Nicolas Revel, directeur général de l’UNCAM - Le Moniteur des Pharmacies n° 3164 du 19/02/2017 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des pharmacies n° 3164 du 19/02/2017
 
ENTRETIEN

Temps Forts

Interview

Auteur(s) : PROPOS RECUEILLIS PAR LOAN TRANTHIMY ET MAGALI CLAUSENER  - PHOTOS : KAVEH NAAMANI 

Honoraires pour toutes les ordonnances, rémunération minimale pour les dispensations inférieures à un certain montant, nouvelles missions pour le pharmacien dont l’ouverture du DMP… A quelques jours de l’ouverture des négociations avec les syndicats le 22 février pour la prochaine convention nationale pharmaceutique, Nicolas Revel, directeur général de l’Assurance maladie, précise ses intentions.

Cinq ans après la convention qui a introduit les honoraires de dispensation, l’économie officinale n’est pas brillante et la fermeture des officines s’accélère. Comment expliquez-vous cette situation ?

Nicolas Revel :L’économie officinale n’est plus portée par des hausses de revenus de l’ordre de 7 %, comme ce fut le cas dans les années 2000. Un tel rythme n’était ni sain ni soutenable. Nous avons dû réaliser depuis un effort nécessaire pour ramener le poste médicaments en France à ce qui se pratique ailleurs en Europe. Notre politique de régulation agit sur les prix mais aussi sur la juste prescription, et va s’inscrire dans la durée. Pour éviter à l’officine d’en subir les contrecoups, le virage amorcé en 2015 avec la création des honoraires de dispensation était nécessaire. Il a eu des effets bénéfiques mais cela n’a pas été suffisant. L’enjeu de la prochaine convention sera donc de dissocier encore davantage la rémunération des pharmaciens des évolutions de prix et de volumes des médicaments mais aussi de mieux valoriser leurs missions de santé.

Aujourd’hui, la moitié de la rémunération dépend encore de la marge réglementée. Dans quelle proportion pourrait-elle basculer en honoraires ?

Il ne s’agira évidemment pas de supprimer toute marge réglementée ni de la réduire a minima, par exemple en la ramenant de 50 % à 45 %. Il reviendra à la négociation de définir le bon équilibre en veillant évidemment à ce que l’impact de cette nouvelle évolution soit le plus neutre possible pour les officines quels que soient leur configuration, leur chiffre d’affaires, leur localisation… Nous y sommes parvenus en 2015, nous devrons en prendre soin cette fois-ci également. Une démarche progressive, par étapes, pourrait nous y aider, afin que la réforme ne crée pas d’effets majeurs de gains ou de pertes entre officines.

Les syndicats vous ont déjà présenté leurs propositions comme la création des honoraires supplémentaires de 2 euros par ordonnance. Etes-vous prêt à vous engager dans la voie d’un honoraire à l’ordonnance ?

En 2014, l’objectif visé par les partenaires conventionnels était d’aller vers des honoraires à l’ordonnance. Nous l’avions d’ailleurs inscrit dans l’avenant 5 à la convention nationale signé en mai 2014. Cette orientation ne pose donc pas de problème de principe. Et il ne nous est pas interdit d’aller au-delà : faut-il rémunérer toutes les ordonnances quelle que soit leur complexité, cette notion ne se réduisant pas au nombre de lignes ? C’est une piste mais ce n’est pas à ce stade celle que nous privilégions. Certains patients, de par leur âge ou leur pathologie, requièrent de la part du pharmacien une vigilance accrue ; certains produits répondent à des conditions particulières de dispensation. On voit bien que l’idée d’une rémunération forfaitaire pour toute ordonnance serait réductrice. On voit bien que ce sont les dispensations et les patients complexes qui requièrent le plus de temps. Nous devons donc réfléchir prioritairement dans cette direction.

Quelles autres pistes avez-vous déjà retenues ?

Si nous voulons éviter de créer des déséquilibres entre officines, il faudra conjuguer plusieurs éléments de rémunération susceptibles de se substituer à la part de la marge réglementée qui serait basculée. Les honoraires de dispensation à la boîte constituent déjà une base de départ et nous verrons s’il serait intéressant de les augmenter un peu ou bien si nous pouvons les compléter, comme les syndicats le proposent, par un honoraire minimum pour les dispensations inférieures à un certain montant. A ce stade, les négociations n’ayant pas encore démarré, plusieurs pistes sont à l’étude et des simulations devront être réalisées pour vérifier les impacts sur chacune des officines.

Quels paramètres de l’arrêté de marge êtes-vous prêt à modifier ? Plusieurs pistes sont évoquées dont celle de la révision de la marge à 0 % sur les médicaments chers.

