Il est l’or, mon senior - Le Moniteur des Pharmacies n° 3169 du 18/03/2017 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des pharmacies n° 3169 du 18/03/2017
 
PERSONNES ÂGÉES

Temps Forts

Enjeux

Auteur(s) : LOAN TRANTHIMY ET MATTHIEU VANDENDRIESSCHE 

Analyse d’ordonnance, surveillance de l’observance des traitements ou encore PDA. Autant de compétences que le pharmacien pourra mettre au profit de la personne âgée, au moment de la délivrance du médicament et du suivi de son utilisation. Une mission que l’on voudrait voir mieux reconnue par une rémunération spécifique.

Aujourd’hui, 10 millions de personnes ont plus de 75 ans et dans 20 ans, elles seront plus de 16 millions. Cette population en croissance est souvent atteinte de polypathologies et polymédiquée. Cet état nécessite de la part du pharmacien une vigilance accrue en raison du risque d’interactions médicamenteuses. Conscients de cet enjeu, l’Assurance maladie et les deux syndicats de pharmaciens (FSPF et USPO) sont tombés d’accord pour faire de la prise en charge de la personne âgée (de plus de 75 ans et en ALD de plus de 65 ans) l’une des priorités de la future convention, en cours de négociation. « C’est le chantier du bon usage du médicament pour permettre à ces personnes âgées de rester le plus longtemps au domicile. Que peut donc faire le pharmacien pour accompagner ces patients et les sécuriser face au risque iatrogène ? », s’interroge Gilles Bonnefond, président de l’USPO, lors de la table ronde sur le thème « Seniors à l’officine : aspects économiques et nouveaux services », co-organisée par LeMoniteur des pharmacies, le 12 mars, lors du salon PharmagoraPlus.

Un entretien de bilan de médication

Pour le syndicat, le pharmacien peut tout d’abord intervenir sur l’ordonnance afin de détecter et de mettre en garde sur les interactions médicamenteuses et de s’assurer de la bonne utilisation du traitement. Selon la Haute Autorité de santé (HAS), la consommation journalière moyenne d’une personne âgée de 65 ans et plus s’établit à 3,6 médicaments, et 4,6 à partir de 85 ans. Afin d’accompagner le patient dans la bonne observance thérapeutique, le pharmacien pourra ensuite proposer un entretien avec un bilan de médication. De quoi s’agit-il ? Conformément à l’arrêté du 28 novembre 2016 relatif aux bonnes pratiques de dispensation, « lors du renouvellement du traitement, le pharmacien recueille les observations éventuelles du patient, la survenue d’éventuels effets indésirables et apprécie, le cas échéant, les décisions antérieures qu’il a pu prendre ou proposer aux prescripteurs ». Pour Philippe Gaertner, président de la FSPF, « c’est le pendant en ville de la conciliation médicamenteuse pratiquée à l’hôpital ». Comment vont être rémunérés les pharmaciens qui s’engagent dans la lutte contre le risque iatrogène et en faveur de l’adhérence au traitement par le patient ? Selon les syndicats, en contrepartie des économies réalisées grâce au bon usage du médicament, l’Assurance maladie pourra rémunérer le pharmacien de deux façons : une rémunération sous la forme d’honoraires à l’ordonnance pour la dispensation de médicaments et/ou une rémunération forfaitaire pour l’accompagnement du patient âgé après cette délivrance. Philippe Gaertner considère que ces deux pistes de travail sont importantes. « L’approche sur la personne âgée constitue un élément différenciant entre les pharmacies. Il faut trouver les points d’équilibre pour que l’évolution de la rémunération soit équitable entre les officines », ajoute-il.

La remise d’un semainier, un aboutissement logique

L’entretien avec les personnes âgées pourrait logiquement aboutir à la remise au patient d’un semainier, sous forme de piluliers ou de sachets-doses. Selon la FSPF et l’USPO, la préparation des doses à administrer (PDA) n’était pas présente dans les documents de l’Assurance maladie pour les négociations conventionnelles. Elle y a été introduite à la demande des pharmaciens et, depuis, semble beaucoup intéresser la CNAM. Les syndicats s’emploient par ailleurs à débloquer le décret sur les bonnes pratiques de préparation, en attente de parution depuis de nombreuses années et sous-tendu à la mise en place d’une rémunération pour effectuer la PDA.

Assurer la stabilité de la délivrance des génériques

Eric Henry, généraliste et ancien président du Syndicat des médecins libéraux (SML) reconnaît, lors de la table ronde, que « le générique pose problème pour la personne âgée ». Egalement présent au débat, Stéphane Joly, vice-président du Gemme (association des laboratoires de génériques), estime que « les industriels font en sorte que les pharmaciens ne changent pas continuellement les génériques pour avoir une certaine stabilité de délivrance ». De leur côté, les pharmaciens confirment que la stabilité à la marque, inscrite dans la ROSP génériques, est généralement respectée. « 95 % des pharmaciens sont fidèles à la marque pour que la population âgée ne s’expose pas au risque iatrogène », dit Gilles Bonnefond. Philippe Gaertner ajoute : « Le changement de marque est relativement rare. Le pharmacien reste vigilant lors de la délivrance chez la personne âgée car nous avons entendu les remarques des médecins ».

De nouveaux services en perspective

Le div sur les prestations et services contenu dans la loi HPST n’a encore paru au Journal officiel. Ce qui prive les officinaux d’une liste des services autorisés. Outre la dispensation et la livraison au domicile, déjà pratiquées, les services proposés pourraient relever de la « silver économie », filière axée sur les personnes âgées lancée à la fin 2013. En plus du suivi de l’observance par le biais d’objets connectés, Jérôme Pigniez, fondateur du portail national de la « silver économie » suggère, par exemple, que l’officine soit un point de retrait de colis pour certains articles. Le service pourrait aussi être un coaching santé : « Le patient est en demande d’accompagnement pour prévenir les pathologies, pour se lancer dans une activité sportive, pour bien manger… Et c’est l’officine qui peut s’en charger », illustre Jean-Luc Fournival, président du syndicat UNPF.

L’APPUI DES COMPLÉMENTAIRES SUR LE FINANCEMENT

Outre l’Assurance maladie qui se dit prête à rémunérer les pharmaciens dans le cadre de la prise en charge des personnes âgées, quid des complémentaires ? Présent à PharmagoraPlus lors de la table ronde sur le thème des seniors à l’officine, Christian Schmidt de la Brélie, directeur général du groupe Klésia, rappelle que le rôle du politique et de définir un cadre et une stratégie de santé, le rôle de l’assurance maladie obligatoire est de l’appliquer et celui des complémentaires est d’accompagner le régime obligatoire dans la prévention, mais aussi dans le curatif : « Dans le cadre de la prévention, notre métier est d’inventer un nouveau secteur qui permettra aux pharmaciens de négocier la rémunération sur l’accompagnement, la prévention ou encore la rémission. »

À RETENIR


•  Pour mieux prendre en charge la personne âgée, souvent polymédiquée, le pharmacien pourra dans l’avenir proposer de nouveaux services.

•  Les syndicats de pharmaciens négocient avec l’Assurance maladie une rémunération spécifique pour la prise en charge de la personne âgée.

•  Pour pouvoir proposer des services et prestations, un décret est toujours en attente de publication.

REPÈRES 

LA « SILVER ÉCONOMIE » DE LA PHARMACIE

Par Anne-Charlotte Navarro, Loan Tranthimy et Matthieu Vandendriessche - Infographie : Franck Lhermitte

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