L’étau se resserre sur les remises génériques - Le Moniteur des Pharmacies n° 3161 du 29/01/2017 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des pharmacies n° 3161 du 29/01/2017
 
ACHATS

Temps Forts

Enjeux

Comme chaque année, les remises sur les génériques représentent un apport économique essentiel dans l’équilibre financier des officines. Les pharmaciens doivent donc se montrer vigilants face aux changements de politique commerciale de leurs fournisseurs, dont certains viennent de relever leurs seuils d’achat donnant droit aux remises.

Le médicament générique va rester la clé de voûte de l’économie de l’officine en 2017, essentiellement au travers des remises et, à un moindre degré, de la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP). Car la négociation de la nouvelle convention pharmaceutique qui démarre officiellement le 22 février prochain ne va pas instaurer du jour au lendemain de nouveaux honoraires, pas avant 2018.

Par conséquent, tous les regards des pharmaciens vont à nouveau être rivés sur le niveau des remises consenties par leurs fournisseurs, en espérant que les baisses de prix ne viendront pas trop éroder cette manne, et que le plan national d’action de promotion des génériques tournera à plein régime en 2017.

Astera relève ses seuils

Première alerte : sur le réseau social Facebook des Pigeons Pharmaciens, des pharmaciens signalent que les conditions commerciales de certains grossistes pour 2017 changent sur le générique, plus particulièrement sur les seuils d’achats mensuels à atteindre pour toucher les remises. Plusieurs témoignages de pharmaciens exerçant dans le nord de la France rapportent un acte isolé du répartiteur CERP Rouen (groupe Astera), qui a décidé au niveau national de relever le minimum d’achats mensuels de génériques d’un laboratoire de 100 € à 350 € HT. «   Si ce seuil n’est pas atteint, la remise nous est refacturée en fin de mois   », indique une pharmacienne installée à Ronchin (Nord), cliente de la CERP, qui a le sentiment que son répartiteur lui force la main pour passer plus de commandes chez lui. A l’évidence, cette politique pénalise les achats de dépannage effectués chez le grossiste, obligeant les pharmaciens à surstocker.

Néanmoins, l’application de ces seuils est une pratique commerciale courante chez les répartiteurs pour récupérer des flux et couvrir leurs frais de distribution. Une pharmacienne en Moselle indique même des seuils d’achats plus élevés à atteindre à l’OCP, mais globalisés entre les différentes marques de génériques. Hubert Olivier, président de l’OCP, n’a pas souhaité s’exprimer sur la politique commerciale du groupe pour 2017, mais, selon nos informations, elle serait inchangée par rapport à 2016.

Pas de changement non plus des conditions commerciales chez Alliance Healthcare qui, à l’inverse de ses concurrents, n’impose aucun minimum d’achat. «   Cela tient à notre politique de distribution sélective du générique, nous servons sans restriction de remises la grande majorité des marques de génériques à nos clients, avec un niveau de service supérieur pour nos partenaires privilégiés   », explique Olivier Marco, directeur commercial et marketing d’Alliance Healthcare France.

Les grossistes plutôt bien rémunérés

Cette première alerte sera sans doute sans suite. En effet, dans le cadre des contrats passés avec les génériqueurs, le grossiste joue le rôle d’intermédiaire qui revend à prix coûtant à ses clients pharmaciens (majoré d’un centime symbolique pour ne pas être accusé de revendre à perte). Une politique à l’identique des conditions d’achat en direct destinée à récupérer la majorité des flux. Pour la distribution des génériques, le grossiste perçoit une commission logistique versée par les laboratoires et destinée à compenser l’abandon de sa marge de distribution en gros au profit du pharmacien, ainsi qu’une rémunération spécifique pour la transmission de données de vente par système EDI (échanges des données informatisées). Au global, sa rémunération peut aller jusqu’à 7,5 % des achats, soit un niveau sensiblement supérieur à celui qui découlerait de l’application de l’arrêté de marge (6,68 % sur le PFHT avec un montant plancher de 30 centimes et un plafond de 30 €). Le grossiste ne serait donc pas si à plaindre que cela ! «   Nous sommes correctement rémunérés de notre prestation, mais en contrepartie, nous supportons à la place des génériqueurs le risque de défaillance des pharmaciens   », pondère Fabrice Guigonnat, directeur des ventes du répartiteur D2P Pharma.

