« Les pharmaciens veulent que la FSPF et l’USPO travaillent ensemble » - Le Moniteur des Pharmacies n° 3112 du 23/01/2016 - Revues - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
Le Moniteur des Pharmacies n° 3112 du 23/01/2016
 
INTERVIEW GILLES BONNEFOND PRÉSIDENT DE L’USPO

Actualités

Auteur(s) : Loan Tranthimy

Récoltant 13 points supplémentaires à l’issue des élections aux URPS, l’USPO se rapproche de la FSPF. Gilles Bonnefond, président du syndicat, revient sur ce vote et dévoile ses propositions en vue de la nouvelle convention pharmaceutique en 2017.

Revenons sur le scrutin du 7 décembre. Ne traduit-il pas un vote sanction contre la FSPF plutôt qu’une adhésion aux idées de l’USPO ?

Il s’agit d’abord d’un vote d’adhésion à nos idées. Dans tous les départements, nous avons réduit les écarts avec la FSPF, voire inversé la situation dans 17 départements où notre syndicat est devenu majoritaire, et renforcé notre position dans ceux où nous l’étions déjà. Nous constatons aussi un mouvement de fond où des pharmaciens s’engagent localement avec l’USPO. Ensuite, il y a sans doute un vote de sanction qui est l’expression d’un désaccord des confrères à la réforme de la rémunération signée seule par la FSPF. Et, contrairement à d’autres professions, les pharmaciens croient au syndicalisme sinon il n’y aurait pas eu un taux de participation aussi important. Entre les deux syndicats, il n’y a plus que 970 voix d’écart contre 5 390 en 2010. Le message des pharmaciens est clair. Ils veulent que la FSPF et l’USPO travaillent ensemble. Plus aucun syndicat ne peut décider seul pour toute la profession.

Vous promettez donc de ne jamais signer un accord seul. Cette promesse est-elle tenable ?

Oui. Tous les acteurs doivent tirer les leçons de ce vote. L’USPO est dans un esprit constructif, que ce soit avec la FSPF, l’Ordre, les groupements, les étudiants. Ensemble, nous devons faire converger nos forces, nos arguments pour qu’enfin l’Etat s’intéresse à notre profession, qui fait un travail reconnu par tous les patients. Nous ne pourrons obtenir des résultats que si les deux syndicats portent un projet commun. La FSPF le sait. Nous avons pris contact, Philippe Gaertner [président de la FSPF] et moi, en début d’année pour savoir comment travailler ensemble et nous commençons tout de suite car c’est la seule voie efficace.

Pourtant, vous ne cessez de critiquer la réforme de la rémunération signée par la FSPF, laquelle soutient que, sans elle, la situation serait pire. Quel est le bilan de la rémunération ?

Les chiffres de Pharmastat sur les 11 derniers mois le montrent. Pour tous les médicaments remboursables, on constate trois baisses : – 0,9 % pour les unités, – 0,4 % pour les ordonnances, – 1,2 % pour les ordonnances de cinq lignes et plus. Le chiffre d’affaires TTC chute de 1,4 % et la rémunération totale de la pharmacie de 2,6 %, soit 128 millions de perte pour le réseau sur 11 mois. Qui peut se satisfaire du « Cela aurait pu être pire » ? Nous devons avoir un projet constructif pour la profession et rapprocher nos propositions dès 2016.

Ce n’est pas ce que suggère un bilan provisoire des officines réalisé par Fiducial en 2015. Il montre que la marge brute est restée globalement stable et qu’il n’y a pas de dégradation liée au mode de rémunération. Qui a raison ?

Je conteste fermement la conclusion. Fin 2014, le modèle économique sur les génériques a été modifié. L’officine a cumulé sur la même année deux avantages commerciaux sur les génériques : les contrats de coopération et les remises avec un nouveau plafond de 40 %. Cette situation ne se retrouvera pas en 2016. Dire aujourd’hui que ce résultat est lié à la rémunération est un raccourci trompeur. Le bilan 2015 s’est amélioré en raison de cet effet mécanique lié au cumul de ces deux systèmes de remises. La réforme de la rémunération n’a aucun impact positif. Elle ne protège pas des baisses de prix et la marge n’est pas stable. Au contraire lorsqu’on sait que les remises vont continuer à diminuer. Tant que notre rémunération est liée uniquement au nombre de boîtes et à la marge commerciale, la conséquence est simple : 130 à 150 M€ de perte pour l’officine en fonction des baisses de prix. Si ces baisses portent sur les médicaments du Répertoire, alors ce sera encore plus catastrophique.

Dans ce cas, que proposez-vous pour sortir l’officine de cette impasse ?

L’USPO veut un contrat dès 2016 avec l’Etat pour faire évoluer le métier, modifier le mode de rémunération, redonner des perspectives aux jeunes et relever le défi de l’organisation du système de santé. A l’instar de l’accord-cadre conclu entre l’Etat et les industriels du médicament, ce contrat permettra de déterminer l’enveloppe globale du réseau et de son évolution (5,3 Md€ hors remises) et de modifier notre mode de rémunération dans le cadre de la nouvelle convention pharmaceutique. Sans contrat, aucune marge de manœuvre ne sera possible en 2017 pour conduire la profession vers une rémunération à l’acte de dispensation par ordonnance. Nous avons porté cette demande à l’Elysée pour obtenir un accord pluriannuel. Jusqu’à maintenant, pas de réponse. Mais le vote aux URPS peut le faire changer d’avis. Si le discours est porté par tous les syndicats, il pourra être entendu. Nous devons donner une véritable impulsion pour avoir un débat sur le métier de pharmacien notamment lors de la grande conférence de la santé organisée en février.

Et si c’était l’UNPF qui avait raison avec sa proposition d’ouverture du capital ?

C’est la plus mauvaise des solutions. Jamais l’Europe n’acceptera la limitation aux seuls diplômés de pharmacie pour investir en officine. Dans notre situation économique, comment rémunérer à la fois le pharmacien et les investisseurs extérieurs, toujours plus gourmands ? Ce n’est pas viable. Les startups, les industries ont besoin d’investissements lourds qui nécessitent des capitaux extérieurs, mais pas les officines. En tout cas les pharmaciens ne veulent pas de cette ouvertures. Ils ont manifesté massivement contre le projet de loi Macron et ils n’ont pas suivi le syndicat qui l’a proposé.

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