Cession  d’officine : quand le départ en retraite se fait attendre - 21/02/2024 - Actu - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
21/02/2024 | Le Moniteur des pharmacies.fr ..

Cession  d’officine : quand le départ en retraite se fait attendre

Ce n’est plus un phénomène isolé. Les délais de vente de certaines pharmacies s’allongent désespérément. L’officine de François Faure, titulaire à Lavaveix-les-Mines, dans la Creuse, fait partie de celles-là.
Getty Images

Une retraite bien méritée après 40 ans de bons et loyaux services. Francis Faure, 68 ans et des poussières, a décidé depuis deux ans et demi de mettre en vente sa pharmacie installée au cœur de Lavaveix-les-Mines, une commune de 700 habitants à une vingtaine de minutes d’Aubusson et de Guéret. Il signe alors un mandat de vente avec trois cabinets de transaction pour une première mise à prix à 650 000 €. « Avec un chiffre d’affaires (CA) de 1,1 M€, une centaine de clients par jour, un local de 200 m² dont je suis propriétaire, et une équipe composée d’un adjoint et d’une préparatrice à mi-temps, mon officine se porte bien », assure le titulaire. Las, les annonces diffusées par les cabinets de transaction ne donnent rien. « Pendant un an, nous n’avons eu aucune touche sérieuse », regrette le pharmacien qui accepte donc de baisser son prix à 550 000 € il y a six mois. Sans plus de succès.
 

Des difficultés symptomatiques

Les difficultés rencontrées par Francis Faure sont symptomatiques de plusieurs tendances de fond sur le marché de la transaction officinale. Les jeunes pharmaciens privilégient désormais des affaires à plus de 1,5 M€, avec une équipe en place composée de préférence d’un pharmacien adjoint pour partager la charge de travail et éviter d’avoir à couvrir, sans possibilité de relais, l’amplitude horaire de l’officine et les gardes. Ils ont également moins d’appétence pour les pharmacies seules au village, installées dans des territoires reculés. Ces arguments, Francis Faure a du mal à les entendre. « Quand on me dit que ma pharmacie ne dégage pas un CA suffisant pour rémunérer un pharmacien adjoint, c’est faux. Cela fait 28 ans que j’emploie mon adjoint avec un salaire confortable. Et cela ne m’a jamais empêché de dégager une marge suffisante pour vivre décemment, assure le titulaire. Ma pharmacie dessert en outre un bassin de vie de 3 000 habitants, et bénéficie d’un bon environnement médical puisqu’une maison de santé de 300 m2 vient d’ouvrir ses portes juste à côté avec un médecin généraliste, deux kinés, un cabinet infirmier, une infirmière de pratique avancée, une infirmière asalée, une sage-femme, deux psychologues, un cabinet d’ostéopathie et une permanence de protection maternelle et infantile. Un second médecin généraliste est, par ailleurs, installé en centre bourg. » Le village surfe aussi sur une bonne dynamique. Il héberge un magasin de matériaux de construction, une recyclerie, deux boulangeries, une épicerie, deux restaurants, trois pompes à essence… « Il accueille d’ailleurs régulièrement de nouveaux habitants à la recherche d’un cadre bucolique où il fait bon vivre, précise Francis Faure. Et comme il est situé dans une zone de revitalisation rurale, le prochain titulaire n’aura pas d’impôts sur les sociétés à payer pendant cinq ans. »

Fin 2024, s’il n’a toujours pas trouvé de repreneur, Francis Faure baissera définitivement le rideau. Il aura alors 69 ans.