Un relèvement du plafond des remises à 50 %

Le danger d’une baisse des remises est donc plus à craindre du côté des laboratoires de génériques, sous la pression continue des baisses de prix. C’est ici que le pharmacien doit redoubler de vigilance. C’est le cas pour Jean Ducros, administrateur des Pigeons Pharmaciens et installé à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). Depuis le début de l’année, il relève que certains laboratoires de génériques ont revu leurs remises à la baisse : «   Plusieurs molécules, qui étaient à 40   % de remises, sont tombées à 30   %   ». Face à cette menace constante de modulation des remises par référence (la moyenne pondérée se situant entre 33 et 35 %), Gilles Bonnefond, président de l’USPO, demande un relèvement du plafond des remises à 50 % afin de «   redonner rapidement un ballon d’oxygène à la profession.   » Cela rendrait selon lui la compétition plus claire et les acteurs capables de promettre un niveau de remises maximum sur un grand nombre de leurs produits. Mais la meilleure des stratégies, pour optimiser ses remises sur facture, est de concentrer ses achats sur son génériqueur principal en exploitant toute la largeur de son portefeuille, et pour le reste, d’acheter au mieux-disant. Telle est la préconisation faite par le groupement Pharmactiv à ses adhérents. Enfin, pour pouvoir accorder des remises aux pharmaciens en toute quiétude, Erick Roche, président du Gemme, réclame une clarification sur les éléments à inclure dans le périmètre du plafond à 40 %. Car l’ensemble de la chaîne de distribution continue à faire l’objet d’une surveillance soutenue de la DGCCRF qui cible, lors de ses contrôles, les entorses à l’article L.138-9 du code de la Sécurité sociale, et tout particulièrement les remises liées aux achats d’OTC qu’elle qualifie parfois de « remises supplémentaires déguisées » sur le générique. 

FOLLE RUMEUR

Le Comité économique des produits de santé (CEPS) réfléchirait-il à une baisse des remises génériques de 40 % à 10 % ? Un écho remonté du terrain et non confirmé pour le moment par les syndicats qui ne lui donnent aucun crédit. « Ce n’est pas envisageable, compte tenu de nos difficultés économiques », réagit Philippe Gaertner (FSPF). Pour Gilles Bonnefond (USPO), c’est un « faux bruit entretenu par les grossistes », au moment où les consultations de la profession se poursuivent dans le cadre d’un rapport de la Cour des comptes sur la distribution en gros des médicaments.

À RETENIR


•  Des pharmaciens signalent le relèvement des seuils mensuels à atteindre chez les grossistes pour toucher les remises sur les génériques.

•  La menace sur les baisses des remises est davantage à craindre du côté des laboratoires pharmaceutiques que des grossistes répartiteurs.

REPÈRES 

TROIS POINTS CLÉS POUR COMPRENDRE LES REMISES

div : Loan Tranthimy - Infographie : Franck L’hermitte

Pourrez-vous respecter la minute de silence en mémoire de votre consœur de Guyane le samedi 20 avril ?


Décryptage

NOS FORMATIONS

1Healthformation propose un catalogue de formations en e-learning sur une quinzaine de thématiques liées à la pratique officinale. Certains modules permettent de valider l'obligation de DPC.

Les médicaments à délivrance particulière

Pour délivrer en toute sécurité

Le Pack

Moniteur Expert

Vous avez des questions ?
Des experts vous répondent !