Vaccins et génériques : les mécanismes de refus - Le Moniteur des Pharmacies n° 3159 du 15/01/2017 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des pharmacies n° 3159 du 15/01/2017
 
SOCIOLOGIE

Temps Forts

Enquête

Auteur(s) : MAGALI CLAUSENER 

Au comptoir, des patients n’acceptent pas les génériques ou la vaccination. Qui sont-ils ? Y a-t-il un profil type de patients réfractaires ? Dans les faits, leurs réticences ne relèvent pas des mêmes motivations et arguments.

Selon un sondage réalisé par l’Institut BVA pour l’Assurance maladie en février 2016, 78 % des Français utilisent des génériques lorsqu’ils sont malades. Pour autant, le grand public leur accorde une note moyenne de confiance de 6,8 sur 10. «   La campagne nationale de promotion du générique tente de remédier à cette position de réticence des Français vis-à-vis des génériques, qui ne s’appuie pas sur des faits avérés, explique Catherine Bourrienne-Bautista, déléguée générale du Gemme (l’association des génériqueurs) . Pour nombre de personnes, si ces médicaments sont moins chers, c’est qu’ils sont moins efficaces.   » Selon le Gemme, d’autres raisons expliquent ce « désamour » des génériques. Dans les pays d’Europe du Sud, les patients semblent plus attachés aux marques que dans les pays anglo-saxons ou du Nord. «   Le problème originel est d’avoir présenté les génériques comme un moyen de réaliser des économies collectives à moyen terme. Il n’y a pas eu un effet direct pour le patient jusqu’à la mise en place de la mesure “tiers payant contre générique”   », ajoute Catherine Bourrienne Bautista.

La problématique est plus complexe pour les malades chroniques. Gérard Raymond, président de la Fédération française des diabétiques, réfute d’ailleurs le terme de « réfractaire » : «   On doit s’interroger sur ce qu’on traduit derrière cette notion. Une minorité de patients est dans le déni de la maladie. Peu refusent les traitements, car la maladie les rattrape. Les comportements sont révélateurs d’une incompréhension de la maladie, des traitements, de la prise en charge, et des obstacles rencontrés par les patients   ». Caroline Guillot, sociologue et directrice de Diabète LAB, abonde dans son sens : «   Il peut en effet arriver que le patient soit découragé et un peu perdu face à la difficulté et la complexité de la prise en charge. Parler de patient réfractaire, c’est ne pas comprendre le vécu du patient et de son parcours de soins et de santé   ». «   Les patients ont le droit de poser la valise et il faut les aider. C’est trop facile de les accuser. Les causes profondes de ces comportements doivent être recherchées afin d’en discuter avec les patients   », estime Gérard Raymond.

Pour les patients opposés à la vaccination, la défiance envers les produits joue un rôle primordial. «   40   % des Français pensent que les vaccins ne sont pas sûrs. C’est un record mondial », observe Jocelyn Raude, sociologue, chercheur associé au Centre Edgar Morin et maître de conférences à l'École des Hautes Études de Santé Publique (EHESP). D’une manière générale, les personnes opposées à la vaccination sont des diplômés de l’enseignement supérieur, avec une bonne insertion professionnelle, mais qui n’appartiennent pas aux élites. Il s’agit par exemple d’enseignants du secondaire ou de paramédicaux. Ces catégories socioprofessionnelles sont plus exposées aux médias. Dans le même temps, la couverture médiatique sur les vaccins en France est la plus mauvaise au monde. Le traitement du sujet est anxiogène.   »

Les patients ont besoin de se forger leur propre opinion

Si l’on ne peut pas dresser un portrait type du patient réfractaire ou plutôt réticent, son degré d’information joue un rôle primordial. «   Le rejet, qu’il faut analyser comme une prise de recul, peut être amplifié car les patients sont de plus en plus informés face aux professionnels de santé. Ils ont besoin de se forger leur propre opinion en dehors des consultations et du pronostic, et de décider librement de manière éclairée, en fonction de leurs échelles de valeurs et de leur intérêt   », explique Magali Leo, chargée de mission au CISS (Collectif interassociatif sur la santé). Faut-il encore que les patients soient bien informés. Or, ce n’est pas toujours le cas, notamment sur Internet. «   Il est sain que les patients s’interrogent sur l’évaluation des médicaments, leurs traitements, les données de santé et leur utilisation. Il faut encourager les gens à avoir accès à l’information, mais celle-ci doit être utile et fiable. La qualité de l’information et la transparence relèvent de la responsabilité collective. En tant qu’association de patients, notre rôle est d’œuvrer en ce sens, afin que chacun puisse disposer d’informations claires et dénuées de conflit d’intérêts   », souligne Magali Leo. Et d’ajouter : «   Donner une information la plus complète possible, fiable, sourcée et validée est également de la responsabilité des médias, des agences sanitaires, des professionnels de santé   ». Pour Catherine Bourrienne-Bautista, il serait d’ailleurs bien que, de manière générale, «   les sites gouvernementaux et des agences nationales qui présentent des informations fiables et factuelles, arrivent en premier sur les moteurs de recherche   ». Mais les professionnels de santé demeurent néanmoins en première ligne. «   Les patients ont confiance dans leur médecin et c’est heureux. Le prescripteur incarne encore la confiance et la crédibilité. Néanmoins, si par exemple, les vaccins et les génériques sont parfois perçus négativement en France, c’est aussi parce que certains professionnels de santé alimentent eux-mêmes une certaine confusion. Lorsqu’un médecin prend la plume pour prendre des positions de dénigrement, cela a des incidences sur les patients   », pointe Magali Leo.

Changer de culture

Que peut donc faire le pharmacien face aux patients réticents ? Il doit pouvoir dialoguer avec eux «   afin de partir sur des bases non émotionnelles   », comme l’observe Catherine Bourrienne-Bautista. «   Il y a différentes étapes selon le degré d’hésitation par rapport à la vaccination. Le pharmacien doit poser des questions sur ce que sait le patient et pouvoir recadrer l’information   », explique Jocelyn Raude. « Le pharmacien doit pouvoir disposer d’outils de communication comme des brochures ou des dépliants fournissant des informations claires », insiste la déléguée générale du Gemme. Selon Caroline Guillot, en ce qui concerne les patients diabétiques, «   les pharmaciens souhaitent avoir les bons outils, mais il faut les co-construire ensemble   ». Et aller plus loin. «   Il y a encore une énorme défaillance dans notre système de santé : il n’implique pas le patient dans la compréhension de sa maladie et son adhésion au traitement. Le patient reste dans une relation avec un “sachant”, commente Gérard Raymond. «   Il ne s’agit pas seulement d’un problème d’observance, mais de prise en charge globale. Il doit y avoir un changement de culture méthodologique vis-à-vis de la globalité de la prise en charge   », conclut Caroline Guillot.

À RETENIR


• Avoir présenté à l’origine les génériques comme des médicaments moins chers leur a été préjudiciable car des questions se posent sur leur qualité.

• Les patients opposés à la vaccination se comptent dans les rangs des diplômés de l’enseignement supérieur avec une bonne insertion professionnelle. Sans pour autant faire partie de l’élite.

• Délivrer une information complète et fiable relève de la responsabilité des professionnels de santé.

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