Les opioïdes sous haute surveillance - Le Moniteur des Pharmacies n° 3262 du 02/03/2019 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des pharmacies n° 3262 du 02/03/2019
 
CONSOMMATION D’ANTALGIQUES

Expertise

Ouverture

Auteur(s) : YOLANDE GAUTHIER 

L’abus d’antalgiques opioïdes, oxycodone et fentanyl en première ligne, continue de faire des ravages en Amérique du Nord. Rien qu’aux Etats-Unis, l’overdose aux opioïdes a provoqué 42 000 décès en 2016. Contre 9 138 (dont 78 % liés à l’héroïne) pour l’Europe. Faut-il craindre une telle « épidémie » en France ? «   Bien que la situation ne soit pas comparable à celle des Etats-Unis, un certain nombre d’indicateurs incitent à une vigilance accrue de la part des autorités et des professionnels de santé   », répond l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) dans son Etat des lieux de la consommation des antalgiques opioïdes et leurs usages problématiques, publié le 20 février dernier.

L’amélioration de la prise en charge de la douleur a conduit logiquement à une plus grande prescription d’antalgiques. En 2017, 78 % de ceux consommés en France sont non opioïdes, 20 % des opioïdes faibles, et 2 % des opioïdes forts. Tramadol, codéine en association et poudre d’opium associée au paracétamol sont les opioïdes les plus utilisés. En 12 ans (2006-2017), la consommation de tramadol seul ou en association a augmenté de 68 %, celle de fentanyl transdermique de 78 % et celle de fentanyl transmuqueux de 339 %. La plus forte hausse enregistrée concerne l’oxycodone (+ 738 %). Les prescripteurs d’opioïdes sont dans la grande majorité des cas des médecins généralistes (86,3 % des opioïdes faibles et 88,7 % des forts), puis des dentistes (2,8 % et 0,3 %), des rhumatologues (2,2 % et 1,7 %) et des chirurgiens orthopédistes (1,9 % et 1,3 %).

L’utilisation plus large des antalgiques opioïdes va de pair avec un risque accru de complications graves : hausse du nombre d’hospitalisations, de décès et de notifications d’intoxication liés à leur prise. «   La consommation des opioïdes expose à un risque d’abus et de dépendance, que les antalgiques opioïdes soient faibles ou forts, que le patient soit naïf ou non de traitement opioïde, avec des antécédents de trouble de l’usage de substances ou non, et quelle que soit la durée du traitement   », rappelle l’ANSM, qui ajoute que « les femmes sont majoritairement concernées   ». Le rapport propose plusieurs pistes pour améliorer l’usage et limiter le mésusage de ces médicaments, parmi lesquelles un renforcement de la formation des professionnels de santé sur leur prescription et leur délivrance. Ou encore la promotion de la prise en charge non médicamenteuse de la douleur, et une réévaluation systématique du traitement après 3 mois au maximum dans la douleur chronique. Pour que la France ne suive pas les traces des Etats-Unis, les pharmaciens doivent aussi rester vigilants. §


RAPPEL SUR LES STUPÉFIANTS ET ASSIMILÉS


• Certains médicaments relevant de la liste I sont soumis en totalité ou en partie au régime particulier des stupéfiants. Ils sont alors appelés « assimilés stupéfiants ».
Pour les médicaments stupéfiants et assimilés stupéfiants, le prescripteur doit indiquer en toutes lettres le nombre d'unités thérapeutiques par prise, le nombre de prises et le dosage de la spécialité, manuellement ou informatiquement.

• Pour les stupéfiants, l’ordonnance est exécutée dans sa totalité ou pour totalité de la fraction du traitement si elle est présentée dans les trois jours suivant sa date d’établissement ou suivant la fin de la fraction précédente. Sinon elle est exécutée uniquement pour la durée de la prescription ou de la fraction de traitement restant à courir. Il faut alors déconditionner la spécialité pour ne délivrer que le nombre exact d’unités thérapeutiques prescrites.

• Pour les assimilés stupéfiants, le délai de présentation de l’ordonnance est de 3 mois, comme pour tout médicament relevant de la liste I.

Addictovigilance

• L’addictovigilance est la surveillance des cas d’abus, de mésusage et de dépendance liés à la prise de toute substance ayant un effet psychoactif. En France, le système de surveillance de la pharmacodépendance repose sur un réseau de 13 centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance (CEIP).
• La notification d’un abus, d’un usage détourné ou d’une dépendance à une substance psychoactive est une obligation légale du pharmacien (articles R. 5132-114 du Code de la santé publique). Le signalement aux CEIP se fait sur le site signalement.social-sante.gouv.fr

Sources : Médicaments à dispensation particulière à l’officine, meddispar.fr ; base de données publique des médicaments, base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr.

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