La piste que vous évoquez viserait à augmenter la rémunération officinale sur les médicaments chers. Pour ces derniers, la marge des pharmaciens va jusqu’à 97,16 euros (soit 6 % du plafond fixé à 1 500 euros). On voit bien la logique qui justifie de poser une limite, surtout avec l’arrivée annoncée de nouveaux produits innovants dispensés en ville et dont les coûts pourraient atteindre des montants très importants. Nous examinerons donc cette demande dans la négociation mais j’en vois d’emblée les limites et l’effet d’aubaine qu’elle pourrait créer pour un nombre d’officines probablement limité.

Le bilan des entretiens pharmaceutiques est en demi-teinte. Comment redynamiser ce dispositif ?

Il y a un consensus pour maintenir l’engagement des pharmaciens dans l’accompagnement des patients atteints de pathologies chroniques et ayant des traitements complexes. L’idée est d’aller au-delà de l’asthme et des traitements anticoagulants oraux, tout en évitant deux écueils qui expliquent pour partie les difficultés rencontrées : une certaine lourdeur du dispositif et un paiement trop tardif. Nous allons réfléchir à des modalités d’accompagnement différentes, plus régulières, moins astreignantes pour les patients. J’insiste cependant sur un point : il ne s’agit pas de rémunérer les pharmaciens pour des interventions invérifiables et qui n’auraient aucun effet palpable. Je suis ouvert sur les modalités mais nous devons rester exigeants sur l’objectif : l’accompagnement réel des patients dans la bonne compréhension et l’observance de leur traitement.

Concernant la ROSP génériques, où en sont les discussions sur le nouvel avenant ?

Je pense que nous devrions pouvoir signer l’avenant bientôt, en tout cas avant l’ouverture de la négociation le 22 février. L’enveloppe globale pour 2017 tournera comme prévu autour de 140 millions d’euros. Par rapport à nos derniers échanges avec les syndicats, j’ai notamment introduit un élément nouveau qui vise à prendre en considération la situation des officines dont le taux de substitution est déjà très élevé. Cela concernera environ 20 % des pharmacies qui sont déjà les plus performantes et qui peuvent difficilement progresser. Dès lors qu’elles maintiendront leur taux de substitution, elles pourront conserver leur niveau de ROSP de 2016. Pour les autres, l’objectif reste inchangé : une progression de 2,6 points par rapport au taux moyen constaté en 2016.

Les pharmaciens ont-ils encore des marges de manœuvre ?

A un moment donné, on atteindra forcément une limite, qui ne pourra être repoussée qu’en faisant reculer la part des ordonnances en « non substituable ». Nous nous y employons par ailleurs, car rien ne justifie que cette part soit passée de moins de 2 % début 2013 à plus de 8 % fin 2016… Rien, sinon peut-être l’attachement des médecins à préserver la possibilité pour leurs patients de bénéficier du tiers payant en pharmacie. Reste que si la substitution ne pourra probablement plus progresser énormément, nous devrons continuer à l’encourager, quitte à y consacrer un investissement moindre. Ce que nous réduirons sur la ROSP génériques, nous pourrons le redéployer sur d’autres missions. Beaucoup de pistes sont envisagées, dont l’ouverture des dossiers médicaux partagés. En disant cela, je veux lever d’emblée un éventuel malentendu : il ne s’agit pas de dire que toutes les nouvelles missions confiées aux pharmaciens seront financées à enveloppe constante. Il devra y avoir un « plus » en termes de rémunération, mais il devra correspondre à des actions nouvelles et des résultats obtenus.

Quel sera le montant total de l’enveloppe budgétaire ?

La demande prioritaire de la profession est d’être mise à l’abri des effets des baisses de prix. Au regard des dernières années, c’est un élément très important. Il s’agira aussi de mieux valoriser les interventions des pharmaciens et de reconnaître réellement leur rôle de professionnel de santé à part entière. Entre l’action sur la structure de la rémunération et les résultats obtenus sur les missions supplémentaires, forcément variables d’une officine à l’autre, nous verrons bien ce que sera le montant global des rémunérations observées au cours des prochaines années. Faisons d’abord en sorte que la rémunération cesse de régresser et si elle devait progresser, tant mieux, ce serait le fruit d’actions nouvelles et de résultats atteints.

Et l’engagement pluri-annuel demandé par les syndicats ?

Le premier engagement, c’est de mieux protéger l’économie officinale. C’est aussi d’introduire, dans le cadre de la prochaine convention, de nouveaux éléments de valorisation potentielle supplémentaire. Mais il n’a jamais été question, ni pour l’Assurance maladie ni pour les syndicats, de garantir un niveau minimal de progression des rémunérations sur 5 ans. Ce ne serait pas respectueux de l’esprit qui préside à l’exercice d’une profession libérale.

BIO EXPRESS


•  2014 Nicolas Revel succède à Frédéric Van Roekeghem à la direction générale de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie.

•  2012 Elu président de la République, François Hollande le nomme secrétaire général adjoint de la présidence de la République, en tandem avec Emmanuel Macron.

•  1993 Diplômé de l'ENA (promotion Gambetta), il entre à la Cour des comptes, en qualité de conseiller référendaire.

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