Yves Rivoal

Les dernières réactions

  • 21/02/2024 à 14:03
    Sophie 69
    alerter
    De nombreuses pharmacies de quartier à lyon ne trouvent pas preneurs non plus. Ce n'est pas propre à la campagne.
    Cela fait juste moins de bruit médiatique car il y a d'autres pharmacies a côté.
    A la croix rousse, sur la presqu'île de nombreuses pharmacies ferment faute de repreneurs. Les titulaires ont tous plus de 65 ans car ils font durer pour assurer une retraite faute de vente de leur officine
  • 21/02/2024 à 17:40
    BREZHONEG
    alerter
    On sait à qui est dù cet etat de fait.La prochaine ediition de Pharmagora doit absolument etre l'occasion de mettre les medias en alerte sur les 10 400 fermetures demandées par les Enarques.. Apres 65 ans,les patients obligés à un trajet de plus de 600 m viennent 2 fois moins à l'officine.Quand à ceux qui sont au fond de la campagne et ne conduisent pas ou plus, c'est le risque mortel.. Il est imperatif de fournir des ressources financieres supplementaires à la Secu, pour la sortir de l'etouffement par l'ONDAM, qui l'oblige à etouffer à son tour tout ce qui est accroché à son budget. Et ces ressources mal utilisées,nous les avons sous le nez !
  • 21/02/2024 à 21:22
    Monique Duhau, Pharmacien titulaire
    alerter
    je suis dans le même cas que François. j'ai 68 ans, je vis en Charente et je cherche à vendre ma pharmacie depuis 18 mois.
    si je ne trouve pas je ferme en Décembre et c'est la mort du village qui pourtant a encore épicerie, boulangerie, boucherie, banque, gendarmerie, etc...
    C'est désespérant de voir les jeunes pharmaciens débutants bouder les petites pharmacies dans lesquelles les relations humaines sont bien plus enrichissantes que l'aspect commercial pur.
  • 22/02/2024 à 08:46
    MOULA
    alerter
    Plus de médecins, plus de pharmacies et bientôt donc plus d'infirmières comment vont faire les Français dans certains secteurs La France est en train de devenir un pays sous développé ou l'on ne peut plus se soigner correctement il est temps de réagir mais comment ??????
  • 22/02/2024 à 08:58
    Denys
    alerter
    Il n'y a pas de mystère, les jeunes ne veulent plus travailler 80 heures par semaine pour une rémunération au mieux égale au smic, plus les soucis financiers (urssaf, charges salariales, crédits...). L'avenir n'est pas en vendant des compléments alimentaires mais de vrais médicaments, et les patients veulent des pharmaciens à l'écoute et pas des vendeurs de "supermarché" obnubilés par le panier moyen de la journée. Pour ma part j'ai vendu mon officine à un jeune à 50% du CA pour que son plan de financement lui soit favorable et croyez moi quand je reviens le voir c'est un grand sourire qui m'acceuille, et la pharmacie est toujours là et les patients aussi.
  • 22/02/2024 à 11:19
    AurelienFiloche
    alerter
    La réaction a été supprimée car elle ne respecte pas la charte du site.
  • 22/02/2024 à 11:20
    Industrie
    alerter
    Les adjoints gagnent plus que leur titulaire les 12 premières années de leur remboursement. ...
    Avec 30 % de temps de travail en moins et moins de charges mentales.
    Les étudiants qui auraient aimé s'installer il y a 10 ans ne font plus pharmacie aujourd'hui.
    Il ne reste que les étudiants ( en nombre de plus en plus faible) qui se suffisent de leur 35h sans responsabilités autre que le pharmaceutique et qui rentre chez eux le soir sans aucun souci professionnel.
  • 22/02/2024 à 12:24
    erwann
    alerter
