Benoit Hamon : « Pour améliorer l’organisation des soins en France, il ne faut pas négliger le rôle du pharmacien » - 26/01/2017 - Actu - Le Moniteur des pharmacies.fr
 
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Benoit Hamon : « Pour améliorer l’organisation des soins en France, il ne faut pas négliger le rôle du pharmacien »

Le Moniteur des pharmacies a souhaité interroger les deux finalistes de la primaire de gauche, Benoit Hamon et Manuel Valls sur l’avenir de l’officine. Malgré nos multiples sollicitations, Manuel Valls a décliné notre demande. Nous publions ici les réponses de Benoit Hamon sur la place du pharmacien dans le système de santé, l’ouverture du capital, la revalorisation de la rémunération ou encore la vente des médicaments dans les grandes surfaces.
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Quel regard portez-vous sur la profession de pharmacien ?

Un regard évidemment bienveillant. Nous avons la chance en France de pouvoir disposer d’un réseau de pharmaciens très bien formés, implantés sur l’ensemble du territoire. En termes d’accès aux soins, de vigilance sanitaire, d’éducation thérapeutique, c’est un atout formidable. Les pharmaciens jouent aussi un grand rôle dans la juste régulation des dépenses de médicament en favorisant les génériques et en luttant contre le gaspillage et la surconsommation. Il me paraît tout à fait évident que si l’on veut encore améliorer l’organisation des soins en France, il ne faut pas négliger le rôle du pharmacien. C’est la question de l’enrichissement des tâches entre les différents professionnels de santé qui est posée.

Permettriez-vous aux mutuelles de passer des contrats avec des pharmaciens qui proposent des services hors monopole pharmaceutique (maintien à domicile, objets connectés, optique, diététique…) ?

Votre question porte sur les réseaux de soins conventionnés mis en place par de nombreuses complémentaires santé. J’y suis favorable sur le principe car cela a permis par exemple, en matière d’audioprothèses ou de lunettes d’améliorer l’équipement de millions de Français en diminuant le reste à charge par l’assuré. C’est un bon exemple de logique « gagnant-gagnant » au service de la santé. Il y a cependant une ligne rouge à ne pas franchir, qui est pour moi l’anti-modèle américain, qui est que la complémentaire ne doit pas interférer sur la prescription par le professionnel de santé.

Autoriseriez-vous la vente des médicaments dans les grandes surfaces ? 

Non, car je n’y vois aucun bénéfice en matière de santé publique. En plus, il faut savoir résister à l’extension infinie du domaine du marché. C’est la conception que je me fais de la politique. Elle doit pouvoir affirmer que le médicament comme la santé n’est pas une marchandise, que son prix n’est pas librement fixé par le jeu de l’offre et de la demande et que sa délivrance doit demeurer strictement encadrée au nom de la santé publique et du maillage territorial.

Souhaiteriez-vous accélérer la dispensation à l’unité des antibiotiques ?

Oui, et plus globalement de tous les médicaments, pas uniquement des antibiotiques. C’est une position que je tiens depuis plusieurs années déjà. J’aimerais vraiment pouvoir engager une réflexion sur ce sujet avec la profession. Je sais que ce n’est pas simple, car cela oblige à revoir les processus de conditionnement et de délivrance mais je ne m’habitue pas au gaspillage de tous ces médicaments qui finissent dans nos armoires. Et surtout, il me semble que le plus grand bienfait de la mesure serait de lutter contre l’automédication qui est une pratique dangereuse. Je suis persuadé que nous pouvons trouver des solutions intelligentes, à l’instar de ce que font d’autres pays développés (Angleterre, Allemagne), sans pour autant encombrer les pharmaciens de formalités administratives. L’expérimentation qui a été lancée nous donne les premières pistes. J’ai cru comprendre que les pharmaciens ne l’avaient pas trouvée tout à fait concluante car notamment le temps passé à accompagner le patient n’était pas pris en compte.

Etes-vous favorable à la vaccination à l’officine ?

Oui, sur le principe. L’amendement de la députée Michelle Delaunay permet une expérimentation concernant le vaccin contre la grippe. Cela se fera en complément des autres professions médicales et non pas en substitution. A priori je n’y vois aucune contre-indication, puisque cela peut contribuer à améliorer la couverture vaccinale, soulager les médecins et renforcer aussi le rôle du pharmacien dans la politique de prévention.

Autoriseriez-vous les consultations pharmaceutiques dans les déserts médicaux ?

Je ne suis pas convaincu par la proposition car il est encore temps d’avancer vers une meilleure répartition des généralistes sur le territoire. A l’instar justement de ce qui se pratique déjà avec efficacité pour les pharmaciens, les kinés ou bien encore les chirurgiens-dentistes, je propose la mise en place du conventionnement sélectif. Un nouveau généraliste ne pourrait plus être conventionné avec l’Assurance maladie s’il s’installe dans une zone déjà suffisamment équipée en médecin sauf à ce qu’un confrère quitte le territoire ou prenne sa retraite. Sans remettre en cause le principe de liberté d’installation, la mesure permettra de compléter les aides à l’installation dans les zones sous-dotées. Ce sont sur les deux faces d’une même pièce qu’il faut agir.

Souhaiteriez-vous aller plus loin que la loi Santé en ouvrant le capital de l’officine à des actionnaires autres que les pharmaciens ?

Non, certainement pas. Concilier libertés individuelles et régulation collective suffisamment forte pour tenir à l’écart la marchandisation de la santé est une réussite du système de santé. L'ouverture du capital de l'officine à d'autres actionnaires serait une rupture manifeste de ce principe. Il convient de rappeler que la propriété du capital n’est pas neutre, elle influe sur les choix économiques et la pratique.

Allez-vous revaloriser la rémunération des pharmaciens ?

Il n’est pas possible de répondre de manière isolée, profession de santé par profession de santé. Il nous faut une vue d’ensemble, car l’hôpital est en demande, les généralistes également et certains spécialistes aussi. Chaque professionnel est légitime à obtenir une meilleure rémunération en fonction des efforts qu’il réalise. La question des rémunérations des professions de santé devrait pouvoir être abordée à l’occasion d’une grande conférence de consensus, associant les professionnels mais aussi les patients et usagers et les financeurs bien évidemment, ainsi que les parlementaires. L’exécutif arbitrera en fonction des opinions qui auront été exprimées. C’est à mon sens le seul moyen de légitimer ce genre de décisions difficiles.

Comment feriez-vous pour maintenir le nombre de pharmacies en France ?

Heureusement, nous n’en sommes pas à parler de « déserts pharmaceutiques », si j’en crois la présidente de l’Ordre mais il nous faut conserver ce maillage territorial. Reconnaissons cependant que la pharmacie n’est pas isolée de son environnement socio-économique. Si le médecin prend sa retraite, si l’usine est délocalisée, si la caserne ou le tribunal de commerce sont fermés, difficile de maintenir une pharmacie. Ce scénario du pire n’est pourtant pas une rareté. Je crois qu’il faut remettre au goût du jour l’idée d’aménagement du territoire, cela vaut pour l’économie comme pour la santé mais il nous faudra être innovant et imaginer de nouvelles formes, en associant par exemple la pharmacie au sein d’une maison de santé pluridisciplinaire. Dans certains villages ou petites villes, seule une mutualisation des moyens permettra de répondre aux besoins.



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