27/11/2014 | Le Moniteur des pharmacies.fr ..

Un médicament très « Gay » contre le VIH

La prise « à la demande » de Truvada lors des rapports sexuels limite la transmission du VIH d’après l’essai Ipergay. Sous réserve d’un bon usage de cet antirétroviral et dans des cas bien particuliers. Une RTU à visée préventive est à l’étude en France.
Mené depuis février 2012 en France et au Canada chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), très exposés au VIH, l’essai ANRS Ipergay consiste à prendre l’antirétroviral Truvada « à la demande », un peu avant et après les actes sexuels. Jusqu’à cet été, la moitié des participants prenait un placebo, mais, au vu des bons résultats, il n’aurait pas été éthique de ne pas le donner à tous. Le 29 octobre, l’ANRS (France Recherche Nord & Sud sida-HIV hépatites) a donc décidé de lever le double aveugle pour que tous les volontaires – environ 400 personnes – bénéficient du traitement.

« Homos » et « Trans » sont concernés
Depuis quelques années, plusieurs équipes de recherche se sont lancées sur une piste originale pour réduire le risque d’exposition au VIH en utilisant des antirétroviraux, autrement dit les médicaments employés pour traiter les personnes déjà infectées. La théorie est que l’administration d’un ou plusieurs antirétroviraux avant l’exposition au virus peut permettre d’atteindre des concentrations médicamenteuses dans l’organisme qui vont bloquer l’infection par le VIH au site d’entrée dans l’organisme. Ce concept de prophylaxie pré-exposition (ou PrEP) a montré des résultats intéressants.
La particularité de l’essai ANRS Ipergay consiste à prendre Truvada ponctuellement, « à la demande », au moment de l’exposition sexuelle. Attention, cette prévention médicamenteuse se fait dans des conditions précises et pour des personnes particulièrement exposées au VIH.
Dans l’Hexagone, plus de 6 000 personnes découvrent chaque année leur séropositivité au VIH. L’infection par voie sexuelle représente 99 % de ces nouvelles contaminations, dont près de la moitié (42 %) touche des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH). « Le nombre de nouvelles contaminations chez les HSH est passé d’environ 2 000 en 2003 à 2 600 en 2013 », note Arnaud Carrère, président de l’association Actions traitements. Pour le Dr Gilles Pichancourt, immunologue au centre hospitalier d’Avignon, « les nouveaux diagnostics de seropositivité VIH chez les HSH à l’hôpital d’Avignon ont à peu près doublé en 2013 ». Le « tout capote » a ses limites au sein de cette communauté qui prend des risques : multiplication des partenaires, sexe sans latex, consommation de produits qui diminuent la vigilance. Ainsi, l’essai Ipergay a inclus des hommes et des personnes transgenres, séronégatifs et ayant eu au moins deux rapports anaux sans préservatif avec des partenaires masculins différents lors des six derniers mois.

Pas en libre-service, ni à la sauvette
Si dans l’essai Ipergay, la prise est intermittente et varie au rythme des rapports sexuels (une fois par semaine, plusieurs le week-end, etc.), elle s’accompagne de nombreuses mesures, notamment avec la participation active de l’association Aides et en collaboration avec un comité associatif regroupant des associations gays. « Bilan en amont, contrôles de la sérologie, conseils de dispensation, dépistages réguliers des autres infections sexuellement transmissibles pouvant favoriser l’infection au VIH… », développe le Dr Laurent Cotte, praticien hospitalier au service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de la Croix-Rousse, à Lyon. Sans oublier conseils personnalisés et rapprochés de prévention ou distribution de préservatifs et de gels.

Un bénéfice supérieur aux risques
Truvada a été choisi en raison de son efficacité et de sa tolérance. « Ses effets secondaires à court terme sont tolérables, mais qu’en sera-t-il en cas d’usage prolongé ?, pondère le Dr Pichancourt. En cas de très mauvaise observance, la transmission de l’infection sous Truvada comporte le risque théorique de fabriquer une résistance ». Le Dr Cotte nuance : « Le médicament n’est pas voué à être consommé indéfiniment car la sexualité évolue selon les moments de la vie ». L’essai va durer encore au moins un an et inclure davantage de personnes, notamment pour en évaluer la tolérance. Vincent Pelletier, directeur général d’Aides, espère bien plus tôt une généralisation du traitement aux personnes « dont on sait qu’elles contracteront un jour le virus : les HSH, les personnes en couple avec un malade atteint du VIH et les travailleurs du sexe ». D’où la demande d’une recommandation temporaire d’utilisation (voir encadré ci-dessous). Ce qui ne veut pas dire arrêter les autres moyens de prévention, dont le préservatif. « D’après les études, le recours au traitement ne ralentit pas son utilisation, relate Vincent Pelletier. En revanche, se priver d’une telle solution reviendrait à dire aux femmes de se passer de la pilule en avançant que le préservatif permet déjà d’éviter la grossesse ». Le Dr Gilles Pichancourt n’est pas favorable à l’élargissement du Truvada « à la demande » : « Les prostituées que je soigne recourent au préservatif, pointe le praticien. Et chez les couples sérodiscordants, la prévention la plus efficace est le traitement de la personne malade. Lorsque la charge virale est contrôlée, le risque de transmission se réduit de 96 % ». Les associations se disent prêtes à accompagner tous les séronégatifs sous Truvada si sa prise en préventif obtenait une RTU. Dans un rapport, en juillet 2014, l’OMS recommandait « fortement aux hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes de considérer la prise d’antirétroviraux comme une méthode supplémentaire de prévention face au VIH ».

> Vers une RTU pour Truvada en préventif ?
Après la révélation d’une réduction de 42 % des contaminations par la prise de Truvada en continu, l’association Aides a demandé, en janvier 2013, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) d’étudier une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Les résultats de l’essai Ipergay ont accéléré la procédure. « La ministre de la Santé a demandé à l’ANSM d’instruire cette demande le plus rapidement possible », a déclaré Dominique Martin, directeur de l’ANSM, avant d’annoncer la création d’un groupe de travail de scientifiques et de sociologues. En préventif, Truvava dispose d’une AMM aux États-Unis depuis 2012.

> Truvada en bref
> C’est quoi ? Truvada est un antirétroviral. Il se présente sous la forme d’un comprimé bleu contenant 200 mg d’emtricitabine et 245 mg de ténofovir disoproxil, respectivement inhibiteur nucléosidique et inhibiteur nucléotidique de la transcriptase inverse.
> Dans quelle indication ? Il intervient dans le traitement des adultes infectés par le VIH-1, en association avec d’autres antirétroviraux, et dans le traitement préventif des contaminations accidentelles par le VIH.
> Est-il remboursé ? Oui, seulement dans ces indications, sur un schéma d’une prise par jour (si clairance basse, un jour sur deux).

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À lire dans Porphyre n°508 de décembre 2014-janvier 2015






Annabelle Alix 

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