    Quand je me suis installé il y a 10 ans, je me disais "jamais je ne retournerais salarié". Aujourd'hui, je n'ai qu'une envie, c'est de vendre et de faire du remplacement. Les difficultés de recrutement, les contraintes administratives débiles qui s'accumulent, l'incompétence de l'ensemble des décideurs, la vie personnelle qui est mise de coté etc etc... A priori, je serais dans la même problématique ce confrère avec une pharmacie qui trouvera difficilement repreneur. Il me reste 2 ans d'emprunt à rembourser, dans 3 ans au pire j'arrêterais, repreneur ou pas. Et je comprends totalement tous les jeunes qui ne veulent pas s'installer. Dans les conditions actuelles, s'installer sur une petite structure, c'est l'assurance d'être en galère en continu. Et s'installer tout court, avec toutes les contraintes que ça implique alors que l'on vie bien et serein en étant adjoint ou remplaçant, c'est clairement du masochisme.
  • 22/02/2024 à 13:09
    JMM
    alerter
    Je rejoins Erwann et comprends très bien son désir.
    Le remplacement c'est pour moi :
    - plus de problème de recrutement ( je le mets en premier car c'est le bonheur absolu )
    - 35 h par semaine sur 4 jours
    - 3 jours de week-end
    - 12 semaines de vacances
    - un très bon salaire du å mon expérience de titulaire pendant 17 ans
    - la vente de la PHARMACIE à bon prix quand c'était encore temps
    C'est triste pour la profession , mais c'est à l'heure actuelle la voie royale.
  • 22/02/2024 à 13:21
    potard
    alerter
    Il est clair que comme le dit Erwan devenir prisonnier de sa pharmacie peur être un enfer.
    Et quelquefois pour sa sente mentale, mieux vaut fermer sans repreneur et faire des remplacements que de se morfondre de ne pas trouver d'acheteur.
    On n'a qu'une vie.
  • 22/02/2024 à 13:49
    Potard
    alerter
    Correction : "santé mentale"
    Et "peut être un enfer. "
    Sorry
  • 22/02/2024 à 14:43
    Monique Duhau, Pharmacien titulaire
    alerter
    le hic, c''est que s'il n'y a plus de titulaire, plus besoin d'assistant!
  • 22/02/2024 à 15:14
    Potard
    alerter
    @Monique
    C'est une vision à court terme effectivement. Mais entre nous qui se soucie de notre profession à long terme ?
    Les politiques naviguent à vue et au doigt mouillé. Il y en a même certains qui poussent le vice en écrivant un livre 10 après leur poste pour expliquer pourquoi ils se sont trompés...
    Les operationnels que nous sommes ne peuvent que subir et s'adapter tant bien que mal.
  • 22/02/2024 à 20:51
    bm
    alerter
    Je me suis battu 2 longues années au tribunal pour obtenir un plan de continuation
    Les arrêts maladies pour prolonger les vacances,les démissions et les incessants besoins de recrutement m,ont épuisé
    Il va falloir fermer comme beaucoup de confrères titulaires avant de ne plus voir d'autre alternative que la corde
  • 23/02/2024 à 11:04
    Potard
    alerter
    Bm , on a tous eu des moments difficiles. Soyez fort pour vos proches.

Réagir à l'actualité

Pseudo :
Vous êtes un professionnel de santé ? Faites le savoir dans vos contributions en affichant le pictogramme "Professionnel de santé certifié" . Inscrivez-vous ou identifiez-vous puis transmettez-nous un justificatif de votre qualité de professionnel de santé (photocopie de carte d'étudiant, de diplôme, de carte de l'Ordre...).


Cet espace a vocation à débattre et partager vos avis sur nos contenus. En réagissant à cette actualité, vous vous engagez à respecter les conditions générales d’utilisation du Moniteur des pharmacies.fr. Tout commentaire calomnieux ou injurieux sera supprimé par la rédaction.

Pourrez-vous respecter la minute de silence en mémoire de votre consœur de Guyane le samedi 20 avril ?


Décryptage

NOS FORMATIONS

1Healthformation propose un catalogue de formations en e-learning sur une quinzaine de thématiques liées à la pratique officinale. Certains modules permettent de valider l'obligation de DPC.

Les médicaments à délivrance particulière

Pour délivrer en toute sécurité

Le Pack

Moniteur Expert

Vous avez des questions ?
Des experts vous répondent !