ne sera possible. Car la dispensation protocolisée et le pharmacien correspondant ne verront le jour que dans le cadre d’un exercice coordonné et, pour ce dernier, à la condition d’avoir l’accord du médecin. Sans interprofessionnalité et donc sans réconciliation avec les médecins, point de salut !

Dispensation protocolisée : le soutien de MG France

Sur le plus gros sujet de discorde, la dispensation protocolisée, le syndicat MG France a finalement rentré ses griffes. En même temps qu’il a décidé de revenir à la table de la négociation interprofessionnelle et en donnant son accord, certes du bout des lèvres, sur cette délivrance. Puisqu’elle est limitée à l’application de protocoles dans le cadre d’un exercice coordonné, MG France estime avoir évité la dérive vers une délivrance inappropriée de médicaments de prescription. Si ce syndicat s’est ravisé, « c’est pour discuter de ces protocoles. C’est aux équipes de soins primaires de décider de ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire et de les mettre en œuvre sur le terrain. Ce n’est pas dans les discussions parlementaires que les thématiques doivent être définies », explique Jacques Battistoni, président de MG France.

Un discours qui devrait conforter Philippe Besset, le nouveau président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), qui confiait, lors de sa première conférence de presse, « avoir une marotte : se montrer toujours optimiste ». Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), salue aussi le revirement sur l’aile de MG France. « Il ne faut pas que cela soit une manœuvre, je veux qu’il y ait du contenu dans les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), avec des protocoles de prise en charge des patients en soins non programmés », lance-t-il.

Une fois que lesdits protocoles seront établis et validés par la Haute Autorité de santé (HAS), les syndicats pharmaceutiques devront négocier la rémunération du pharmacien avec l’Assurance maladie, par le biais d’un avenant conventionnel. Gilles Bonnefond voit assez bien cette rémunération varier en fonction du protocole et du temps passé. Avec une rémunération où l’honoraire prend de plus en plus le pas sur la marge, Philippe Besset expose la problématique à résoudre, en prenant l’exemple de Monuril, antibiotique remboursable contre la cystite aiguë : « Sur prescription, le pharmacien perçoit une rémunération de 8 €, honoraires compris. Sans ordonnance, les honoraires de dispensation à l’ordonnance (0,50 €) pour médicament spécifique (3,50 €) et de garde ne peuvent pas être enclenchés. Ainsi, au lieu d’avoir une rémunération supérieure pour cette dispensation protocolisée avec obligation d’informer le médecin traitant, notamment à l’aide du DMP, celle-ci serait trois fois inférieure à celle d’une délivrance sur ordonnance. Il faut donc la rendre économiquement possible », conclut-il.

Pharmacien correspondant : le blocage, toujours le blocage

Comme pour la dispensation protocolisée, l’intervention du pharmacien correspondant dépend de l’élaboration d’un protocole validé par la HAS, dans le cadre d’un exercice coordonné. « Le pharmacien s’appuiera sur un protocole pour accompagner les patients chroniques. Par exemple, si la surveillance d’un sujet traité pour de l’hypertension artérielle est stabilisée et que les mesures de sa tension sont comprises dans la fenêtre de tir, le pharmacien pourra renouveler le traitement sur 3 mois », explique Gilles Bonnefond.

Sur ces nouvelles prérogatives, Jacques Battistoni reste pourtant inflexible. « Le pharmacien correspondant est une bonne chose car le médecin a besoin d’identifier un référent pharmacien ou infirmier pour un patient, cela permet de gagner du temps. Mais sur le renouvellement des traitements et les ajustements de posologies, on est sur une ligne rouge à ne pas franchir », déclare-t-il avec fermeté. Et de justifier sa position : « Ce travail ne correspond pas à un besoin des patients qui sollicitent un avis médical par téléphone ou par SMS en cas de problème, on ne peut pas tout protocoliser ! »

Malgré tout, Philippe Besset garde espoir de vaincre l’opposition des médecins par le dialogue. « La difficulté dans une négociation interprofessionnelle, c’est que plus il y a de syndicats (5 chez les médecins, 2 chez les pharmaciens), plus c’est difficile de porter la parole d’une profession », explique-t-il, adressant par là même un clin d’œil à l’USPO. Une campagne éclair lancée sur les réseaux sociaux quelques jours avant son élection le 26 mars a en effet montré que 90 % des 2 760 répondants souhaitaient la réunification des syndicats représentatifs de la profession.

TROD angine : un protocole ne suffit pas

Pour Gilles Bonnefond, l’annonce gouvernementale sur les TROD est une avancée permettant de lutter contre l’antibiorésistance. « Nous avions fait une proposition similaire il y a trois ans pour éviter la dispensation à l’unité », rappelle-t-il. Mais cette avancée doit être suivie d’autres telles que des durées de prescription d’antibiotiques conformes aux recommandations ou une adaptation des conditionnements industriels apportant plus de souplesse dans la dispensation.

Pour lever la fronde des médecins, il propose de travailler avec eux sur un protocole autorisant les pharmaciens à adapter la durée du traitement de chaque molécule prescrite selon les recommandations de la HAS pour lutter contre le gâchis. Philippe Besset va même plus loin. « Pour les TROD, la coordination des soins n’est pas un prérequis, mais il serait logique de l’y inscrire. » Renaud Nadjahi, président de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) pharmaciens Ile-de-France, qui a conduit une expérimentation des TROD angine en 2014-2015 dans 600 pharmacies, propose la mise en place de garde-fous. « Pour éviter les débordements, il faut imposer une vigilance au sein de la profession, au moyen d’une police interne travaillant à partir d’un certain nombre d’indicateurs fournis par les caisses primaires », suggère-t-il. Ces gages de bonne conduite suffiront-ils à convaincre le président de MG France ? Lui qui oppose « qu’un TROD ne peut résumer la démarche médicale et diagnostique d’une angine ». Quant au modèle économique, ce sera une autre paire de manches. Les points de discussion avec l’Assurance maladie ne devraient pas manquer : remise d’une dotation gratuite de tests angine comme avec les médecins, conditions de prise en charge (à la suite d’une prescription et/ou à l’initiative du pharmacien ? Rémunération au temps passé), etc. 

À RETENIR


•   Dispensation protocolisée, pharmacien correspondant et TROD sont trois missions qui pourraient faire leur apparition en 2020.

•   L’exercice coordonné voire l’accord du médecin sont des prérequis pour pouvoir assurer les deux premières.

•   Comme pour la dispensation protocolisée, l’intervention du pharmacien correspondant sera conditionnée à l’élaboration d’un protocole validé par la HAS.

REPÈRES 

TROIS AVANCÉES POSSIBLES POUR LE PHARMACIEN DANS LE CADRE D’UN EXERCICE COORDONNÉ

PAR FRANÇOIS POUZAUD

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